Écrire un roman relève beaucoup plus de la course de fond que du sprint : procéder par étapes, rassembler des ressources, avancer de façon régulière. En ce moment, je me lance dans l’écriture d’un septième livre et, à cette occasion, j’avais envie de partager avec vous les piliers que je me remémore pour passer à l’action.
1. Le temps
Le premier pilier, c’est le temps. Je dis souvent qu’il faut prendre le temps d’écrire plutôt qu’attendre de l’avoir. Et pour cela, le mieux est encore de vous fixer des rendez-vous avec vous-même dans votre agenda. Commencer ainsi revient à acter que vous croyez en votre projet, malgré les doutes, malgré le syndrome de l’imposteur (parce qu’il arrive fréquemment, surtout lorsqu’on débute, qu’on se sente illégitime à l’idée d’écrire un livre).
Garder confiance en vous-même est primordial, d’autant plus si votre entourage n’est pas soutenant ou que vous avez essuyé des échecs. Cultivez la vision de ce que vous souhaitez vivre ou devenir (imaginer une situation, c’est déjà commencer à la créer).
2. La créativité
La deuxième chose importante, c’est la créativité : Je suis pleinement convaincue que la créativité n’est pas un talent dont certain(e)s ont hérité, mais bien un capital (trop souvent anesthésié par la routine) à cultiver. Lorsqu’on se lance dans un roman, il peut être intéressant “d’ouvrir nos capteurs”, d’observer notre quotidien avec un œil neuf, de noter systématiquement les réflexions qui nous traversent, un mot qui tinte à notre oreille ou un dialogue attrapé dans la rue.
De nous appuyer sur nos 5 sens en nous souvenant que c’est par leur intermédiaire que nous avons accès à l’expérience. Et savoir utiliser la sensorialité quand on écrit, c’est prendre le lecteur par la main pour lui donner à éprouver la situation plutôt que l’expliciter de manière théorique (c’est beaucoup plus puissant).
Il en va de même pour le style : nous avons souvent une marge d’évolution en la matière beaucoup plus large que ce que nous imaginons. C’est en abordant les choses de façon ludique, en apprenant à ne pas suivre la première idée qui vient, à éviter les poncifs, en prêtant attention à la musicalité de notre texte, que nous pouvons affiner notre voix singulière.
3. Le plan
Le troisième pilier que je garde en tête, c’est le plan : Il y a autant de façon d’appréhender la question du plan que d’écrivains. Certains passent beaucoup de temps à le concevoir. La romancière Elizabeth George, par exemple, dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler, commence par bâtir un canevas, c’est-à-dire une succession de scènes dans l’ordre qu’elle imagine pour son roman, en notant toutes les opportunités de relations causales. « Chaque scène recèle un ou plusieurs éléments susceptibles de déclencher une scène suivante », nous dit-elle. Puis elle écrit un séquencier très détaillé, dans lequel elle ébauche toutes les scènes, rédige des bribes de dialogues, des descriptions et précise les motivations des personnages.
D’autres auteurs préparent une feuille de route très lâche. D’expérience, je dis toujours qu’avoir une structure narrative sous les yeux (quitte à prendre des libertés ensuite) est la garantie d’un équilibre global dans le récit. Loin de rendre votre roman prévisible, ce plan vous donnera au contraire une trame solide sur laquelle greffer votre intrigue, les rebondissements, les retournements de situation, les dénouements inattendus, etc., et vous épargnera un travail fastidieux de rééquilibrage lors de la réécriture.
4. Les personnages
Le pilier suivant, ce sont les personnages : Pour ma part, je commence toujours par imaginer mes personnages avant de ciseler l’intrigue, en me souvenant de l’équation suivante : un personnage + un problème = une intrigue.
Dans ce domaine, plus qu’une description de “l’enveloppe” des personnages, il est essentiel de réfléchir à leur profil psychologique, leurs blessures, leurs fausses croyances, aux mensonges qu’ils se racontent. Cette démarche vous permettra de construire un arc évolutif (c’est-à-dire une trajectoire de transformation) pour votre héros ou héroïne, que les péripéties (l’intrigue) viendront soutenir.
Comme le dit KM Weiland : “Le personnage est le moteur de l’intrigue, et l’intrigue façonne l’arc du personnage”.
5. Le premier jet
Le dernier pilier qui m’est utile, c’est une série de petits mes mantras pour le premier jet :
- Lâcher le perfectionnisme.
- Éviter de me relire au cours de cette phase-là. Dans son livre « Arrêtez d’oublier ce que vous lisez », Eliott Meunier cite une étude qui montre que « plus on effectue de tâches en simultané, moins on est productif », et explique qu’il est démontré qu’« en changeant constamment de mode et en relisant ce que l’on vient à peine d’écrire, nous ralentissons la rédaction de notre texte ».
- Ne pas abattre mes cartes trop tôt, savoir différer la révélation des informations.
- Garder en permanence des questions en suspens, ouvrir le récit.
- Montrer plutôt que dire.
- Ne pas pacifier trop vite les conflits.
- Muscler les enjeux et les problèmes.
Voilà pour l’email de cette semaine, n’hésitez pas à m’écrire si vous avez envie que j’aborde des thèmes particuliers dans les semaines à venir. Je vous prépare, pour ma part, des choses sur l’incipit (le début d’un roman), et la psychologie (l’une de mes passions😉, vous devez commencer à le savoir si vous me suivez depuis longtemps ).
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.