Sur-couplage et sous-couplage : la psychologie de vos personnages

Nos personnages sont comme nous. Ils ont des problèmes, des blessures, des habitudes délétères. Et dans un roman, il est intéressant de les faire évoluer. De mettre en scène la découverte de nouveaux modes d’ajustement au monde.

En Gestalt-thérapie, on parle parfois d’assouplir une forme figée ou fixée.

Aujourd’hui, je vous propose un petit voyage en terrain psy. Je vais évoquer une notion de Somatic Experiencing, une thérapie conçue pour soulager l’anxiété et les traumatismes, appelée dynamique de couplage.

Vous verrez, c’est très utile pour enrichir la psychologie de vos personnages. Et par la même occasion, pour susciter une identification chez vos lectrices et lecteurs. Nous allons parler du Da Vinci Code, de prise de conscience et de Rubik’s cube.

Revenons à la psychologie. Je vais m’appuyer dans ce mail sur le livre “L’expérience” de Viviana Valdés Teja, publié par L’exprimerie (les citations entre guillemets sont de cette autrice).

La dynamique de couplage, dont je vous parlais plus haut, est une manière d’observer de quelle façon les différents composants d’une expérience s’associent entre eux. En Somatic Experiencing, on s’intéresse à deux modalités problématiques : le sur-couplage et le sous-couplage.

Le sur-couplage

Le sur-couplage, c’est “le résultat de l’association rapide de deux ou plusieurs éléments d’expérience entre eux, sans choix”. Exemples : Dans le Da Vinci Code, le personnage de Sophie Neveu est assailli par un sentiment de dégoût et de peur chaque fois qu’elle se souvient de son grand-père, Jacques Saunière.

Dans Harry Potter, Ron éprouve invariablement de la honte quand ses camarades font allusion au milieu modeste duquel il vient. Dans mon roman, “Psy, jeûne et randonnée”, mon personnage Angela ressent de la tristesse, une lourdeur angoissante dans le thorax, dès qu’elle entend quelqu’un parler avec un accent espagnol, qui lui rappelle son père colombien.

On pourrait aussi imaginer un personnage se mettant en colère à chaque fois qu’il pense à son frère, ne pouvant rien ressentir d’autre vis-à-vis de ce dernier.

=> des éléments comme une image, un événement, un souvenir, un stimulus de l’environnement s’associent systématiquement, de façon figée, avec une signification, un comportement, une émotion, une sensation corporelle ou un sentiment.

Et le problème, c’est que cela restreint la perception du moment présent, amenant le personnage “à vivre des expériences de manière limitée ou répétitive” et des relations dysfonctionnelles.

Le sous-couplage

Le sous-couplage, à l’inverse, c’est “une dissociation entre les éléments de l’expérience”, “une désensibilisation généralisée ou spécifique”. Exemples : Dans “La familia grande” (qui n’est pas un roman de fiction), Camille Kouchner parle de “la culpabilité [qui] noie la mémoire”.

Elle écrit : “Ma mémoire est trouée. Quand c’est trop dur, ma mémoire se troue. Comme celle de mon frère.” Son frère Victor sait qu’il a été victime d’abus sexuel, mais il ne se souvient pas de tout ce qui s’est passé (c’est une “signification sans image”).

Un personnage peut aussi se remémorer un événement marquant (par exemple, le décès d’un proche), mais ne ressentir aucune émotion (“image sans émotion”). Dans mon premier roman “la génération spontanée des grumeaux”, mon personnage Jessie ressent des sensations étranges dans ses mains, une forme d’angoisse chaque fois qu’elle touche un Rubik’s cube, sans comprendre pourquoi, sans parvenir à donner un sens à ces sensations (“sensations, sentiment sans signification”).

Même si ces sous-couplages ont de bonnes raisons d’exister, Viviana Valdés-Téja explique que le problème est qu’ils restreignent, eux aussi, la perception du présent et la possibilité d’être créatif dans des contextes nouveaux.

J’imagine que ces choses-là ne vous sont pas totalement étrangères… Il nous arrive à tous et toutes de vivre des formes de sur-couplage ou de sous-couplage. C’est pourquoi les utiliser dans un roman est extrêmement puissant pour susciter l’attachement et l’identification de votre lectorat aux personnages.

Faire évoluer un couplage figé

Une fois que vous avez conçu un couplage figé dans le profil psychologique de votre personnage, vous pouvez réfléchir aux manières de le faire évoluer au fil de l’histoire. Vous pouvez procéder de la même façon qu’un thérapeute travaille avec ses patients.

La première étape, dans les deux cas, est d’identifier les sur et sous-couplages. Vous devez donc mener votre personnage vers une prise de conscience. Subtilement, de préférence. Mieux vaut ici utiliser le Show Don’t tell.

Ensuite :

  • Pour le sur-couplage :

Un thérapeute invitera la personne à ressentir “indépendamment chaque élément de l’expérience dans son corps, en donnant du temps à chacune”. Il aidera son patient à regarder isolément le 1er élément de la séquence (exemple pour Sophie dans le Da Vinci Code : “penser à son grand-père”), avant qu’il s’associe aux éléments sur-couplés.

Et il fera en sorte d’accompagner le patient vers une libération des affects figés, de l’épauler pour regarder en quoi son environnement actuel est différent, et pour créer de nouveaux élans, de nouveaux ajustements créateurs.

  • Pour le sous-couplage : le thérapeute tâchera de recréer des liens entre les éléments dissociés.

Il aidera son patient à enrichir et compléter l’expérience. Il fera en sorte de “permettre la réorganisation de l’expérience et la construction de nouvelles significations”.

Ce chemin-là, vous avez pléthore de possibilités pour le faire parcourir à votre personnage. Vous pouvez, évidemment, utiliser vos personnages secondaires, notamment les agonistes, pour aider votre protagoniste à avancer, mais aussi les antagonistes pour provoquer des prises de conscience, des électrochocs.

Vous pouvez vous appuyer sur les péripéties de l’histoire, sur la palette sensorielle de votre personnage, sur une intuition, une coïncidence ou une synchronicité…. Bref, la seule limite est celle de votre imagination. 🥰


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.