Traduire les critiques de vos lecteurs en problèmes narratifs

Il y a onze ans, j’ai mis un point final à mon tout premier roman. La génération spontanée des grumeaux. Un projet sur lequel j’avais beaucoup procrastiné, faute de temps et de méthode.

Écrit en mode jardinier, de manière décousue, pendant mon internat de médecine.

Ce livre a remporté la deuxième place du Prix Nouveau Talent des éditions JCLattès. Mais il a été refusé par tous les éditeurs auxquels je l’avais soumis. Je l’ai donc publié en auto-édition.

Sur Amazon, au fil des mois, plus de 1200 personnes ont laissé une évaluation (1226 à ce jour, le livre n’étant plus en vente depuis plusieurs années). Bilan : 3,8 étoiles sur 5. Pas une catastrophe, mais pas merveilleux non plus.

Et ce, pour de très bonnes raisons.

Je vais m’appuyer sur cet exemple pour vous parler des critiques négatives des lectrices et lecteurs. Et vous expliquer de quelle manière vous pouvez les anticiper, et les éviter, autant que possible.

La génération spontanée des grumeaux avait un certain nombre d’atouts. Que mon premier lectorat a pointé dans ses commentaires sur Amazon. “Les personnages sont doux, à l’écoute, pleins d’humanité.”

“Une façon de raconter l’histoire qui fait sourire à chaque paragraphe”. “Le point fort de l’auteur est indéniablement son style”.

Par contre, ce roman avait aussi (et surtout) énormément de défauts. Et cela, les lectrices et lecteurs ne se sont pas privés pour le souligner : La vraisemblance n’a pas été le premier souci de l’auteur.

Je n’ai pas vraiment accroché. J’ai décroché. Ce livre m’a laissé indifférent. À 50% du livre, j’avais le sentiment qu’il n’était pas encore commencé.

Lorsque je les relis aujourd’hui, je trouve ces remarques totalement fondées. Le ressenti de ces personnes ne sort pas de nulle part. Mon premier livre était bardé d’imperfections. Et je sais que, si j’avais eu à l’époque la capacité d’analyser mon manuscrit en amont, tout aurait été différent.

Les critiques sont émotionnelles

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une personne qui n’a pas apprécié votre roman va vous en parler en termes émotionnels. En vous donnant son sentiment. Je me suis ennuyé. Les personnages m’ont semblé creux.

Je ne me suis pas identifiée à l’héroïne. Je n’ai pas tout compris. Je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire.

Ces sentiments négatifs sont la transcription viscérale de problèmes sous-jacents. Sur le plan narratologique. Quand on connaît bien les ressorts d’une histoire organique, on peut traduire les ressentis du lectorat en termes dramaturgiques.

Mieux : on peut anticiper les problèmes, afin de les éviter.

Traduire le ressenti en problèmes narratifs

Quand l’une de mes lectrices dit : “Je n’ai pas accroché”, elle me parle en réalité de plusieurs choses. De déficiences dans l’arc trajectoriel de mon personnage principal. D’une insuffisance d’attachement à cette héroïne.

De problèmes de cohérence et de crédibilité. Et surtout, d’un manque d’enjeux forts dans l’intrigue.

La remarque : “J’ai décroché” en réfère, quant à elle, à une faiblesse de tension narrative dans le deuxième acte. À un suspense et un mystère mal gérés. À une carence de boucles ouvertes, en suspens, au fil du texte.

Et le sentiment que le livre commence tard pointe un travers fréquent des auteur(e)s débutant(e)s. L’envie de tout garder pour la fin, pour ne pas ruiner le suspense. Or, s’il est important de réserver les événements les plus marquants pour la fin du récit, de faire du climax la scène la plus forte du roman émotionnellement, il ne faut pas oublier de construire une véritable progression dramatique.

En maîtrisant habilement la tension narrative.

Ces notions-là (et beaucoup d’autres) sont précieuses à connaître. Lorsqu’on a en tête les ressorts d’une histoire organique, certains dysfonctionnements deviennent limpides. En usant d’une méthode particulière de relecture, on peut même parfois les voir d’un coup d’oeil.

On devient capable de retravailler son manuscrit dès le stade du premier jet. Afin de le rendre plus captivant, passionnant.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.