Commencer « par le milieu » : une méthode d’écriture

J’aimerais partager avec vous une idée lue dans un livre de philosophie à Noël. Elle m’a beaucoup parlé. Parce qu’elle me semble très soutenante quand on est auteur(e).

Une méthode « anarchique » qui fonctionne

Je démarre avec un petit flashback : Quand j’étais jeune, j’étais très protocolaire dans mes apprentissages. En médecine, je commençais toujours par rédiger des fiches de cours. Je les apprenais par cœur.

Puis je passais aux exercices : QCM ou cas cliniques. Certains de mes amis externes, à l’époque, procédaient de manière très différente. Ils s’entraînaient aux cas cliniques ex nihilo. Alors même qu’ils n’avaient pas appris le cours.

Ils ne faisaient jamais de fiches. Ils changeaient de support d’apprentissage d’un jour à l’autre. Accumulaient des connaissances çà et là. Leur méthode me semblait parfaitement anarchique.

Pourtant, elle fonctionnait très bien. Parfois même mieux que la mienne.

Avec le temps, mes manières de procéder ont évolué. Sans que je m’en rende compte au départ. J’ai par exemple appris à jouer de la guitare « sur le tas ». Alors que j’avais étudié le piano pendant des années dans un cadre strict.

Quand j’ai rencontré la Gestalt-thérapie, j’ai commencé par la pratique. En prenant part à un groupe mensuel de psychothérapie. J’ai participé à des stages, parcouru des livres, des articles.

Souvent, je ne comprenais pas la moitié de ce que je lisais. Mais je prenais déjà la moitié qui m’était accessible. Et petit à petit, j’ajoutais des pierres à l’édifice. Durant ma formation, ensuite, j’ai continué ainsi.

Avec des ouvrages et des textes disparates. De Gestalt-thérapie, de sociologie, de philosophie. Petit à petit, j’ai rassemblé des pièces de puzzle. Qui ont donné des formes intéressantes.

En croissance et remaniement permanents.

Je me suis rendu compte que j’adorais cette méthode de travail. Qu’elle était non seulement efficace, mais aussi enthousiasmante. Et si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que je pense qu’elle est idéale pour les auteur(e)s qui cherchent à améliorer leur manière d’écrire.

« On commence toujours par le milieu » (Deleuze)

Pendant les vacances de Noël, je suis tombée sur une citation qui résume très bien cette idée. En lisant un ouvrage d’Alexis Cartonnet sur l’ABCDaire du philosophe Gilles Deleuze. À la question, “Comment découvrir la pensée de Gilles Deleuze ?”, l’auteur répond :

« Eh bien toujours “par le milieu” répète inlassablement Deleuze : car il n’est pas de commencement absolu, radical ou idéal, on pense toujours in situ, au milieu de quelque chose, empêtré dans quelque préjugé ou emmêlé dans ses intuitions : “on ne commence jamais, on ne fait jamais table rase, on se glisse entre, on entre au milieu, on épouse ou on impose des rythmes”. »

Quand on est auteur(e), on est souvent perfectionniste. On se refuse à commencer le premier jet avant d’avoir un plan abouti (et parfait, évidemment 😉). On ne se sent pas légitime, surtout quand on a peu d’expérience.

On suit des protocoles qui ne nous conviennent pas. On rédige des fiches personnages détaillées, alors même que certaines sections nous ennuient profondément. Et ainsi de suite.

Vous autoriser à commencer par le milieu

En ce début d’année, à l’heure des résolutions, j’aimerais vous inviter à procéder différemment. En vous autorisant à commencer « par le milieu ». Attention, je ne suis pas en train de vous suggérer de commencer à écrire votre roman par le chapitre 12. 😉

Mais de partir de l’endroit où vous êtes, sans chercher la perfection ou l’exhaustivité. Glaner des connaissances, des idées, de l’inspiration çà et là, même si c’est un peu le bazar au départ.

Vous pouvez par exemple tester des méthodes originales pour concevoir vos personnages. En commençant par tracer leur arc trajectoriel. Ou en rédigeant deux pages de leur journal intime.

Vous pouvez aussi vous dire que le plan de votre roman n’a pas à être parfait ni figé. Surtout si vous procrastinez à cette étape depuis longtemps. Une première ossature suffit pour vous lancer.

Il sera toujours possible de l’étoffer, ou de réajuster le tir en cours de route.

C’est aussi valable pour toutes les connaissances en narratologie ou dramaturgie. Je conseille souvent aux auteur(e)s que j’accompagne de commencer par travailler de manière ciblée sur les points qui leur posent problème.

Sur ce qui les motive, les intéresse. La plupart du temps, une découverte en appelle une autre. Le travail sur l’arc trajectoriel du protagoniste peut vous donner envie de donner à ce dernier une voix unique.

Vous chercherez alors à améliorer vos dialogues. Puis votre style. Vous rassemblerez des savoirs de manière aléatoire mais efficace. Jusqu’à, petit à petit, composer votre puzzle singulier.

Car, comme le disait Zig Ziglar : « Vous n’avez pas besoin d’être bon pour commencer, mais vous avez besoin de commencer pour être bon ».


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.