« Que cherche votre personnage ? » (une leçon de thérapie)

Je me souviendrai toujours de cette séance. C’était en séminaire de formation à la psychothérapie. Avec un enseignant Gestalt-thérapeute réputé. Il avait proposé une séquence didactique.

C’est-à-dire une sorte de démonstration. Une séance de thérapie réalisée par le formateur devant le groupe. Avec une étudiante volontaire, en posture de patiente. (Ces séquences ne sont pas des jeux de rôle ; le ou la patient(e) évoque réellement ses propres problématiques).

La personne volontaire s’est donc assise en face du thérapeute. Elle a parlé de son entourage. De ses difficultés du moment. Les premières minutes ont été hésitantes. Emplies de tâtonnements.

Puis, petit à petit, au fil de l’échange, des éléments se sont rassemblés. Une figure de plus en plus claire s’est dessinée. Jusqu’à un instant de haute intensité émotionnelle. Les larmes de la patiente ont commencé à monter.

Parce qu’elle se rendait compte que, dans sa vie, elle tentait en même temps d’être visible et invisible. Deux désirs contradictoires, deux mouvements opposés, simultanément actifs. Le thérapeute lui a alors dit, avec beaucoup de douceur : « Je crois que tu es en train de trouver ce que tu cherchais ».

Ce fut un moment marquant.

« Que cherche votre personnage ? »

Que cherche-t-elle ? Que cherche-t-il ? Notre formateur nous a dit avoir systématiquement cette question en tête pendant les séances. En toile de fond. Que recherche cette personne, sans le savoir pour l’instant ?

Qu’est-ce qui, dans la rencontre, est encore confus et cherche à émerger, à se dire ? On dit aussi souvent : « qu’est-ce qui pousse ? ».

En Gestalt-thérapie, on travaille patiemment à soutenir la figure en train de naître. Afin qu’elle s’affine, devienne de plus en plus claire. J’aime bien dire que la figure, c’est le titre que l’on peut donner à la séance, à la fin de celle-ci.

Par exemple « être visible et invisible », ou « j’ai envie d’apparaître, mais je me cache en même temps », pour la séance didactique ci-dessus. Il s’agit, au fond, d’un travail de différenciation progressive.

Au départ, on tâtonne, on “ratisse le fond”. On fait avec le flou. Puis, certains éléments insistent plus que d’autres. Peu à peu, la pensée, les problématiques, les désirs du patient se précisent.

La figure se différencie du fond. Et la personne s’affirme en tant qu’individu.

À l’échelle du roman : le besoin profond

Je trouve qu’il est intéressant d’extrapoler ces idées à l’écriture d’un roman. À l’échelle du roman entier, ce que cherche notre personnage, sur le plan psychologique, c’est son besoin profond.

Qu’on appelle aussi l’objectif interne. Ou objectif de l’arc trajectoriel. En début de roman, ce besoin n’est pas (ou peu) conscient. Votre personnage principal se fixe souvent des objectifs à contre-courant de son vrai besoin, il court après les mauvais buts.

Et votre travail d’écrivain consiste à l’amener, peu à peu, à cerner ce qu’il cherche réellement.

À l’échelle de la scène

Mais on peut également réfléchir de cette manière à l’échelle des scènes. Se demander : « Que cherche mon personnage ? » localement. Réfléchir au désir à l’œuvre, dans ce passage. Le traduire dans l’intrigue relationnelle.

Voir de quelle manière, on peut faire émerger une figure, progressivement. Avec une ligne directrice forte, pour donner de la puissance à l’histoire.


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