Ces dernières années, une chose a vraiment transformé mon écriture. Ma manière de construire des récits. C’est la notion d’arc de personnage. La trajectoire d’évolution psychologique du protagoniste principal.
L’intrigue et l’arc : la clé de sol et la clé de fa
Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j’aime utiliser une métaphore musicale, pour parler de romans. La métaphore de la clé de sol et de la clé de fa. La clé de sol, c’est ce qu’on appelle communément l’intrigue.
Les péripéties, les événements de l’histoire, les retournements de situation, etc. La clé de fa, c’est la trajectoire psychologique du personnage principal. Le fameux arc.
À mes débuts, je me suis surtout concentrée sur la notion d’intrigue et sur le plan de mes romans (clé de sol). C’est primordial pour commencer. Côté personnages, j’élaborais un profil psychologique composé de valeurs, de forces de caractère, de qualités, de défauts, de problèmes, d’objectifs et de besoin profond.
Ce que j’appelle l’essence du héros.
Ceci, en gardant toujours en tête l’importance de la caractérisation.
Caractériser : le tableau psychologique ne suffit pas
La caractérisation, en dramaturgie, c’est l’idée qu’un tableau psychologique fixe ne suffit pas à définir véritablement un personnage
Il est timide ? Elle est courageuse ? Très bien, mais comment ? Il existe mille façons d’être timide, d’être courageuse, et c’est dans l’action, plus particulièrement dans les conflits, qu’un personnage se révèle véritablement.
Que l’auteur(e) peut le caractériser.
Tout ceci constitue la base d’un récit bien construit.
Créer un arc : structurer l’évolution à l’avance
Mais une étape supplémentaire est possible : créer un arc de personnage. J’ai commencé à me pencher sérieusement sur la question avec “Le millième jour de la marmotte”, mon cinquième livre.
Deux romans et demi plus tard, je constate à quel point c’est puissant.
Élaborer un arc, c’est structurer à l’avance toute l’évolution psychologique du personnage. De la même façon qu’on élabore un plan pour l’intrigue. Cela n’émousse pas la créativité, bien au contraire.
C’est un support solide qui catalyse le déploiement du personnage.
Cette clé de fa, comme la clé de sol, suit en général, une structure en trois actes. Avec une montée, puis une descente. À l’image d’un arc posé sur le sol.
La troisième ligne mélodique : l’intrigue relationnelle
Certains narratologues ajoutent d’ailleurs une troisième ligne mélodique : l’intrigue relationnelle. Pour ma part, je l’appelle plutôt la ligne des instruments. Car c’est l’endroit où la partition se joue.
On peut faire ici un parallèle avec la psychothérapie. En thérapie, on dit que le patient arrive avec des problèmes nés au sein de relation(s) souffrante(s). Souvent des relations précoces.
Et qu’il se « répare » peu à peu au sein d’une relation nouvelle avec le thérapeute. Une relation d’accueil chaleureuse, empathique. Un terrain d’expérimentation pour vivre de l’inédit.
Inventer de nouveaux modes de contact avec le monde.
Trois lignes entremêlées : l’alchimie narrative
Dans un roman, ces trois lignes sont à concevoir en parallèle. Elles sont entremêlées, interdépendantes. C’est en se transformant psychologiquement (clé de fa), grâce à, ou à cause de, ses relations avec d’autres personnages (ligne instrumentale) que votre personnage pourra accomplir (clé de sol) en fin de roman quelque chose qu’il était incapable d’accomplir au début de l’histoire.
La clé de fa est le soubassement. La ligne instrumentale (intrigue relationnelle) est le terrain d’entraînement. Et la clé de sol est la scène. Sur laquelle rien n’arrive par hasard, mais tout est, au contraire, au service de l’arc du personnage.
C’est l’un des secrets d’une bonne alchimie narrative. Ce qui fait la différence entre un bon roman et un roman inoubliable.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.