Voyage émotionnel : 4 étapes pour émouvoir votre lectorat

Il y a une chose que votre lectorat attend de votre histoire. En tête de la liste. C’est qu’elle le fasse vibrer, qu’elle le touche, le remue. Qu’elle lui fasse vivre un voyage émotionnel.

C’est essentiel à comprendre. Car on se méprend parfois en imaginant que les lectrices et les lecteurs s’intéressent avant tout à l’intrigue, au thème ou aux personnages. Vous pouvez, pour cela, songer aux raisons pour lesquelles nous lisons.

À l’influence que les récits exercent sur notre existence. Là où le réel est souvent déconcertant, frustrant, les histoires nous offrent des repères. Des pistes. Un accès à l’expérience intime des personnages.

Chose qui n’est jamais possible ailleurs : dans la vie, nous ne pouvons jamais plonger aussi intensément, en profondeur, dans l’expérience d’un(e) autre (même quand on exerce la psychothérapie, comme c’est mon cas !).

Comme le dit le scénariste Karl Iglésias : « Nous nous tournons vers les histoires parce qu’elles expliquent le monde de manière émotionnelle plutôt qu’analytique. »

Si vous souhaitez faire vivre un voyage émotionnel intense à votre lectorat, il est important d’être proactif(ve). De véritablement prendre en charge l’implication émotionnelle des lecteurs et lectrices.

Bien sûr, on ne peut pas lister toutes les situations émouvantes. Leur nombre est infini. Mais on peut identifier des paramètres qui créent de l’émotion ou augmentent l’intensité émotionnelle.

Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous 4 étapes incontournables dans la construction de ce voyage.

1. Passer en revue les émotions

La première étape, c’est le passage en revue des émotions à l’œuvre dans un roman. On pense souvent spontanément aux émotions de base. La peur, dans un thriller. La joie, dans une comédie.

La tristesse, dans un drame. Mais on oublie des émotions méconnues (ou que l’on n’identifie pas comme telles) : l’anticipation et la curiosité. L’anticipation, le besoin de connaître la suite, est un moteur crucial de la tension narrative.

Et votre lectorat adore éprouver ce sentiment. On peut également songer à dissocier les émotions du personnage de celles du lectorat. Car souvent, les auteur(e)s débutant(e)s s’imaginent qu’il suffit de décrire les émotions du personnage pour que les lecteurs et les lectrices s’émeuvent.

Or, c’est plus compliqué que cela.

2. Décrire les émotions du protagoniste

Cela me mène à la deuxième étape : la description des émotions de votre protagoniste. Un élément incontournable. Cela peut sembler enfoncer une porte ouverte, mais même des écrivains confirmés peuvent pêcher sur ce sujet.

Il m’arrive d’insister sur ce point en coaching individuel avec des auteur(e)s aguerri(e)s. L’idée princeps, c’est le fait que votre personnage principal est le médium par lequel votre lectorat entre dans l’histoire.

Il constitue le véhicule émotionnel. Les lecteurs et les lectrices ont besoin de savoir de quelle manière votre personnage est affecté par les événements. Pour être touché(e)s à leur tour, s’identifier, s’attacher, éprouver de l’empathie.

Cette description des émotions est une base essentielle, mais elle ne suffit pas. Car si je vous dis “Natacha était désespérée”, sans plus, vous ne serez pas ému(e). Vous ne ressentez pas, par capillarité, le désespoir de Natacha juste en lisant ces mots.

3. Créer la connexion émotionnelle

Voilà pourquoi la troisième étape consiste à créer une connexion émotionnelle entre votre personnage principal et votre lectorat. Pour ce faire, l’une des urgences en début de roman est de rendre votre protagoniste attachant.

(Ou juste intrigant, ou mystérieux si c’est un antihéros ou une antihéroïne, mais cela restera moins puissant qu’un personnage touchant, attachant). En utilisant, par exemple, ses qualités, qu’elles soient humaines (la générosité, la gentillesse, la bienveillance…) ou attirantes (l’intelligence, la force, l’humour…).

Ses problèmes et ses failles, parce qu’elles sont source de résonance. Les conflits narratifs dans lesquels il est pris. Comme le dit Yves Lavandier dans “La dramaturgie” : « Il « suffit » de prendre un personnage, de lui donner un objectif et de, ne pas oublier de, lui opposer des obstacles pour qu’aussitôt tous les êtres humains de la planète comprennent ce qu’il ressent et, donc, s’intéressent à lui. »

Un autre levier que j’aime énormément utiliser ici, pour ma part (je l’utilise de plus en plus, au fil de mes romans) consiste à jouer sur l’intrigue relationnelle. En montrant de quelle manière le personnage est vu par ses proches.

Et de quelle façon il traite les autres. Dans La journée de l’amour et de la lessive, par exemple, j’ai joué sur ce procédé en montrant la bienveillance et la douceur de la mère de famille envers ses filles.

Et en miroir, en décrivant l’amour des filles pour leur maman. Deux éléments qui rendent immédiatement cette mère attachante.

Cette notion d’attachement se retrouve d’ailleurs dans le célèbre livre du scénariste Blake Snyder (repris par Jessica Brody pour les romans), intitulé “Save the cat”. Si l’ouvrage se nomme ainsi, c’est parce que selon Blake Snyder, votre personnage doit “sauver un chat” dans les premiers chapitres.

Ou un acte équivalent, bien sûr. 😉 En d’autres termes, il doit agir d’une manière qui le rend attachant.

4. Actionner les leviers narratifs

La dernière étape consiste à utiliser des leviers narratifs à forte composante émotionnelle. Le thème du roman, tout d’abord. Qui véhicule votre vision d’auteur(e). Et qui peut générer, lorsqu’il est traité avec clarté et finesse, d’intenses résonances chez vos lecteurs et lectrices.

La tension narrative, ensuite, la force qui pousse le lectorat vers l’avant dans le texte. Dont les piliers sont le suspense, le mystère et la surprise. On peut aussi jouer sur l’intrigue, pour créer une vibration à l’échelle des différentes strates de l’histoire.

Et manier habilement des procédés narratifs comme le show don’t tell, le cliffhanger (qui consiste à terminer un chapitre sur une situation suspendue, non réglée) ou encore le time lock, la limite temporelle.

Voilà pour ces quatre étapes, qui, si vous les gardez en tête, peuvent vraiment transfigurer votre manière de raconter votre histoire et rendre votre récit captivant.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.