4 leviers du thriller pour rendre votre roman captivant

En ce moment, j’écris un nouveau roman. Mon huitième. C’est un livre qui ne se situe pas vraiment dans le genre dit feel-good, comme à mes débuts. Son thème central est assez dur, c’était déjà un peu le cas dans Psy, jeûne et randonnée, et La journée de l’amour et de la lessive, et je continue à creuser ce sillon.

En me dirigeant plutôt vers la littérature blanche.

Et pourtant, j’ai construit toute la structure de mon histoire sur la base des codes du thriller. Ça peut paraître surprenant. Mais je trouve que c’est un moyen puissant de moduler le rythme, d’augmenter la tension narrative, de mettre la forme au service du fond.

Sans sacrifier pour autant le style, une certaine subtilité ou la profondeur.

Dans cet épisode du Lab, j’ai envie de partager avec vous 4 leviers que j’utilise en la matière.

Des chapitres courts

Dans ce nouveau roman, les chapitres sont courts. Il y en aura probablement une soixantaine au total, contre 40 dans La journée de l’amour et de la lessive, et une vingtaine dans mes romans précédents.

Pas pour avancer à toute allure, les doigts dans la prise. Mais simplement pour maintenir la tension dramatique sur un fil tendu. Les chapitres courts m’obligent à entrer rapidement dans une situation signifiante

Et à sortir tôt, donc avant qu’un effet de monotonie n’ait le temps de s’installer. Sortir tôt implique aussi de laisser des éléments en suspens, des personnages sur le grill, des questions ouvertes.

De manière à susciter l’envie de connaître la suite.

Le point de vue narratif interne multiple

Mes premiers romans (jusqu’au cinquième) étaient tous narrés en point de vue interne unique. C’est-à-dire relatés dans le regard d’un seul personnage, qui orchestrait l’ensemble du récit et devait être présent dans toutes les scènes.

J’aime beaucoup le point de vue unique. Beaucoup de mes romans favoris sont écrits sous cet angle-là.

Mais depuis quelque temps, j’ai découvert le pouvoir enchanteur du point de vue narratif interne multiple. 😅

Via lequel on suit plusieurs personnages en alternance, en basculant d’un point de vue à un autre à chaque chapitre (ou à chaque scène, comme Michel Bussi dans Nymphéas noirs). J’ai commencé à l’utiliser dans Psy, jeûne et randonnée, avec deux narratrices.

Puis j’ai continué dans La journée de l’amour et de la lessive avec 4 narrateurs. Et je suis restée sur ce chiffre pour ce nouveau roman. Ces 4 narrateurs, ce sont : mon héroïne, sa fille, son petit-fils, et un médecin qui côtoie le personnage antagoniste principal (j’ai choisi cette option car je ne voulais pas me placer directement dans la peau de l’antagoniste).

Changer de point de vue à chaque chapitre me permet de transporter le lectorat d’un lieu à un autre. De multiplier les angles de vue sur une situation. De cacher des éléments (il suffit de s’absenter en changeant de personnage).

De manier l’ironie dramatique, ce procédé narratif dans lequel le lectorat en sait plus que l’un des personnages, et attend, de ce fait, que le personnage soit mis au courant. C’est un outil passionnant et puissant.

Car chaque personnage détient une vérité fragmentaire. Pendant que le lectorat, lui, tente de reconstituer le puzzle. Cette circulation du point de vue est un incontournable des codes du thriller, mais elle est redoutablement efficace en matière d’exploration des conflits relationnels et des non-dits.

Un antagoniste fort

Dans mon nouveau roman, il n’y a pas de serial killer. Pas d’ennemi ni de “méchant”. Mais il y a des personnages antagonistes : plusieurs secondaires et un principal. Que j’ai délibérément rendus intimidants et merveilleusement nuisibles.

Parce que je pars du principe que le personnage antagoniste est celui qui donne du dynamisme au récit. Un antagoniste, ce n’est pas forcément une figure caricaturale du mal. Mais une personne (ou un groupe, une structure…) qui s’oppose activement aux objectifs et au désir du personnage.

Être attentif à l’antagoniste permet d’accentuer la tension dramatique, même dans un cadre réaliste et intimiste.

Les fausses pistes

Pour ce roman, je manie également les fausses pistes. Et je l’avoue : c’est vraiment plaisant à échafauder. Non pas pour tromper le lectorat de manière gratuite. Mais pour orienter ses hypothèses, nourrir ses attentes, afin, au bout du compte, de générer un renversement émotionnel.

Dans mon manuscrit, les fausses pistes sont pensées pour mettre en exergue le thème du roman. Une façon supplémentaire de mettre la forme au service du fond. Parce qu’une fausse piste bien construite révèle toujours quelque chose.

Sur les personnages, leur psyché. Sur leurs angles morts. Sur nos préjugés à nous, nos autoroutes mentales. Sur les thèmes du roman. Ce sont des outils qui subliment le sens, pas une simple manipulation gratuite.

Détourner les codes du thriller, quand on écrit dans un autre genre littéraire, cela ne signifie pas formater son roman. Mais plutôt le rendre plus captivant, plus nerveux, plus vivant.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.