Vous arrive-t-il de regarder en arrière ? De penser à l’auteur(e), en action ou en devenir, que vous étiez il y a quelques années ? Au(x) roman(s) que vous avez écrits avant, ou que vous portiez en germe autrefois ?
Pour ma part, je suis en train de préparer mon huitième roman. Et une prise de conscience m’a frappée ces jours-ci. Je me suis rendu compte que quand je songeais à mes livres précédents, je raisonnais toujours en termes de comparaison.
“Ce roman-là était le plus joyeux de tous”. “J’écrivais des livres plus feel-good qu’aujourd’hui”. “Mon écriture a mûri” (avec en filigrane la peur d’avoir écrit des romans plus “immatures” à mes débuts).
Plus ou moins, mieux ou moins bien. Nous avons souvent tendance à réfléchir de la sorte.
Parfois, même, nous avons une vision assez figée de notre processus d’écriture. Comme s’il allait rester identique au fil du temps. Dans le champ de l’édition, beaucoup d’auteur(e)s sont d’ailleurs ainsi catalogué(e)s.
Untel écrit du feel-good, unetelle de la romance, tel auteur est le spécialiste des romans à twist, telle autre des thrillers haletants. Le lectorat a des attentes. Et l’on omet parfois de remarquer l’évolution unique de chaque écrivain avec les années.
Réécrire un ancien roman ?
Mon deuxième roman s’intitulait “Le début des haricots”. Je l’ai rédigé il y a une dizaine d’années. Il s’est vendu à plus de 45.000 exemplaires. Il a plu à mon lectorat. Pourtant, si je devais le réécrire aujourd’hui, je pense qu’il serait assez différent de ce qu’il est.
Plus long, plus approfondi. Et je vois que l’enjeu, désormais, est pour moi de lâcher-prise sur un certain perfectionnisme, et d’accepter qu’un roman que nous avons écrit vit sa vie seul, sans nous, une fois terminé.
Que la seule chose que nous avons à faire est de passer tranquillement à la suite.
Peut-être êtes-vous, vous aussi, First name, aux prises avec ce genre d’interrogations. Vais-je faire mieux ? Vais-je faire moins bien ? Ou, s’il s’agit de votre premier roman : vais-je bien faire ?
Il me semble que l’important est de faire de votre mieux dans l’instant présent. De tâcher de coucher sur le papier votre vision singulière. Ce manuscrit reflètera l’auteur(e) que vous êtes en ce moment.
Il sera à l’image de cette période. C’est voué à changer, car tout est en mouvement, et c’est très bien comme ça. Les choses seront différentes, ni mieux ni moins bien.
Dans son livre, “Le code d’une vie extraordinaire”, Vishen Lakhiani décrit un exercice de gratitude intitulé « l’écart inverse ». Il nous propose de cesser de considérer le présent à l’aune de ce que nous n’avons pas.
De ne pas penser à ce que nous désirons pour le futur. D’éviter de nous comparer aux autres, à celles et ceux que nous jugeons plus avancés, plus brillants, plus prospères que nous. Mais plutôt de nous tourner vers le passé et de constater nos propres progrès.
Plutôt que se dire “je serai heureux(se), accompli(e) lorsque j’aurai atteint tel objectif” (écart habituel), regarder en arrière et apprécier le chemin parcouru (écart inverse).
Savourer l’instant présent
Aujourd’hui, je vous incite à aller un peu plus loin : Ne regarder ni le passé ni le futur. Vous contenter de savourer le moment présent, et la joie que vous avez à écrire votre roman. Envisager les choses sous cet angle peut être apaisant.
Vous aider à vous recentrer lorsque vous vous sentez inquiet(e) ou dispersé(e). Vous n’avez pas à faire mieux ni à faire “parfaitement”. Simplement à suivre le courant, le flux de l’instant.
Vous pouvez changer de style, de genre littéraire avec le temps. Vous pouvez explorer de nouveaux paysages. Cette évolution n’est pas à juger, mais à constater.
Me vient aussi cette phrase d’Ernest Hemingway qui disait : Je crois que, fondamentalement, vous écrivez pour deux personnes : vous-même, pour essayer de rendre votre texte absolument parfait (…). Ensuite, vous écrivez pour la personne que vous aimez, qu’elle sache lire ou écrire ou non et qu’elle soit vivante ou morte.
Le mot “parfait”, sous sa plume, je l’entends comme “satisfaisant pour vous”. Cette citation est une invitation à bâtir une bulle autour de vous. L’ambiance dont vous avez besoin pour être plus confiant(e), plus créatif(ve).
Qu’en dites-vous ?
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.