Vous est-il déjà arrivé, en voulant résoudre un problème, d’aggraver les choses ? De rendre la situation dix fois pire qu’elle n’était ? Ce phénomène correspond à ce que le psychologue Paul Watzlawick appelle des ultrasolutions.
« Des solutions qui se débarrassent non seulement du problème, mais aussi de tout le reste ». Pour un(e) auteur(e), cela me paraît un concept tout à fait pertinent à exploiter, et je vais vous expliquer pourquoi.
Reprenons sur l’ultrasolution. Dans son livre, « Comment réussir à échouer : trouver l’ultrasolution », P. Watzlawick explique notamment que les ultrasolutions ont souvent pour point de départ une vision manichéenne du monde.
S’imaginer que le contraire du mal est immanquablement le bien. Penser que tous les jeux sont forcément à somme nulle : quand l’un gagne, l’autre perd (phénomène du gagnant-perdant). Ou encore croire que “deux fois plus” signifie à coup sûr “deux fois mieux”.
Il donne l’exemple de l’Agence spatiale américaine qui cherchait à protéger des intempéries de nouveaux modèles de fusées géantes. Les ingénieurs s’imaginèrent qu’il suffisait simplement de multiplier les dimensions des hangars existants.
Ils se rendirent compte à l’usage que ces hangars immenses réagissaient de façon totalement imprévue et incontrôlable. Ils possédaient leur propre climat intérieur. Fabriquaient des nuages, de la pluie… précisément les phénomènes contre lesquels ils étaient censés prémunir.
L’ultrasolution au service de la tension
Lorsqu’on est romancier(e), penser en termes d’ultrasolutions pour nos personnages est très intéressant. Car nous souhaitons les pousser dans leurs retranchements. Nous voulons créer du mouvement, des conflits.
Des événements non-ordinaires, échappant au contrôle, qui éveillent la curiosité des lecteurs et feront monter la tension narrative. Et quoi de mieux, pour ce faire, de montrer notre héros/héroïne agir sans prendre de recul, dans la précipitation, ou avec impulsivité, et engendrer une foule de nouveaux problèmes en cherchant à évacuer son souci initial.
Cela peut notamment être utilisé à la fin du premier acte, après l’événement perturbateur, pour ce que l’on appelle le premier nœud dramatique, c’est-à-dire la réaction du personnage à l’élément perturbateur.
Posez-vous la question suivante : quelle décision mon protagoniste peut-il prendre, à laquelle le lectorat ne s’attend pas, et qui accentuera ses problèmes au lieu de les résoudre ?
Des exemples partout en littérature
En y réfléchissant, vous trouverez dans la littérature beaucoup d’exemples d’ultrasolutions. Les pirates d’Astérix qui coulent leur propre bateau pour échapper aux Gaulois. Les péripéties de Bridget Jones, qui met toujours les deux pieds dans le plat et ne fait que s’enfoncer dans les problèmes.
Un exemple personnel : dans mon livre, “Le début des haricots”, Anna préfère fuir le congrès de cardiologie dans lequel elle devait représenter son père et se terrer dans un stage de thérapie, plutôt que dialoguer et faire face aux soucis la tête froide.
Avant d’écrire cette newsletter, j’ai parlé de ce concept à mon mari. Depuis, il a beaucoup plaisanté sur le sujet, en inventant des histoires d’ultrasolutions pour la vie quotidienne. En rire nous a mis sous les yeux les raisons pour lesquelles les ultrasolutions plaisent aux lectrices et lecteurs.
Parce qu’elles nous parlent de notre humanité. De notre propension à être excessif(ve), à prendre les mauvaises décisions lorsque nous avons la tête dans le guidon. Et qu’elles mettent en scène ces forces psychologiques qui « nous agissent » malgré nous.
En littérature comme dans la vie, certains de nos choix ont leurs raisons, que la raison ignore.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.