Le pire conseil qu’une éditrice m’ait donné

En ce moment, je prépare la sortie de mon nouveau roman. « La journée de l’amour et de la lessive ». Il paraître en librairie le 13 mars, chez Eyrolles. Cela m’a donné l’élan de regarder un peu en arrière.

Pour contempler le chemin parcouru. Je me suis remémoré le pire conseil que j’aie reçu d’une éditrice. Et j’ai eu envie de le partager avec vous.

Il y a plusieurs années, l’une de mes éditrices m’a demandé d’arrêter d’écrire des romans « feel good ». De changer de registre. De rédiger un livre « sérieux », une histoire plus dramatique, publiable en collection blanche.

Elle m’a suggéré de laisser l’humour et l’optimisme de côté, pour traiter des sujets plus sombres. Ce conseil m’a vraiment perturbée. J’avais dans mes tiroirs le manuscrit d’un livre plutôt léger.

Et je travaillais sur un autre roman à l’atmosphère similaire. Même s’il abordait aussi, comme chacun de mes textes, des thèmes profonds.

J’y ai longuement réfléchi, et je vous avoue que je me suis interrogée. Que j’ai eu peur de me tromper, d’anéantir toutes mes chances ultérieures de publication, dans une direction ou dans l’autre.

Fallait-il obtempérer ? Après tout, Stephen King dit dans « Écriture, Mémoires d’un métier » que « le directeur littéraire a toujours raison ».

Écouter ce que la décision fait éprouver

J’ai pris le temps de voir ce que cette idée me faisait éprouver : Le sentiment de devoir écrire sans plaisir, comme sur commande. L’impression d’être en partie dépouillée de la dimension artistique.

Un goût d’inachevé, car je sentais que j’avais envie d’explorer encore le champ de la comédie romantique et du feel good. De multiples peurs, liées au regard des autres, aux critiques, aux jugements relatifs à une soi-disant « sous-littérature ».

Pour toutes ces raisons, j’ai décliné la proposition de mon éditrice. Décision difficile, car elle signifiait renoncer à une opportunité que d’autres auraient peut-être acceptée les yeux fermés.

Je me suis retrouvée sans éditeur durant une année entière. J’ai dû garder la foi. Jusqu’à ce qu’une autre maison d’édition me propose un contrat.

Avec le recul aujourd’hui, je me réjouis de mon choix. J’ai traversé quelques mois compliqués à cette époque. Mais de nouvelles portes se sont finalement ouvertes. Et j’ai continué à tracer mon sillon dans le registre que j’affectionne.

Ce que j’en ai retenu

J’ai tiré de cette expérience quelques conclusions que j’aimerais partager avec vous :

Il est parfois nécessaire de ne pas trop se laisser influencer par les autres. Les conseils, les critiques constructives sont évidemment souvent utiles. Mais, par moments, vous écouter vous-même est le plus important (et le plus urgent).

Se connecter au plaisir d’écrire aide à faire des choix. Se questionner sur nos désirs, nos envies en écriture me paraît primordial. C’est particulièrement vrai quand on a passé le cap du premier roman, et que le regard des autres entre en jeu.

Écrire un livre est un travail de longue haleine. Et il est difficile, voire impossible, d’aller au bout du chemin si ce que l’on écrit ne nous fait pas vibrer.

On ne peut pas plaire à tout le monde. Il y aura toujours des gens pour dire que tel genre est de la sous-littérature, que votre texte est trop ceci ou pas assez cela. Je crois profondément qu’il vaut mieux rédiger le livre que vous avez envie d’écrire, en appui sur votre singularité, vos valeurs, vos passions, plutôt qu’un roman uniformisé ou sans âme.

Renier vos aspirations pour plaire au marché n’est pas une bonne idée. C’est votre univers particulier que vos lecteurs aimeront, et qu’ils viendront retrouver au fil de vos ouvrages.

Rien n’est jamais figé. Depuis mon roman « Psy, jeûne et randonnée », je constate que j’ai pris un virage. Qui s’accentue avec « La journée de l’amour et de la lessive ». Et se pérennise.

Mes romans ne sont plus aussi légers qu’auparavant. Ils abordent des thèmes plus durs, sont plus bousculants sur le plan émotionnel. Mais je n’aurais pas voulu aller vers ces atmosphères-là plus tôt.

Ce n’était pas le moment. Et je suis convaincue qu’aucune direction n’a plus de valeur qu’une autre. Que ce que notre situation nous dit est souvent très juste. En bref, pour conclure, j’aimerais vous inviter à vous faire confiance.

À vous laisser guider par vos élans.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.