En ce moment, je commence doucement l’écriture de mon huitième roman, après une longue phase de préparation. Je dis « doucement », car c’est un démarrage lent. Mon livre est plutôt complexe, du point de vue de la construction de l’intrigue.
Je tâtonne, pour structurer une mise en place satisfaisante.
Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que cette phase d’intervalle entre deux livres est toujours très particulière. C’est un moment au cours duquel nous nous confrontons à la fois au vide, aux pages complètement vierges, et au champ des possibles, à notre propre bouillonnement créatif.
(Qu’il faut parvenir à canaliser 😅).
Cette semaine, j’ai listé 4 idées et citations d’auteurs qui me soutiennent dans ce moment de pose de fondations. Et j’avais envie de les partager avec vous. Car je me dis qu’elles peuvent aussi vous être utiles dans votre processus d’écriture.
1. Le vide fertile
La première idée qui me porte ces temps-ci, c’est la notion de « vide fertile » chère à la Gestalt-thérapie (le courant de psychothérapie auquel je suis formée). Parfois, dans les phases de transition, de réflexion, avant le choix d’une direction, nous pouvons avoir le sentiment de traverser une période de vide.
Un peu vertigineuse. Un flou depuis lequel les idées peinent à émerger ou à se rassembler en un projet de roman cohérent. Pour autant, il me semble que ce vide est toujours potentiellement fertile.
Car c’est en lui que s’agitent toutes nos idées, les thèmes potentiels de notre récit. Le traverser permet la naissance, sur le fond, de figures nouvelles, originales. Et même lorsque nous nous sentons bloqués, nous pouvons penser en termes de possibilités.
J’aime bien ce que dit à ce sujet la thérapeute Béatrice Valantin dans un article de la revue Gestalt : « Lorsque le vide nous paraît stérile, il est en fait porteur d’un « possible inachevé, figé ». Il n’y a pas qu’une situation inachevée mais aussi du « possible paralysé ». Il n’existe en fait que du vide fertile. »
2. L’importance des obstacles et des enjeux
Une deuxième citation que j’ai relue dans mon carnet de notes, ces jours-ci, provient du livre de Karl Iglesias, “The 101 Habits of Highly Successful Screenwriters” (101 habitudes de scénaristes à succès).
Il cite le scénariste Michael Schiffer, qui déclare : « Un bon drame nécessite des obstacles tout au long du chemin, et si une section est très plate, l’une des choses qu’un écrivain peut se demander est : ‘C’est trop facile pour eux, qu’est-ce qui pourrait arriver pour rendre cela absolument difficile, douloureux, angoissant, impossible ?’
Si vous avez une bonne histoire qui va d’un point A à un point B, demandez-vous quels obstacles rendraient le voyage de A à B plus excitant et intéressant à regarder. Plus l’obstacle est légitime et difficile, et plus les personnages se soucient d’atteindre leur objectif, plus l’histoire est passionnante.”
Je trouve qu’il nomme de manière simple et claire, ici, l’importance des obstacles et des enjeux dans un roman. Et je tâche de garder ces notions à l’esprit en modelant mon intrigue. Alors même que je prévois d’écrire un roman de littérature contemporaine, réaliste.
La vérité, c’est que nous n’avons pas besoin d’explosions, de batailles ou de scènes d’action pour créer des obstacles douloureux et angoissants, et des enjeux forts. La dramaturgie peut être utilisée dans tous les genres littéraires.
3. Le style évolue
Un autre sujet qui m’occupe est celui du style, et de son évolution. Je n’écris plus le même genre de romans qu’à mes débuts. Mes deux derniers livres sont moins “feel-good”, et le prochain le sera aussi.
Mon style évolue. C’est parfois étrange de le constater. Il m’arrive de me demander dans quelle mesure ce que j’écris maintenant n’a plus rien à voir avec ce que j’écrivais au départ. Mais j’ai trouvé des idées rassurantes de ce côté-là chez Gilles Deleuze.
Pour ce dernier, le style d’un auteur(e) n’est jamais figé. Il est voué à se transformer. Dans un processus de “variation continue”. Deleuze dit : “La preuve de style, c’est la variabilité […] Un style par nature change, il a sa variation”.
J’y vois un encouragement à explorer de nouveaux territoires, à ne pas avoir peur de nous réinventer en tant qu’auteur(e). Pour ma part, avec ce nouveau roman, je vais chercher de l’inspiration créative du côté de la poésie contemporaine.
Avec des auteur(e)s comme Cécile Coulon (dont je vous recommande chaudement le compte Instagram si vous ne le suivez pas encore), Mélanie Leblanc, Christophe Manon, Florentine Rey, Milène Tournier et bien d’autres.
Je trouve que ces poètes ont beaucoup à apporter aux romancier(e)s, en matière de style.
4. Le plaisir de la découverte
Une autre réflexion qui m’a traversée ces jours-ci concerne le plaisir de la découverte du roman, au fil de l’écriture. Même lorsque nous préparons tout à l’avance, il persiste toujours une grande part d’inconnu.
Le plan de l’intrigue, le profil des personnages, leur arc trajectoriel ne nous prédisent pas réellement ce que va être le récit. J’ai parfois été surprise en écrivant certains de mes romans.
Surprise de l’atmosphère qui se dessinait. Surprise des idées nouvelles qui me venaient en cours de route. De l’importance imprévue que prenait soudain un personnage secondaire sous ma plume.
Ce n’est pas un souci. Quand nous sommes portés par l’enthousiasme, la joie d’écrire, ces imprévus sont souvent très intéressants. Et je suis retombée cette semaine sur cette citation du philosophe Maurice Merleau-Ponty
“On ne sait pas ce qu’on dit,
On sait après avoir dit.” Je trouve cette phrase belle et juste. On peut y remplacer le verbe “dire” par le verbe “écrire”. L’écriture nous permet de préciser les choses. De voir naître notre flux de pensées sur le papier.
C’est tout pour aujourd’hui. Dans les semaines qui viennent, je vous prépare de nouveaux épisodes du Lab sur les thèmes de l’awareness (la conscience de ce que nous vivons), de “l’auto-soutien” chez votre personnage principal, sur la manière de parler de votre travail à votre lectorat, et bien d’autres choses encore.
Ceci, toujours avec l’idée de vous proposer de pistes pour enrichir votre processus d’écriture. Au plaisir d’avancer avec vous,
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.