Le cycle de contact : créer des obstacles pour vos personnages

« J’aimerais partir en vacances à Stockholm. » « Il faut que je pense à racheter du pain. » « Je voudrais que James m’invite à sa soirée d’anniversaire. » « Je dois absolument dire à ma mère d’arrêter de s’immiscer dans ma vie personnelle. »

Dans la vie, nous avons tous des objectifs. En permanence. Des buts de toutes sortes, modestes ou ambitieux, plus ou moins difficiles à atteindre. Nous voulons avoir, nous voulons faire, nous voulons être ceci ou cela.

C’est ce qui nous met en mouvement dans la vie.

Dans un roman, c’est la même chose. L’action découle des désirs, des objectifs, des envies, des manques ou du besoin profond du personnage principal. Tant sur le plan de la ligne d’intrigue (les péripéties, les événements de l’histoire).

Que sur celui de l’arc trajectoriel, la ligne d’évolution psychologique du héros ou de l’héroïne. Sans objectifs, il ne se passe rien et votre lectorat comme votre protagoniste s’ennuient.

Mais définir des objectifs ou un besoin n’est pas suffisant. Une étape très intéressante, ensuite, consiste à réfléchir à la manière dont votre personnage les aborde, les appréhende. Et je vous propose pour ce faire un petit détour par la psychothérapie.

En Gestalt-thérapie, on se focalise sur le processus de contact entre un individu et son environnement. Puisque ces deux éléments sont indissociables. Nous n’existons pas hors du monde, nous sommes pris(es) en lui.

Ce processus de contact est modélisé par un cycle en 4 étapes. Le cycle du contact.

Le cycle de contact en 4 étapes

Reprenons l’un de mes exemples de départ, en guise d’illustration : « Je dois absolument dire à ma mère d’arrêter de s’immiscer dans ma vie personnelle. » La première étape du cycle, c’est le pré-contact.

C’est la phase durant laquelle le personnage commence à sentir, éprouver, prendre conscience des manifestations corporelles, sensorielles, émotionnelles qui l’informent du besoin, du déséquilibre.

Exemple : « je me sens irritable, en colère, chaque fois que ma mère vient. J’ai mal au ventre quand elle m’appelle. »

La deuxième étape, c’est la mise en contact. Au cours de laquelle le protagoniste commence à identifier la manière dont il pourrait s’y prendre pour satisfaire ce besoin, et vers qui ou quoi se diriger en la matière.

C’est le début de l’action. Ex. : Le personnage réfléchit, envisage un dîner en tête à tête avec sa mère au restaurant pour mettre les points sur les i.

La troisième étape, c’est le plein contact. Le héros ou l’héroïne est alors pleinement engagé(e) dans la situation. Comme le dit le psychologue JM Delacroix, « c’est la phase dans laquelle se réactivent les scénarios de vie, les mécanismes répétitifs et les modes de survie que nous avons mis en place dans notre histoire pour faire face à ce qui nous arrivait ».

Ex : Notre personnage se rend au restaurant avec sa mère et bafouille, se sent comme un enfant face à elle, n’arrive pas à parler, se laisse marcher sur les pieds.

La dernière étape, c’est le post-contact. Une phase d’assimilation de l’expérience. Qui, si tout s’est déroulé de façon fluide (à l’inverse de mon exemple 😉), « libère » le personnage et lui permet de passer à autre chose.

Tout en enrichissant la connaissance qu’il a de lui-même et de ses rapports avec les autres.

Bannir la fluidité : créer des blocages

En tant que romancier(e), nous avons tout intérêt à bannir la fluidité des cycles de contact de nos personnages. 😊

Il nous faut autant que possible créer des obstacles, des blocages. Des interruptions, des flexions du contact. Des situations restant (temporairement) inachevées.

Pour cela, vous pouvez travailler à différents niveaux, dans les rapports qu’entretient votre protagoniste avec ses objectifs, ses désirs, ses besoins. Au niveau du précontact : le personnage peut avoir des difficultés à sentir ou identifier son besoin.

Il peut être anesthésié sur le plan émotionnel ou sensoriel. Son désir peut rester inconscient, flou, sans que rien n’émerge.

Au niveau de la mise en contact : le personnage peut avoir identifié son désir, mais ignorer comment le satisfaire. Il peut aussi savoir ce qu’il doit faire, mais se trouver entravé par la peur, par des blocages, des croyances paralysantes.

Le héros ou l’héroïne interrompt alors le processus de contact, ravale l’énergie qu’il/elle allait mettre dans l’action, voire se dévalorise.

À l’étage suivant, celui du plein contact, vous pouvez vous en donner à cœur joie. 😅

Conflits, réactivation de vieux mécanismes d’ajustement, soucis de négociation avec des personnages secondaires, projection sur autrui (« c’est uniquement de sa faute, je n’ai aucune responsabilité dans l’histoire »), etc.

Pour finir, un personnage peut rencontrer des difficultés en phase de post-contact. Passer trop vite à la suite, sans prendre le temps d’intégrer, de digérer ce qui vient de se produire.

Il pourrait tirer des leçons de son expérience. Changer ce qui a besoin de l’être. Sortir des schémas répétitifs à la lumière de ce qu’il vient de vivre. Mais il n’en fait rien.

Vous le voyez, penser de la sorte revient au fond à cogiter sur les obstacles qui s’interposent entre notre personnage et ses objectifs. Mais je trouve que se demander « Quels sont les obstacles de mon intrigue ? » est une modalité de travail un peu statique.

Cela ne nous permet pas de caractériser le personnage. Réfléchir en termes de cycle de contact me semble plus vivant, plus humain. Cela permet de prendre à la fois en considération tous les ingrédients de l’histoire : personnage, psychologie, obstacles, enjeux, émotions.

Qu’en dites-vous ?


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.