Une structure narrative, c’est comme la charpente d’une maison. C’est le squelette d’une histoire. Quand on débute en écriture, on s’imagine souvent que les auteurs dits “jardiniers”, à l’inverse des “écrivains architectes”, créent des récits sans structure.
C’est une fausse croyance. En réalité, la structure est toujours présente, sous-jacente. Début, milieu, fin : en voilà déjà une. Mise en place, Conflit, Résolution : voici une autre manière de formuler les choses.
La question ne date pas d’hier : Horace et Aristote dispensaient déjà des conseils d’écriture !
Ils ont intégré la structure intuitivement
La vérité sur les écrivains 100% jardiniers, c’est qu’ils ont spontanément intégré l’essence des structures narratives. Ils savent amorcer l’histoire, gérer la délivrance des informations de façon équilibrée.
Moduler les rythmes. Ils créent sans réfléchir une montée progressive de tension narrative, suivie d’une résolution. Ils ont une connaissance intuitive des grands principes tels que : Les conflits narratifs sont le moteur des romans.
Les péripéties sont au service de l’évolution du personnage, de son arc trajectoriel. L’élément perturbateur est plus puissant s’il ne s’agit pas d’une décision du personnage. Il faut en permanence garder le récit ouvert.
Il ne faut pas donner (trop vite) au lectorat ce qu’il attend. Un personnage principal intéressant et attachant a une essence, faite de failles et de ressources, d’un besoin profond, de problèmes et d’objectifs.
Toute une série de repères qui garantissent l’équilibre du roman, à l’échelle locale et globale.
Prenons l’exemple de Virginie Grimaldi. Certes, cette dernière ne rédige pas de plan en amont. Mais ses livres suivent tous, sans exception, une structure narrative très classique. Ce sont souvent, même, des modèles du genre.
Élément perturbateur, rebondissements, tension narrative, transitions entre les actes : elle utilise abondamment tous les principes directeurs de la dramaturgie.
Les vrais jardiniers sont rares
La deuxième vérité sur les auteurs jardiniers purs, c’est qu’ils sont rares. Et que la majorité d’entre eux sont en réalité des écrivains expérimentés. Dotés d’un instinct puissant. À force de travail, d’essais-erreurs, de lecture, ils se sont forgé un excellent « architecte intérieur », intuitif et spontané.
Ils savent d’emblée construire une histoire prenante, dynamique, sans longueurs, dans laquelle les lecteurs et lectrices ne s’ennuient pas.
Quand on se lance, il est très rare d’avoir cette qualité. Dans l’immense majorité des cas, s’engager dans la rédaction d’un premier roman sans aucune préparation est juste la garantie de problèmes en pagaille lors de la réécriture.
Je le sais d’expérience, pour l’avoir vécu à mes débuts, pour l’avoir constaté en tant que bêta-lectrice, et pour en avoir longuement parlé avec mes éditrices, chez Albin Michel, J’ai Lu ou Eyrolles.
Se lancer dans l’écriture d’un roman de 300 pages sans savoir où l’on va, sans connaître ses personnages, en improvisant tout, est extrêmement périlleux pour 95% des auteur(e)s.
Se former libère la créativité
La bonne nouvelle, c’est qu’apprendre à maîtriser les rouages des histoires captivantes peut être passionnant et ludique. Connaître les bases, c’est se créer un terrain de jeu. Loin de brider votre créativité, s’initier à la narratologie décuplera vos possibilités.
Dès aujourd’hui, vous pouvez prendre un virage pour améliorer drastiquement votre manière de raconter des histoires dans un roman. Je vous parle d’expérience. Mon tout premier roman, “La génération spontanée des grumeaux”, rédigé en mode jardinier, était bardé de défauts.
J’ai commencé à me former à cette époque, et mon deuxième roman, “Le début des haricots”, s’est écoulé à 20.000 exemplaires en auto-édition. Plusieurs éditeurs m’ont alors proposé un contrat, et plus de 28.000 exemplaires supplémentaires se sont vendus depuis sa parution chez Albin Michel.
Se former permet de se sentir libre de jouer avec les codes. Libre d’improviser, de laisser vos personnages vous surprendre. Tout en vous sachant tenu(e) par un cadre solide, garant de l’équilibre global.
Et comme le dit l’auteur Lionel Davoust : “le plus grand cadeau qu’un créateur puisse s’offrir, c’est la liberté”
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.