Mettre du soi dans un roman sans tomber dans l’autobiographie

« C’est issu d’une expérience personnelle ? » Cette question, on me la pose souvent. Une dizaine de fois (au moins) au cours du Salon du livre de Boulogne-Billancourt, il y a 10 jours. Notamment à propos de mon dernier roman, « Psy, jeûne et randonnée ».

Sous-entendu 😉 : avez-vous, vous-même, effectué un stage de jeûne et de randonnée ?

Les lecteurs et lectrices s’interrogent, donc. Mais les auteur(e)s ne sont pas en reste. Je reçois souvent des messages à ce sujet : « Arriverai-je à trouver un éditeur pour une autobiographie ? »

« Dans quelle mesure peut-on mettre des choses de soi dans un roman ? » « N’est-ce pas trop difficile d’écrire un roman sur la base d’une expérience vécue ? »

En ce qui concerne la première de ces questions, c’est délicat. Chez Albin Michel, la directrice du service des manuscrits m’avait expliqué que les autobiographies passaient (en général) directement à la trappe.

Elles ne sont (quasiment) jamais publiées. Les éditeurs recherchent de la fiction. Mais faut-il pour autant bannir tout ce qui vient de soi ?

Faut-il bannir tout ce qui vient de soi ?

Car oui, il est possible de rédiger un manuscrit entier en se laissant de côté. Sans y mettre de souvenirs personnels. Sans se sentir particulièrement proche du personnage principal. En consultant le thésaurus des émotions pour décrire un chagrin ou une joie.

En racontant des expériences de vie très éloignées de la nôtre. Mais, selon moi, c’est se priver d’une matière première riche et intéressante.

Pour ma part, lorsque les lecteurs et lectrices me questionnent, je réponds que dans un roman, l’auteur(e) est à la fois partout et nulle part. Partout, parce que nous partons le plus souvent de notre expérience, de notre filtre, de notre vécu.

Et nulle part, parce que la narration permet une certaine mise à distance, une distorsion. C’est un peu une réponse de normande. Elle acte le fait qu’entre le réel et la fiction, les frontières sont ténues.

Mais ne dit pas comment doser l’équilibre entre les deux dans un roman.

Jongler avec les frontières du réel

Je crois qu’en la matière, il n’y a pas de loi universelle. On apprend, peu à peu et sur le tas, à jongler avec les frontières. À raconter quelque chose de soi sans sombrer dans l’autobiographie.

À camoufler le réel, à noyer les poissons. On peut en faire un jeu, par moments, et c’est très amusant. C’est une façon un peu particulière de mener une tranche de thérapie. C’est la catharsis de l’écrivain.

Pour cette raison, j’encourage toujours les auteur(e)s qui me questionnent à ne pas se réfréner. À puiser largement dans leurs réservoirs de sensorialité, de pensées, de souvenirs, d’émotions, d’expériences pour écrire.

Puis à apprivoiser, petit à petit, le pas de côté nécessaire pour passer à la fiction.


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