Comment vous y prenez-vous pour demander de l’aide ? À votre conjoint, vos collègues de travail, votre médecin. Est-ce très compliqué pour vous ? Ou à l’inverse, simple et fluide ? Avez-vous peur, préférez-vous souvent faire seul(e) ?
En psychologie, il existe une théorie qui éclaire ces mécanismes. La théorie de l’attachement de Bowlby. Qui elle peut être très utile pour bâtir le profil psychologique des personnages de votre roman.
Ou pour préciser la nature du « besoin profond » de votre protagoniste.
Commençons avec un chiffre. 60%. C’est le pourcentage de la population adulte, en France, doté d’un attachement dit “secure”. Non pathologique, donc. Ces personnes ont grandi dans un climat de sécurité affective.
Elles ont eu confiance en leurs parents (leurs figures d’attachement) qui étaient présents, impliqués, rassurants la majeure partie du temps. Elles ont intériorisé l’idée qu’elles pouvaient demander de l’aide et en recevoir.
Elles savent nouer des liens solides et s’attacher à quelqu’un de manière saine, être réconfortées dans une relation aussi bien qu’être autonomes. En matière de personnage de roman, c’est sympathique, mais peu pourvoyeur de conflit narratif. 😉
Les 40% : l’attachement insécure
Venons-en aux 40% restants. Les personnes à l’attachement dit insécure. En tant que romancier(e), ce sont elles qui sont susceptibles de nous intéresser plus particulièrement. Parce qu’elles ont des problèmes.
(Et nous adorons ça 😊). Il existe 3 catégories d’attachement insécure : le profil anxieux/ambivalent, le profil évitant, et l’attachement désorganisé. Et il est très probable que vous pourrez reconnaître un ou plusieurs de vos personnages dans ces profils.
L’attachement anxieux/ambivalent
Une personne à l’attachement dit anxieux/ambivalent a eu des parents aux réactions imprévisibles : par moments, ils étaient attentifs aux besoins de leur enfant, et parfois ils pouvaient se montrer insensibles, indisponibles ou encore intrusifs.
Ils n’ont pas appris à leur enfant à se réguler émotionnellement. Ils ne l’ont pas assez apaisé. Ils ne réagissaient que lorsque ce dernier criait (très) fort. La conséquence observée par le psychologue John Bowlby, c’est un enfant qui s’accroche désespérément à sa figure d’attachement sans pour autant parvenir à éprouver du réconfort à son contact.
Dans un roman, cela donne un personnage très anxieux, qui sollicite sans cesse de l’aide sans jamais réellement s’en saisir. Un protagoniste doté d’un besoin de présence démesuré mais jamais comblé.
C’est intéressant dans une romance, une intrigue secondaire amoureuse, ou pour raconter une histoire de dépendance affective.
L’attachement évitant
Dans l’attachement évitant, par contre, les parents étaient prévisibles : ils ne répondaient pas aux sollicitations émotionnelles de l’enfant. Ce dernier a appris à renoncer à ses besoins d’attachement, de réassurance.
Cela donne des adultes qui ne demandent pas d’aide, qui ne comptent que sur eux-mêmes. Ils gèrent seuls. En cas de problème médical ou psychique, ils consultent très tard. Ils ont du mal à parler d’eux, de leurs émotions, à se dévoiler, à s’appuyer sur autrui.
Harry Potter, dont les deux parents sont décédés, et dont les nouvelles figures d’attachement (oncle et tante) ne l’ont jamais materné est typiquement un personnage susceptible de développer des modes d’attachement évitant.
L’attachement désorganisé
L’attachement désorganisé, pour finir, est un mélange des deux autres types d’attachement insécure. Le parent, qui devrait être une source de sécurité, est source de frayeur. L’enfant craint un rejet, des jugements, de la violence physique ou psychique, etc.
À l’âge adulte, les liens affectifs font peur et peuvent provoquer des réactions archaïques très puissantes. Cette personne peut passer d’un intense besoin de rapprochement, de réconfort, à un rejet brutal d’autrui, une intolérance à la proximité.
En matière de personnage, c’est l’occasion d’explorer la trajectoire d’évolution d’une personne ayant vécu une enfance difficile.
Une dernière chose à savoir est que John Bowlby a mené ses recherches et identifié ces patterns d’attachement bien circonscrits chez de très jeunes enfants. À l’âge adulte, les choses sont plus complexes, nuancées et variées.
Un adulte aura en général différentes stratégies, des façons diverses de gérer son attachement en fonction des personnes en présence et du contexte. Mais l’un des 3 modes d’attachement insécure peut être majoritaire ou resurgir avec force.
C’est intéressant à exploiter quand on écrit un roman…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.