« Pour trouver sa voix, il faut s’en servir. » « Parlez de ce que vous aimez, votre voix suivra. » Voilà ce que nous dit Austin Kleon dans son livre Montrez votre travail. Il parle ici du ton à employer, lorsqu’on est artiste et que l’on souhaite s’adresser à son public sur Internet.
Mais dans le cas particulier des auteur(e)s, la phrase est à double sens. Puisque vos mots constituent déjà, en eux-mêmes, votre outil créatif. C’est en écrivant votre roman que vous vous découvrirez en tant qu’auteur.
Et ce style, cette voix singulière seront aussi vos meilleurs alliés pour parler de vos livres sur les réseaux sociaux. Dans les deux cas, écrire votre manuscrit ou vous adresser à votre lectorat, Austin Kleon souligne un point essentiel, à mon sens : ce qui compte, c’est de se lancer.
De ne pas laisser la peur ou le perfectionnisme nous paralyser.
Aujourd’hui, dans ce nouvel épisode du Lab, j’ai envie de vous parler de ce petit (mais très chouette) ouvrage d’Austin Kleon, consacré à la mise en lumière du travail des artistes. Car c’est une mine d’idées inspirantes pour les auteur(e)s.
Se rendre visible, un impératif
Faire la promotion du roman que l’on a écrit. Voilà une tâche qui n’est pas toujours simple. Beaucoup d’auteur(e)s sont des personnes plutôt introverti(e)s. Elles préfèrent la solitude de l’écriture au tapage des réseaux sociaux.
Pourtant, à l’heure actuelle, cet aspect du travail est devenu incontournable. Et ce, même pour les écrivains publiés en maison d’édition. Bien sûr, la première urgence est d’écrire un très bon roman.
Austin Kleon nous dit à ce sujet : « Faites tout pour exceller », « On ne trouve pas son public, c’est lui qui nous trouve ». Mais il ajoute aussi : « Pour que l’on vous trouve, il faut d’abord être visible ».
« À l’heure actuelle, si vos travaux ne sont pas sur la toile, ils n’existent pas. »
Si le mot « marketing » vous donne de l’urticaire, vous pouvez vous appuyer sur cette idée : Le travail des artistes, ce n’est pas juste le produit fini. Austin Kleon prend l’exemple du mot peinture, qui parle à la fois de l’objet et de l’action, du chemin et du résultat.
Il nous propose de partager ce processus au grand jour. De parler de notre cheminement, un jour après l’autre. Afin de tisser lentement un lien unique avec notre lectorat. « Pensez parcours, pas produit », clame-t-il.
« Pas besoin d’être un génie pour vous lancer. » Austin Kleon défend l’idée qu’être un amateur, une amatrice est un statut tout à fait noble, et légitime à revendiquer. Les amateurs font preuve d’un « enthousiasme brut et communicatif ».
Ils n’ont pas grand-chose à perdre et sont généreux. « Ils mettent un point d’honneur à apprendre au grand jour pour nourrir les autres de leurs réussites et de leurs échecs. » Je trouve cette idée intéressante, car on nourrit beaucoup en France un certain mythe de l’élitisme littéraire.
Alors que la littérature est riche de sa pluralité, de ses formes multiples. C’est un chemin d’exploration, un mouvement. Nous sommes toujours les héritiers de ce qui nous a précédés. Austin Kleon souligne d’ailleurs qu’au fil de l’Histoire, la majorité des artistes dits solitaires s’inscrivaient en réalité dans un collectif qui nourrissait leur créativité.
Documenter son processus
Réseaux sociaux, mode d’emploi. Austin Kleon propose une marche à suivre que je trouve très inspirante. « La première étape est de réunir des fragments de votre parcours et d’en faire des publications intéressantes », nous dit-il.
« Vous devez rendre visible l’invisible. » Il conseille de tenir une sorte de journal de bord professionnel en documentant vos faits et gestes. Inspiration, idées, recherches, références, plans, notes, audio, photos, carnet, vidéos, etc.
De manière à disposer d’un “véritable catalogue de contenus” dans lequel vous pourrez piocher pour publier des posts. « Ce qui nous rend uniques, c’est la diversité et l’étendue de nos inspirations », ajoute-t-il.
