Commençons par une question : Quel a été le point de départ de votre roman ? A quoi avez-vous songé ou qu’avez-vous conçu en premier ? Lorsque j’interroge des auteur(e)s sur ce point, ce sont souvent les mêmes réponses qui reviennent.
« J’ai d’abord pensé à un personnage ». « Par une idée insolite ». « L’intrigue m’est venue avant toute chose ». « J’ai voulu aborder tel ou tel thème ». Les écrivains expérimentés ne font pas exception à la règle.
Dans son livre « Secrets d’écrivain », Elizabeth George nous dit : « Quand j’écris un roman, je peaufine l’idée de départ, son développement, et je me tourne aussitôt vers les personnages afin d’en apprendre davantage sur mon histoire. »
Dans « Ateliers d’écriture », Martin Winckler déclare : « Il y a toujours d’abord une histoire, même si celle-ci porte en son centre un personnage. » Idée forte, thème, personnage, intrigue.
Ce sont effectivement les grands classiques de l’ébauche d’un manuscrit.
L’élément oublié : les enjeux
Mais ces temps-ci, alors que j’aborde l’écriture de mon 8ème roman, je trouve vraiment qu’un élément fait défaut dans cette liste. Les enjeux. En d’autres termes : ce que le protagoniste a à perdre ou à gagner.
Et plus particulièrement l’enjeu final, global du roman. Ce que le personnage risque au bout du compte.
Les enjeux vitaux
Les enjeux les plus puissants, ce sont les enjeux vitaux. Les questions de vie ou de mort. Pensez aux histoires qui vous ont tenu en haleine. Je songe, par exemple, à « Nymphéas noirs », de Michel Bussi, dans lequel le narrateur ne cesse de répéter que la mort plane.
A « Réparer les vivants » de Maylis de Kérangal, récit haletant d’une greffe cardiaque. A « La dernière allumette » de Marie Vareille, avec un personnage en danger de mort. A « Joyeux suicide et bonne année », de Sophie de Villenoisy, dans lequel l’héroïne consulte un psychologue et lui annonce qu’elle a prévu de se suicider à l’occasion du Nouvel An.
Immédiatement, le lectorat est aimanté par une question : que va-t-il se passer ? Bien sûr, les enjeux d’un roman ne sont pas toujours vitaux. Ils peuvent être matériels (risque de perte d’une maison, par exemple) ou encore psychologiques (perte de liberté, de confiance, d’autonomie, de sécurité…), ce qui stimule en général intensément l’empathie des lectrices et lecteurs.
Mais pour être captivants, ils doivent être élevés. « Cette femme suicidaire va-t-elle passer à l’acte, sans se confier à personne ? » est beaucoup plus prenant que « Cette boulangerie de village va-t-elle fermer ? ».
Suspense ou simple incertitude ?
Souvent, le manque d’enjeux dans un manuscrit provient d’une confusion. Entre le suspense et la simple incertitude. Certains auteurs débutants pensent que le suspense résulte uniquement de l’incertitude quant à l’issue d’une situation.
Or, c’est bien plus que cela. Je n’ai aucune idée de ce que mon mari va me raconter demain au petit-déjeuner, mais je ne me sens pas angoissée à cette perspective. Je ne suis pas aimantée par l’éventualité qu’il me dise un truc entre le café et les croissants.
Par contre, lorsque je lis « Joyeux suicide et bonne année », j’ignore si l’héroïne va finir par passer à l’acte, et je me sens tendue, anxieuse, soucieuse pour elle. Parce qu’une menace plane.
Un risque bien réel. Les enjeux sont cruciaux. Vous le voyez : le suspense ne se limite pas à l’incertitude. C’est un savant mélange d’incertitude et de tension, d’émotions, parfois d’angoisse.
À vous : qu’avez-vous mis sur la table ?
Si vous écrivez un roman, il peut donc être très intéressant de vous poser cette question. Qu’ai-je mis sur la table ? Quels sont les enjeux ultimes ? Demandez-vous s’ils sont puissants.
Et s’il y a moyen de les accroître. C’est une manière assez simple de rendre votre histoire encore plus captivante.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.