5 punchlines de psy pour donner plus de densité à vos personnages

La semaine dernière, j’ai passé 4 jours dans un stage de post-formation en psychothérapie, animé par LA figure majeure de la Gestalt-thérapie en France. Je vous laisse imaginer ma joie.

(Visualisez-vous dans un stage d’écriture avec votre auteur(e) préféré(e)… voilà, ça donne ça). J’ai pris 66 pages de notes. Et au beau milieu de cette matière brute, je vous ai sélectionné 5 punchlines intéressantes pour densifier votre roman.

Prêt(e) en enfiler une casquette de psy ? (On est toujours un peu le/la psy de ses personnages 😉). Alors, c’est parti !

1. Demandez-vous toujours ce que cherche le patient. Notre formateur nous a dit avoir systématiquement cette question en tête. En toile de fond. Que cherche cette personne, sans le savoir pour l’instant ?

Qu’est-ce qui, dans la rencontre en thérapie, est encore confus et cherche à émerger, à se dire ? Cela rejoint pour moi la notion de besoin profond de notre héros/ïne. En début de roman, ce besoin n’est pas (ou peu) conscient.

Votre personnage principal se fixe des objectifs, court après les mauvais buts. Et votre travail d’écrivain consiste à l’amener, peu à peu, à cerner ce qu’il cherche vraiment.

2. L’organisme est indissociable de l’environnement. Voilà le postulat majeur de la Gestalt-thérapie. L’idée, c’est que nous sommes en permanence « en contact ». Avec l’air que nous respirons, notre interlocuteur, nos souvenirs, notre imaginaire, le sol sous nos pieds, etc.

Tout ce que nous vivons est lié à notre environnement, aux situations dans lesquelles nous sommes pris(e). En tant qu’auteur(e), cela nous rappelle de prêter attention au contexte. Notre protagoniste n’est pas une entité autarcique.

Il interagit avec son environnement. Ce dernier l’influence. Un exemple classique d’écueil dans ce domaine, en écriture, c’est le fameux « syndrome de la pièce blanche ». Des dialogues sans aucune allusion au décor.

A contrario, exploiter l’environnement, jouer avec le décor et le contexte, montrer en quoi ce qui se passe est aussi le produit d’une situation donnera de la profondeur à votre roman.

3. Cherchez les déficits d’orientation et de manipulation.

Dans la vie, pour agir, nous procédons en deux phases. D’abord, nous rassemblons des informations, nous cherchons du sens : nous nous orientons. Puis nous passons à l’action, nous manipulons les choses.

(Le verbe “manipuler” est à entendre au sens large de manier, d’agir). En thérapie, on prête attention à ces phénomènes. Certains patients s’orientent beaucoup, mais manipulent peu. Ils ont du mal à agir.

D’autres manipulent beaucoup, mais s’orientent difficilement. Ils courent comme un hamster dans une roue, puis s’effondrent en se demandant : « mais pourquoi fais-je tout cela ? ». Vous pouvez faire le même travail pour votre personnage principal.

Demandez-vous : Comment s’y prend-il pour s’orienter dans le monde ? Est-il très sensible, attentif à ses perceptions, ses émotions, son environnement ? Donne-t-il du sens à ce qu’il entreprend ?

S’il s’oriente beaucoup, a-t-il du mal ensuite à manipuler, à prendre des décisions et à agir ? A contrario, votre personnage a-t-il tendance à beaucoup manipuler sans s’orienter ? Ce sont, à mon sens, des sources précieuses d’identification pour le lectorat.

Car nous vivons tous, par instants et par endroits, des déficits d’orientation ou de manipulation.

4. La nouveauté arrive quand on perd nos archives. La thérapie personnelle d’un thérapeute est primordiale. En travaillant sur sa propre angoisse, il devient capable d’endurer des moments compliqués.

Des silences, des sensations d’impuissance ou l’impression de tourner en rond. Des instants où la personne accompagnée exprime de la confusion, se sent perdue. Il résistera à l’envie de vouloir tout résoudre trop vite.

Car lorsqu’on perd l’accès à nos repères habituels, à nos archives, à nos réflexes, nous n’avons plus accès qu’à l’instant présent. Et c’est là que la nouveauté peut surgir. Vous voyez le parallèle avec votre roman : pensez à priver votre personnage de ses archives.

Et observez comment il se débrouille.

5. Il faut restaurer le mode Ego.

En Gestalt-thérapie, le mode Ego correspond à la capacité de faire des choix éclairés. La plupart du temps, dans la vie, nous faisons les choses par habitude. Nous avons des automatismes.

Et c’est très utile. Nous ne passons pas 1000 heures à réfléchir au menu de notre petit déjeuner. Ni au trajet à emprunter pour nous rendre au travail. Mais parfois, la routine nous entrave.

Nous éprouvons de la confusion. Nous sommes désorientés par des coups durs. Nous perdons la possibilité de choisir, vraiment, ce que nous voulons pour nous-mêmes.

En thérapie, pour aider les patients à restaurer leur capacité de choix, on travaille sur deux axes : l’image de soi et l’attention aux ressentis. Dans un roman, notre personnage a souvent ce même chemin à faire.

Modifier l’image qu’il a de lui-même (par exemple : prendre confiance, découvrir une vérité sur sa lignée familiale…). Et apprendre à mieux sentir ce qu’il traverse (être attentif à ses émotions, aux éprouvés, s’écouter…).

Là aussi, ce sont des façons de rendre le protagoniste nuancé et réaliste. Et de susciter l’empathie et l’identification de votre lectorat.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.