Processus ou séquence : enrichir le récit de vos scènes

Ah, Noël ! Une période si particulière. Qui ne laisse personne indifférent. Je ne sais pas de quel côté de la balance vous penchez,

Si vous adorez les festivités de fin d’année. Ou si votre ressenti est mitigé. Mais je vous propose d’en profiter pour réfléchir à votre roman. En vous parlant de ma recette des sablés de Noël (oui, oui, ça a un rapport !).

Si je vous dis : “Je vais vous parler des sablés de Noël que je cuisine chaque année” : Et que j’enchaîne avec le discours suivant : Alors, prenez 1 oeuf et cassez-le dans un saladier

Faites ramollir 200g de beurre

Ajoutez le beurre et 150g de sucre dans votre saladier

Bâtez au fouet jusqu’à ce que le mélange soit lisse

Etc. Que suis-je en train de faire ? Je vous raconte un processus. C’est-à-dire que je sélectionne dans mon récit uniquement ce qui me semble pertinent par rapport à mon objectif (ici : cuisiner des sablés).

Je vous narre la recette “pour elle-même”.

Je peux aussi procéder d’une tout autre manière. En racontant ceci : Ce matin, en me réveillant, j’ai pensé à ma grand-mère. Aux parfums d’orange et de friture chaque 25 décembre dans sa cuisine. Je suis descendue, j’ai ouvert les volets, observé le givre sur l’herbe du jardin. Les enfants et le canari dormaient encore. J’ai attrapé un saladier dans le placard. “Creuse un puits dans la farine, et casses-y un oeuf”.

Et continuer ainsi. En racontant, non pas un processus, mais une séquence. Sans mettre de côté ce qui semble sans lien avec l’objectif recherché.

Le « possible rapport pertinent »

En Gestalt-thérapie, on se base sur une théorie appelée la théorie du champ de Kurt Lewin. Le champ étant constitué de tout ce qui est présent pour un individu dans son environnement. Par exemple, votre champ en ce moment contient vos ressentis, vos pensées, votre téléphone ou votre ordinateur, les bruits que vous entendez, la température de l’air, etc.

L’un des principes du champ, c’est le “principe d’un possible rapport pertinent”. Ce qui signifie que, dans le champ d’une personne, en thérapie, tout est potentiellement pertinent. Même ce qui semble évident.

Anodin. Ou habituel. Nous ne devons rien écarter a priori. Rester attentive, attentif, à tout ce qui ce manifeste.

Le psychologue Malcom Parlett fait une analogie avec l’observation d’un tableau. Si l’on raisonne en termes de processus, on décrira le tableau “pour lui-même”. Factuellement. En se concentrant sur les éléments peints.

Si l’on se penche sur la séquence, par contre, notre horizon s’élargira. On peut, en sus de la peinture, s’intéresser au style du cadre. Voir s’il influence notre manière de regarder l’oeuvre.

Réfléchir à l’atmosphère de l’exposition. Laisser libre cours à tout ce qui nous traverse face au tableau. Et ainsi de suite.

Processus ou séquence, en écriture

Quand on écrit un roman, on est confronté(e) à ce type de choix. On peut décider de rester très factuel(le). Décrire l’enchaînement des actions, une à une, à la manière d’un œil de caméra.

Certains écrivains, parfois connus, ont d’ailleurs un style de cet ordre, qui s’éloigne peu du processus. Le problème, c’est que cela génère un manque de profondeur. Un sentiment de platitude chez le lectorat.

L’arc trajectoriel du personnage, dans ce type de roman, est souvent pauvre.

Quand on pense en termes de séquence, en naviguant d’un registre de narration à un autre, le récit devient plus riche. Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien écarter, bien sûr. Il est primordial de sélectionner ce dont nous avons besoin, au service de notre intrigue et de notre arc.

Mais c’est une manière de brasser un matériau littéraire plus abondant.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.