Manier l’humour dans un roman

L’écrivain Bruno Tessarech aime à dire que « l’humour est toujours gagnant dans un texte », qu’il donne « toujours un résultat à 100% ». Je suis d’accord avec lui : amener une touche (ou plus) d’humour dans un roman est toujours un atout. Si vous faites sourire ou rire vos lecteurs.trices, vous emportez à coup sûr leur adhésion.

Et ceci, même si vous écrivez dans un genre a priori éloigné de la comédie, comme la fantasy, le fantastique, ou même le polar et le thriller : un peu de drôlerie par moments peut être un levier très puissant (pensez à Harry Potter, la saga comporte des moments très drôles, et les livres n’auraient pas la même saveur sans cela).

Aujourd’hui, j’aimerais vous donner quelques pistes pour utiliser l’humour dans vos manuscrits.

Observer et décortiquer ce qui vous fait rire

Revenons-en à l’humour : la première étape, selon moi, pour améliorer son maniement dans votre roman, est d’observer les choses qui vous font rire dans la vie, de les décortiquer (oui, quand on est écrivain on ne peut plus lire, regarder ou écouter des contenus culturels tranquillement 😅, on est souvent en train d’analyser ce qui se passe) et de vous en imprégner.

Lisez des romans que vous trouvez drôles, examinez la façon dont les éléments sont amenés. Regardez un film amusant, une comédie. Visionnez un spectacle ou des vidéos de votre humoriste préféré(e).

Et prenez des notes. Interrogez-vous. Pourquoi cette blague me fait-elle rire ? En quoi cette situation est-elle comique ? Comment est-elle introduite ? Quel processus me mène vers le sourire ?

S’agit-il d’un surgissement inattendu ? Ou d’une lente montée vers l’élément drôle ? Dans ce cas, comment y sommes-nous peu à peu préparés ? Est-ce une question de ton, de vocabulaire ? De formule ? De décalage ? De choc entre l’environnement et la personnalité du personnage ? De gestes, de langage non-verbal ? D’attitude ? De répétitions ?

Comment pourriez-vous exporter l’essence, le principe sous-jacent de cet humour dans une scène de votre roman ? S’agit-il d’un clin d’œil que l’auteur ou l’humoriste vous fait, parce que vous vous reconnaissez, vous vous identifiez au personnage ou la situation ?

Cette notion de clin d’œil est intéressante, car lorsqu’un trait d’humour résonne avec une expérience vécue, il est d’autant plus efficace auprès des lecteurs.trices concerné(e)s (qui se sentent inclus, visualisent une expérience commune). Une scène drôle sur la vie avec un chiot touchera particulièrement les propriétaires de chiens, par exemple (même si elle peut, bien sûr, faire sourire aussi ceux qui ne l’ont pas vécue. Je prends souvent l’exemple de la musique : ce n’est pas parce qu’on ne joue pas de piano qu’on ne peut pas être touché(e) par un Impromptu de Schubert. Mais un(e) pianiste ressentira les choses différemment).

Bref, ceci pour amener une idée importante, selon moi : celle de ne pas chercher à tout prix à être drôle pour tout le monde. Certaines personnes ne riront pas à vos blagues, et ce n’est pas grave. Dans ce domaine, il me semble que votre premier référentiel doit être interne : si une scène vous fait (beaucoup) rire, vous, c’est bon signe. Il y a de grandes chances pour que les lecteurs.trices qui apprécient votre univers soient sous le charme eux aussi.

Des procédés d’humour à explorer

Pour terminer, j’avais envie de partager avec vous quelques exemples d’utilisation de l’humour dans un roman (la liste est non exhaustive) :

  • L’autodérision (l’un de mes médiums favoris) : il est souvent facile de faire sourire les lecteurs.trices en amenant le personnage principal à se moquer (gentiment) de lui-même.
  • Le malentendu (qui s’utilise plutôt au fil d’une lente construction que sur un passage unique).

Un petit exemple issu de ma nouvelle On n’est pas sérieux quand on a 33 ans, au cours d’un baptême de parachute, alors que le héros est attaché au moniteur :, Tout va bien ? m’a-t-il demandé. J’ai bredouillé que je voulais redescendre., Eh bien, on y va, direction la terre ferme ! C’est partiiii ! Das ist wunderbaaaar ! a-t-il hurlé en nous balançant dans le vide. J’avais oublié de préciser que je parlais de redescendre en avion, non en parachute.

  • Le choc des générations : dans cette scène des petites reines de Clémentine Beauvais, où Astrid parle d’un jeu vidéo, Kitchen Rush, au grand-père d’une amie :

Astrid dit :, Il y a aussi des ingrédients périmés qu’il ne faut surtout pas oublier de jeter, sinon…, Alors ÇA ! Certainement pas, jeune fille ! Et de lui agiter son grand couteau sous le nez., On ne jette rien du tout, ici ! On a de la graisse d’oie qui date de 1956 !, Et elle est encore très bonne ! confirme vigoureusement Mamie., Parfaitement ! Ça ne se périme pas, la graisse d’oie., Ni la crème fraîche !, Dans Kitchen Rush, dit Astrid, ça se périme.

  • Le clin d’oeil : ici aux jeunes parents, par Marie Vareille, dans La vie rêvée des chaussettes orphelines :

« Les deux premières années avec les jumeaux ont été difficiles. On a vécu la première enterrés sous les couches et le linge sale, l’œil hagard et cerné, les vêtements recouverts de tâches de compote et de vomi, et la deuxième à essayer de rattraper notre sommeil en retard. »

  • Les images : « Ma mère a hurlé tellement fort que mes tympans se sont suicidés pendant quelques minutes, puis elle a descendu les escaliers comme si elle avait des skis » (Virginie Grimaldi, Il est grand temps de rallumer les étoiles).

Ou encore : Les pensées internes qui commentent de façon humoristique un dialogue ou une action, La perte de contrôle, Le comique de situation, les contrastes, les décalages, l’incompétence, les personnages à côté de la plaque (procédés que j’utilise souvent, pour ma part : par exemple lorsqu’Anna, médecin cartésienne et pragmatique se retrouve dans un stage de méditation et thérapie, dans Le début des haricots, ou qu’un père de famille qui ne fait pas grand-chose à la maison d’habitude se met à prendre en charge les tâches ménagères, dans Allo, Socrate, ici Wondermum). Les jeux de mots, le détournement d’expressions (« Tu la prends vraiment pour un lapin de la dernière pluie », toujours chez Virginie Grimaldi, dans la bouche de la petite Lily). La satire (lorsqu’elle est bien menée). Etc. En la matière, le mieux est vraiment de vous de constituer votre bibliothèque personnelle… 😉


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.