Selon lui, c’est votre degré d’avancement qui détermine ce que vous devez publier. « Vos influences et vos sources d’inspiration » au début. « Vos méthodes ou un état des lieux » en cours de route.
« Le produit fini, des tranches de vie, des conclusions » en fin de parcours.
Dans le chapitre « Soyez un bon conteur », il insiste sur l’importance du storytelling. En citant le psychologue Paul Bloom : « Lorsqu’on nous montre un objet, un aliment ou un visage, la valeur que nous lui donnons, notre degré de plaisir, dépend énormément du récit qui l’accompagne ».
Austin Kleon ajoute : « Ce que vous racontez sur vos projets a un énorme effet sur le ressenti du public, sur ce qu’il comprend de votre travail, ce qui finit par modifier l’intérêt qu’il lui porte. »
Je pensais à cette phrase cette semaine, en lisant un post de l’autrice Amélie Cordonnier sur Instagram. Elle y parlait de son prochain roman, « Superhôte », à paraître chez Flammarion.
Avec un pitch. Suivi de ce paragraphe : « J’ai voulu raconter le surgissement du malheur dans nos quotidiens, comment des gens ordinaires, transformés en petites entreprises dans l’espoir de gagner un peu d’argent, se retrouvent pris dans un engrenage.
J’ai à coeur de questionner la dérive de nos vies, où tout est à louer, la force de travail des uns, la maison des autres. » On voit immédiatement combien ce storytelling vient ajouter une dimension supplémentaire à notre ressenti.
L’idée princeps d’Austin Kleon, c’est de répondre chaque jour à la question : « Sur quoi travaillez-vous ? ». En gardant pour fil rouge la générosité. Cela rejoint pour moi l’idée de penser avant tout au lectorat, lorsque nous postons sur les réseaux sociaux.
De nous centrer sur ce qui intéresse nos lectrices et nos lecteurs. En cultivant l’enthousiasme et sans chercher la perfection. (Je suis convaincue que l’enthousiasme et l’énergie sont contagieux).
Austin Kleon nous conseille de ne pas voir notre site ou nos réseaux sociaux comme des vitrines, mais comme des plateformes d’expression. Pour ma part, je pourrais nuancer les choses. En vous proposant de les voir sous les deux angles.
Une vitrine pour vos romans ET une plateforme d’expression. En privilégiant l’expression du processus. De manière à bâtir peu à peu une sorte de petit jardin personnel. Dans lequel vous vous sentirez à l’aise pour parler de vos romans.
L’un des derniers chapitres du livre d’Austin Kleon s’intitule « Vendez-vous ». Il y déclare : « Personne ne veut que les artistes meurent de faim, mais tout le monde leur reproche de gagner leur vie ».
Et : « Nous devons tous arrêter de porter aux nues le cliché de l’artiste maudit et l’idée que l’argent corrompt la créativité ». Puis il ajoute de petits mantras : « Faites preuve d’ambition.
Agissez. Voyez grand. Élargissez votre public. Ne vous bridez pas au nom de l’authenticité, de peur d’être un vendu ». Il me semble ce sont des rappels utiles ! 😉
Penser en jours : la persévérance
J’ai envie de terminer en parlant de persévérance. Austin Kleon nous dit : « La réussite du jour au lendemain est un mythe. Sous le vernis de la plupart des succès “instantanés”, vous trouverez une décennie de labeur et de persévérance. »
Cela rejoint ce que je vous ai dit il y a quelque temps sur le délai moyen de 14 ans, en France, entre le premier roman d’un(e) auteur(e) et la parution de son livre à succès. La majorité des écrivains à succès ne sont pas devenus célèbres du jour au lendemain.
Ils ont écrit, encore et encore, en se perfectionnant progressivement. Et le succès n’a été, au fond, qu’une conséquence naturelle de leur dévouement au processus créatif.
Sur ce chemin-là, Austin Kleon nous propose de penser en jours. Et non en mois ou en années. Un pas après l’autre. En prenant le temps sans attendre de l’avoir. Car « on trouve le temps comme on trouve de la monnaie : dans les recoins, dans les fissures.
On le trouve entre ce qui compte ».
Voilà pour le bref tour d’horizon de cet ouvrage, dont je vous recommande chaudement la lecture !
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.