Réécrire son manuscrit : se poser les bonnes questions

Il y a 4 ans, j’ai pris un agent littéraire. J’avais envie de déléguer la négociation de mes contrats d’édition. Pourcentages, droits étrangers, passage au poche, audiolivre : je souhaitais être accompagnée dans mes décisions.

Et à cette époque, je voulais changer d’éditeur. Rejoindre une maison à la ligne éditoriale plus en phase avec mon univers.

Je venais de terminer le manuscrit du “millième jour de la marmotte”. Un roman écrit lentement, au rythme d’une vie familiale et professionnelle très chargée. Que j’avais très peu retravaillé, au terme du premier jet.

Il me semblait déjà satisfaisant ainsi.

Je m’attendais à ce que mon agent se lance immédiatement dans les soumissions du livre aux éditeurs. Mais cela n’a pas été le cas. Il a lu mon roman, et a insisté sur l’importance de le retravailler.

Aussi longtemps que nécessaire.

Sur le moment, je vous avoue que je n’ai pas sauté de joie. 😱

J’étais pressée de vivre la suite, j’espérais signer un contrat rapidement. Mais il a su me convaincre de temporiser. Et a envoyé mon manuscrit à sa bêta-lectrice professionnelle. Une éditrice aguerrie, passée par de grandes maisons, et directrice de plusieurs collections.

La puissance des bonnes questions

À réception du retour de lecture, j’ai été frappée par la pertinence de ses remarques. Elle mettait le doigt sur des problèmes que je subodorais, sans pouvoir les nommer. Pourquoi ? Parce que, par endroits, je ne me posais pas les bonnes questions.

Le processus d’écriture fragmenté qui avait été le mien sur ce livre avait généré un décalage entre les différents actes du roman. L’ensemble était un peu disparate. Dans certains chapitres, j’avais même oublié de donner à mon lectorat un accès suffisant à la vie intérieure de mon héroïne.

Et certaines ellipses étaient malvenues. Elles éclipsaient des scènes primordiales.

Ce retour de lecture n’était pourtant pas très long. Il tenait en quelques paragraphes. Mais il a été suffisant pour me permettre d’initier une réécriture de plusieurs semaines, dans la joie et l’enthousiasme. 😊

Parce qu’il posait les bonnes questions. Voilà le nerf de la guerre en matière de retravail d’un premier jet : se poser les bonnes questions.

Le problème, quand on débute, qu’on est seul(e), ou qu’on n’a pas d’expertise de script-doctor, c’est qu’on ignore la nature du brainstorming à mener. On a le nez dans le guidon. Notre manuscrit est semblable à un organisme vivant, dans lequel tout est lié.

Les personnages, leurs objectifs, les enjeux, les conflits narratifs, les trajectoires psychologiques, l’intrigue… : comment cartographier tout cela, une fois le récit couché sur le papier ?

Nous percevons confusément certains symptômes (longueurs, insatisfaction, sentiment que certains passages pourraient être améliorés, etc.) sans parvenir à en identifier l’origine. Nous aurions besoin d’une vision d’ensemble, d’explications et de points à vérifier, d’une méthode complète d’analyse de ce premier jet.

Pour en revenir au “millième jour de la marmotte”, après deux mois de réécriture et un passage chez un correcteur professionnel, mon agent a effectué des soumissions aux maisons d’édition, un soir d’octobre.

Le lendemain matin, la directrice d’Eyrolles l’appelait pour lui faire une proposition. Et quelques jours plus tard, nous avions une deuxième offre. Un véritable rêve éveillé.

Un premier jet n’est pas prêt à être envoyé

Mon agent n’a de cesse de le répéter : à l’heure actuelle, les éditeurs n’acceptent plus les manuscrits inaboutis. Même légèrement. Il en va d’ailleurs de même pour le lectorat en autoédition : il est très exigeant.

Soumettre un roman (ou le publier) au stade de premier jet, c’est se saborder à coup sûr. C’est tellement dommage ! Un premier jet est fait pour être retravaillé, à plus ou moins grande échelle, notamment en fonction du travail de préparation d’amont et de l’expérience de l’auteur(e).


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.