En ce moment, je suis plongée dans l’écriture de mon septième roman. Et il y a quelques jours, j’ai traversé une période de doutes. « Ai-je défini trop de personnages principaux, trop de narrateurs ?
Faire parler une adolescente tire-t-il forcément le livre vers le genre young adult ? Est-ce une bonne idée de renouer avec un peu plus de comédie après “Psy, jeûne et randonnée” ? Ne va-t-on pas me dire que ce que j’écris n’est “pas assez sérieux, pas assez dramatique” ? »
Bref : beaucoup de questionnements, la peur de n’avoir pas pris les bonnes décisions.
Comment j’ai traversé mes doutes
Je reviens à mes doutes : Il y a bientôt dix ans, c’est presque sans me poser de questions que j’ai rédigé mon premier roman, La génération spontanée des grumeaux. Guidée uniquement par mon désir d’écrire.
Sans arrière-pensée pour un potentiel lectorat ou les desiderata d’un éditeur. C’est avec mon deuxième manuscrit, après avoir expérimenté la possibilité d’être lue, que des hésitations nouvelles me sont venues.
Parce qu’inévitablement, lorsque le regard des autres s’immisce dans l’acte de création, il bouleverse nos repères.
Il y a quelques jours, donc, j’ai pris le temps de me poser, pour un petit tête-à-tête avec moi-même. De réfléchir à ce qui me faut vibrer, hors de toute considération externe. À ce que j’apprécie, déjà, chez mes personnages naissants.
À la tonalité que je veux donner à ce livre. Aux éléments vis-à-vis desquels j’ai envie d’être vigilante (ne pas virer trop bisounours, donner une voix narrative plutôt intellectuelle à mon adolescente, amplifier la dimension psychologique de l’intrigue, etc.), et à la manière de “tenir” cette vigilance en cours de rédaction.
J’ai pris la décision d’envoyer mes premiers chapitres à mon éditrice pour avoir son avis. Pouvoir ainsi corriger dès le départ un axe éventuellement bancal. C’est une chose que je n’ai jamais faite (d’habitude je rends toujours un manuscrit complet, sans alpha-lecture), mais elle me semble pertinente et rassurante pour moi dans cette situation.
Des choix, pas des erreurs
Et c’est ce que j’avais envie de vous dire aujourd’hui : en matière d’écriture, il n’y a pas de mauvaises ou de bonnes décisions. Simplement des choix à poser, en fonction de la direction qu’on souhaite emprunter.
Penser à son lectorat, aux attentes des éditeurs, écouter les conseils de ses bêta-lecteurs, c’est bien, mais dans une certaine limite. Car si l’on se bride trop, si l’on ne suit pas ses élans, si l’on cherche à être trop consensuel(le), on se perd.
Et on perd au passage : Le plaisir d’écrire, ce moteur alimenté par notre engagement émotionnel dans le récit. L’affirmation et le dévoilement de notre singularité et par là même de notre univers, alors que ce sont justement ces deux éléments que nos lectrices et lecteurs viennent chercher quand ils ouvrent l’un de nos livres.
L’intensité des résonances chez ceux qui nous lisent.
Alors, la prochaine fois que vous vous direz : “Non, je ne peux pas écrire là-dessus”, “c’est trop personnel “, trop féministe”, “trop gentil”, “trop noir”, “excessif”, etc., demandez-vous aussi : « Mais, ai-je tout de même envie de le faire ?
Comment puis-je procéder pour rendre cela possible ? Comment rester fidèle à ma vision ? »
Car il serait dommage de vous perdre en chemin…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.