Cet été, j’ai dévoré le merveilleux essai de Virginia Woolf, « Un lieu à soi ». Un livre puissant, féministe et étonnamment moderne. Très éclairant sur l’histoire des femmes et de l’écriture.
Très inspirant pour les artistes. Que vous soyez auteur ou autrice, je vous encourage vivement à le découvrir.
J’ai pris beaucoup de notes en le lisant. Et aujourd’hui, j’avais envie d’en partager certaines avec vous. Des citations dans lesquelles elle s’adresse directement aux autrices (mais les auteurs sont tout aussi concernés 😉).
Voici donc quelques-uns de ses commandements en matière d’écriture.
Vivre dans le monde.
Virginia Woolf insiste sur la nécessité pour un(e) auteur(e) de vivre dans son époque, d’être inséré(e) dans le monde, au contact du réel. « Je vous demande de vivre en présence de la réalité, une vie vivifiante », nous dit-elle.
On ne peut pas mesurer le talent.
Virginie Woolf considère que théoriser sur les capacités à écrire des femmes, tout autant que celles des hommes, est tâche vaine. « Je ne crois pas que les dons de l’esprit ou du caractère puissent être pesés comme du sucre ou du beurre, pas même à Cambridge où on aime tellement ranger les gens dans des classes et leur coller des toques sur la tête. »
Elle remarque d’ailleurs que les critiques de littérature contemporaine sont « une perpétuelle illustration de la difficulté de juger. » Un même livre peut, d’un critique à un autre, être considéré comme sans valeur ou bien comme un chef-d’œuvre.
Suivez votre cœur et vos envies.
Virginia Woolf encourage (avec véhémence 😊 ) les auteur(e)s à écouter leurs élans, à ne pas se réfréner par peur du jugement ou de l’évaluation. « Tant que vous écrivez ce que vous avez envie d’écrire, c’est tout ce qui compte. » « Sacrifier un cheveu de votre vision, une nuance de sa couleur, en déférence à quelque maître avec un pot en argent dans les mains ou à quelque professeur avec une règle dans la manche, voilà la tricherie la plus abjecte. »
Choisissez librement votre sujet
Dans la même veine, tous les sujets de livres sont, selon elle, pertinents et recevables. « Je vous demanderais d’écrire toutes sortes de livres, en n’hésitant devant aucun sujet, fût-il trivial ou fût-il vaste. »
Le pouvoir de suggestion.
Selon VW, l’un des piliers d’un style convaincant est le pouvoir de suggestion de l’auteur(e), qu’elle décrit comme la capacité à laisser circuler librement notre conscience entre les pensées, les sentiments, les émotions, afin que chaque phrase « explose dans l’esprit et donne lieu à toutes sortes d’autres idées ».
« Quand un livre manque de pouvoir de suggestion, quelle que soit la force avec laquelle il frappe la surface de l’esprit, il ne peut pas y pénétrer. » Pour ma part, j’aime beaucoup cette idée d’un récit riche, ouvrant à la polysémie et à la pensée en arborescence.
6. Montrez votre point de vue. La présence du point de vue de l’auteur(e) au sein d’un roman est pour elle essentielle. C’est ce qui rend le récit singulier et captivant. « Par-dessus, tout, vous devrez éclairer les profondeurs et les étroitesses de votre âme, ses vanités et ses générosités, vous devrez dire ce que votre beauté signifie pour vous ou votre laideur, et quelle est votre relation au tournoiement toujours changeant du monde ». 7. Pionnière et héritière. Elle conseille d’être à la fois pionnier(e), et héritier(e) des écrivains qui nous ont précédés et des autres arts.
« Les chefs-d’œuvre ne naissent pas isolés et solitaires ; ils sont le fruit de nombreuses années à penser, en commun, à penser par le corps des gens, de sorte que l’expérience de la masse est derrière la voix solitaire ».
« La fiction se portera, d’autant mieux qu’elle se tiendra, joue contre joue avec la poésie et la philosophie », ajoute-t-elle ensuite. Et si vous rêvez de quitter votre travail pour vous consacrer à l’écriture, je vous transmets le vœu final de Virginia Woolf pour cette nouvelle année :
« Coûte que coûte, j’espère que vous mettrez la main sur assez d’argent pour voyager et ne rien faire, pour contempler le futur ou le passé du monde, pour rêver sur des livres et flâner au coin des rues et laisser le fil de votre pensée plonger profondément dans le courant. »
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.