Devenez votre propre agent littéraire : 6 réflexes à adopter

En littérature, il existe une différence majeure entre la France et les États-Unis. En France, un écrivain est un artiste. Aux États-Unis, c’est un professionnel. Dès leur premier texte publié, les auteurs américains assument leur position :

They’re writers. Pas d’attente de validation extérieure. Pas de gêne à parler stratégie, agent, lectorat, revenus. Ni à penser en termes de carrière.

Bien sûr, je ne dis pas qu’il n’est pas merveilleux d’être artiste. C’est évidemment la part la plus essentielle du sujet. Mais on peut être artiste ET professionnel. Penser à l’écriture dans la durée.

Parce que l’équation la plus puissante pour construire un parcours littéraire, ce n’est pas seulement la pose de petites actions chaque jour, comme ce que j’évoquais hier à propos de l’effet cumulé.

C’est poser de petites actions à court terme ET avoir une solide vision de long terme.

L’un des ingrédients qui contribuent fortement à la différence de culture France/US, ce sont les agents littéraires. Aux États-Unis, ils sont incontournables. Et se comportent en véritables coachs et nounous pour leurs auteur(e)s.

En prenant soin d’eux, en les conseillant, en les galvanisant. En posant sur la table cette fameuse vision professionnelle au service des aspects artistiques.

En France, il n’est vraiment pas simple d’être accepté(e) par un agent, d’autant plus lorsqu’on est un(e) primo-romancier(e). Parce qu’ils sont peu nombreux. Et qu’ils sélectionnent drastiquement les écrivains qu’ils accompagnent.

Le plus souvent des personnes déjà aguerries et publiées. (Je vous parle d’expérience, j’ai moi-même un agent depuis quelques années). Et ce n’est pas si grave, à mon sens, parce je trouve qu’il est important de se faire sa propre expérience du monde de l’édition, sans intermédiaire au départ.

Ceci étant dit, vous pouvez tout de même vous inspirer de leur travail pour devenir votre propre agent. Et prendre le réflexe de penser votre parcours comme un ou une professionnel(le).

J’aimerais donc aujourd’hui vous suggérer 5 réflexes d’agent à adopter dans votre vie d’auteur(e).

Réflexe 1 : Pensez à votre prochain livre

Cette idée-là est une constante chez tous les agents. Le mien me demande à chaque signature de contrat (et très régulièrement ensuite) quel est mon projet suivant. Il est primordial de ne pas tout miser sur un seul roman.

Avoir d’autres livres dans vos tiroirs ou dans la tête vous ouvrira plus de pistes, et vous confortera dans la conviction que vous pouvez tracer un long chemin. Mes éditeurs m’ont d’ailleurs souvent dit qu’il était important pour eux de travailler avec des personnes qui souhaitaient écrire plusieurs livres, pour ancrer la collaboration dans la durée.

Un agent vous dirait donc : « Écris. Termine. Puis rebondis, passe à autre chose, avance et fais-toi plaisir. » J’en veux pour preuve ces phrases des agents Kim Lionetti et Sarah LaPolla, dans une interview accordée à la journaliste Jane Friedman :

« Je recommande à mes clients de toujours penser à leur prochain projet. […] C’est difficile de construire une base de lecteurs si vous laissez trop de temps entre deux livres. » (KL)

« Je conseille à mes auteurs de commencer à travailler sur leur livre 2 pendant la soumission du livre 1. Cela permet non seulement de se distraire de la soumission, mais aussi de préparer le terrain pour la suite. » (SLP)

Réflexe 2 : Ciblez juste plutôt que large

Un agent ne soumet jamais un manuscrit au hasard. Il connaît les lignes éditoriales, les sensibilités des éditeurs, les affinités possibles. Faites de même : renseignez-vous. Ne visez pas « toutes les maisons qui publient de la fiction », mais celles dont la vision semble pouvoir résonner avec la vôtre.

Cherchez une vraie rencontre professionnelle. Une collaboration au sein de laquelle votre voix ne sera pas lissée ou trop distordue, mais soutenue.

Réflexe 3 : Travaillez pour vous améliorer

En la matière, je suis convaincue que l’enjeu n’est pas d’écrire “toujours mieux”, mais plutôt d’être dans la justesse, au plus près de ce qui vous habite dans le moment (on évolue beaucoup quand est est auteur(e) !), en appui sur vos atouts singuliers et avec le souci de vous améliorer sur les points qui vous posent problème.

Sarah LaPolla le formule de la sorte : « Un bon auteur, quelqu’un qui considère l’écriture comme une carrière et l’aborde avec professionnalisme, devrait s’améliorer à chaque nouveau livre. Cela signifie qu’il continue à lire, à apprendre et à se remettre en question. »

Réflexe 4 : Prenez soin de vous

Un agent ne laisse pas son auteur(e) s’épuiser. Il temporise. Il ajuste les échéances, si besoin. Devenir votre propre agent, c’est aussi prendre soin de votre énergie créative. Savoir dire non aux projets qui vous dispersent.

Protéger vos plages d’écriture. Vous offrir une pause lorsque c’est nécessaire.

Réflexe 5 : Montrez votre travail !

Je reprends ici le titre du livre d’Austin Kleon, que j’avais eu l’occasion d’évoquer dans cette newsletter. Un agent envoie vos textes, parle de vous, vous rend visible. Il vous dit : “tu es légitime, c’est génial tout ce que tu fais !”.

Il participe à construire votre vitrine. Et vous encourage à la développer. Vous pouvez vous en inspirer : osez parler de votre projet. Partagez votre processus d’écriture sur les réseaux sociaux.

Proposez votre livre à des bookstagrameuses. Cherchez les bons interlocuteurs. Et surtout, construisez pas à pas une relation avec votre lectorat, même avant la parution de votre roman, et avant d’avoir « percé ».

Kim Lionetti souligne aussi l’idée que rien n’est jamais perdu : « Une partie de notre travail consiste à trouver des moyens de pérenniser votre carrière, que ce soit en « changeant d’image de marque » ou simplement en trouvant des moyens de vous présenter qui peuvent surmonter un bilan décevant. »

Cultivez votre univers, assumez votre singularité

Un agent vous dirait : « Identifie ce qui insiste, et n’aie pas peur d’y revenir ou de le mettre en lumière ». Les auteurs qui marquent ont tous, sans exception, un univers singulier. Des thèmes récurrents.

Un ton. Des obsessions. Un regard particulier sur le monde. Avoir une identité d’auteur(e) forte n’est pas un piège ou un problème, c’est une qualité. Pour ma part, cette notion-là m’étaye beaucoup, et j’assume aujourd’hui beaucoup plus qu’autrefois l’idée d’écrire systématiquement des romans à dominante psychologique, avec des personnages de thérapeutes dans la plupart de mes récits.

Voilà pour ces quelques réflexes d’agent (on pourrait probablement en trouver beaucoup d’autres) qui, je l’espère, pourront contribuer à vous soutenir, et si nécessaire à vous sentir plus légitime d’accorder de l’importance à votre projet.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.