Il y a dix jours, j’étais invitée au festival du livre de l’île de Ré. Un très gros salon littéraire : 120 auteurs, 15.000 visiteurs sur 3 jours. Cela m’a donné l’occasion d’observer in vivo des autrices et auteurs au contact de leur lectorat.
De répertorier des stratégies variées. Et de constater que, pour ouvrir le dialogue autour d’un roman, certaines choses fonctionnent et d’autres moins.
Côté écrivains connus, l’exercice est plutôt facile : les gens viennent pour eux, ils sont déjà séduits. Dans le même bloc de tables que moi se trouvaient des auteurs comme Franck Bouysse, Philippe Besson, Colombe Schneck, ou encore François-Henri Désérable.
Eux n’avaient pas grand-chose à faire pour convaincre. Juste le loisir de profiter du moment. 🙂 Le Graal de tout(e) auteur(e), en somme.
En ce qui me concerne, la série de tables rondes du salon a débuté par une rencontre autour de mon nouveau roman, “Psy, jeûne et randonnée”, et des dizaines de personnes sont venues me voir suite à cela.
Cette opportunité m’a lancée sur des rails confortables.
Trois attitudes observées en salon
Mais pour les auteurs débutants, peu connus, les écrivains auto-édités, tout le travail était à faire. Dans ce camp-là, j’ai pu observer des attitudes très diverses.
Première option : certains auteurs restent muets. Le corollaire, c’est qu’il ne se passe (quasiment) rien. Les visiteurs ne s’arrêtent pas devant leur stand. Une autrice m’a dit « je suis timide, je ne sais pas me vendre, je déteste alpaguer les gens ».
Elle préférait attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes. Rester dans sa zone de confort. C’est parfois la posture la plus juste pour certain(e)s, à un instant donné. Elle présente cependant l’inconvénient d’être extrêmement lente et incertaine en termes d’efficacité.
A contrario, un auteur d’essais politiques était très expansif, prolixe et drôle. Il attirait l’attention, animait son allée façon Foire Expo. « Mesdames, messieurs, un billet de 50 euros est caché dans l’un de mes livres. »
La petite foule piétinant devant son emplacement attirait d’autres personnes. Une fois les passants immobilisés devant ses livres, il évoquait des sujets controversés, lançait et alimentait des débats.
Il ne laissait pas les gens neutres, et cela fonctionnait : il a vendu beaucoup de livres. C’est une autre façon de procéder, plus tapageuse, un peu excessive.
Et puis, entre ces deux extrémités, certains testaient des choses : Une autrice auto-éditée poussait son livre sur la table dès qu’une personne passait devant elle en déclarant : « Premier roman ».
Cette accroche brève suffisait à intéresser du monde.
Un auteur expliquait à tous ceux qui s’arrêtaient que son roman avait constitué sa thérapie, qu’il avait eu besoin de l’écrire suite à des événements de vie douloureux. Sans grand succès : les gens passaient leur chemin.
Il a ensuite changé sa façon de procéder, en posant des questions aux visiteurs : « avez-vous des enfants, des petits-enfants ? » Il s’est mis à leur parler de combat pour la vie, d’émotions universelles.
Et a dédicacé, d’un coup, beaucoup plus de romans.
Pour ma part, j’engageais la conversation en posant aux personnes des questions sur elles-mêmes : « Qu’aimez-vous lire ? Qu’est-ce qui vous a intéressé(e) lors de la rencontre autour de mon roman ?
Vous êtes soignant(e) ? » Non seulement cela me permettait de présenter mes romans, mais cela m’a surtout donné l’occasion d’entamer des échanges passionnants avec des personnes aux parcours très divers.
J’étais assez confiante quant aux dédicaces, et mon élan premier était de discuter avec des gens (j’adore le contact humain). J’ai aussi bénéficié d’un beau bouche-à-oreille. Des amis, des conjoints de lecteurs ayant assisté à ma table ronde sont venus me voir.
Ce salon m’a confortée dans une certitude : on peut faire connaître ses romans, travailler à se constituer un lectorat sans se trahir. En restant éthique et sincère.
Mes 5 piliers pour faire croître un lectorat
Et cela m’a remémoré les piliers qui sont les miens pour faire croître progressivement mon lectorat, en salon comme sur les réseaux sociaux :
- Utiliser des accroches pour susciter la curiosité, des questionnements.
- Se centrer sur les lecteurs : leur parler d’eux avant de parler de soi. Partir de ce qui les intéresse pour ouvrir la discussion, leur demander ce que nos réponses leur évoquent.
- Présenter notre roman sous l’angle de l’expérience qu’il donne à vivre. Si cela ne vous paraît pas évident, vous pouvez vous poser cette question simple : Quelle (petite) chose aura changé chez ma lectrice, lorsqu’il refermera mon livre ? Dans quel état émotionnel se trouvera-t-elle/il ?
- Lorsqu’on pitche un roman, ne pas décrire platement les faits, mais utiliser le pouvoir des émotions, raconter des histoires, des anecdotes, chercher ce qui fait point commun.
- Commencer par donner sans attendre en retour. Savourer le plaisir de l’échange, des discussions, de la même façon que nous avons savouré le plaisir de l’écriture avant d’aller vers les autres.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.