Aujourd’hui, j’avais envie de partager avec vous 5 choses que j’ai apprises en pratiquant la Gestalt-thérapie. Et que je garde à l’esprit quand j’écris un roman.
Trouver son propre style
À l’âge de 16 ans, un événement a profondément marqué ma vie. En furetant dans la bibliothèque de ma tante, je suis tombée par hasard sur un livre de Françoise Dolto. Lorsque l’enfant paraît.
La retranscription des émissions cultes de la psychanalyste sur France Inter. En le lisant, j’ai été traversée par des émotions intenses. Je me suis dit “c’est fou, il existe des adultes qui parlent ainsi des enfants, qui parlent ainsi aux enfants, avec tellement de bienveillance et de respect”.
J’ai vécu là le déclic qui m’a poussée à faire médecine. Quand je suis entrée à l’Institut Français de Gestalt-thérapie, j’ai raconté cette anecdote à l’une des formatrices. Je lui ai dit en rigolant : “À l’origine, j’ai fait médecine pour devenir Françoise Dolto”.
Et elle m’a répondu “tu ne deviendras pas Françoise Dolto, mais tu seras déjà toi-même, avec ton propre style, ta singularité, ton rythme, ta vision, tes influences, ta richesse, et ce sera très bien”.
C’est l’une des caractéristiques de la Gestalt-thérapie : on y insiste en formation sur l’importance de trouver son propre style en tant que thérapeute. De ne pas se laisser trop formater.
Savoir déconstruire ce qu’on a construit, parfois, pour prendre du recul. Et je trouve que je peux vous dire la même chose, en tant qu’auteur(e). Ce que votre lectorat vient chercher, en ouvrant votre roman, c’est votre voix, votre univers, votre empreinte.
Votre prisme personnel. Il est certain que vous ne deviendrez pas votre écrivain préféré. Mais vous serez vous-même. Vous retranscrirez dans votre histoire votre manière d’être au monde et de voir la vie.
Avec votre style à vous. Et ce sera très bien.
Tout est potentiellement pertinent
Cette phrase-là provient de la théorie du champ formulée par le psychologue Kurt Lewin. Le champ étant l’espace d’expérience d’une personne dans son environnement. L’un des axes de cette théorie, c’est le principe d’un possible rapport pertinent.
Pour faire simple : aucune partie du champ ne doit être exclue a priori quand on recherche un sens. Nous ne devons rien écarter d’emblée. Tout est potentiellement pertinent, même ce qui nous semble secondaire, insignifiant.
En matière d’écriture, j’y vois une invitation à faire feu de tout bois. À élargir nos manières d’explorer une scène. À travailler sur les détails. Les petits remous du champ. À questionner les non-dits, les routines, les automatismes, tout ce qui, souvent, dans la vie est pris pour acquis.
Tout est corps
Parfois, en psychologie ou en psychothérapie psychocorporelle, on entend des choses comme “il faut que ce soit plus corporel”, “c’est trop cérébral, il faut mettre plus de corps”. Ce à quoi l’une de mes formatrices en Gestalt-thérapie aimait répondre : “mais tout est corps !”.
Parce que notre expérience du monde passe toujours par le corps. C’est par lui que nous percevons, ressentons, agissons. Notre cerveau est dans notre corps. Nos émotions naissent de sensations, notre imaginaire s’enracine dans des impressions sensibles.
Quand on écrit un roman, garder cette idée en tête aide, il me semble, à insuffler plus de vie dans le récit. En se souvenant que nous racontons avant tout une expérience sensible. Et subjective.
Donner au patient les outils de l’analyste
Dans le livre Gestalt-thérapie, Paul Goodman et Fritz Perls indiquent qu’il est important de “donner au patient les outils de l’analyste”. Car si une personne se contente d’écouter passivement les interprétations de son/sa thérapeute, elle risque de ne pas suffisamment intégrer l’expérience, cette dernière ne passant pas par elle.
Il est primordial de faire en sorte que la personne soit partie prenante du processus. Elle doit être (au moins en partie) motrice dans ses prises de conscience. Afin de les assimiler pleinement.
Le rôle d’un(e) Gestalt-thérapeute ne consiste donc pas à livrer des interprétations toutes faites. Mais plutôt à soutenir la figure que le ou patient(e) est en train de construire, et le sens qui se donne peu à peu.
Je trouve que cela rejoint la notion de Show Don’t Tell en écriture. Ce procédé narratif qui signifie littéralement “montrer plutôt que dire”. Il sera, par exemple, beaucoup plus puissant d’immerger le lectorat au cœur du processus émotionnel.
En l’amenant subtilement à ressentir ce que le protagoniste ressent. Plutôt que d’écrire abruptement : “José se sentait triste”.
Travailler en mode moyen
Dans Gestalt-thérapie, les auteurs Perls et Goodman parlent souvent du “mode moyen”. En référence à l’un des modes grammaticaux du grec ancien, à la fois actif et passif. Se situer en mode moyen, c’est s’engager pleinement dans une situation sans pour autant vouloir tout contrôler.
Être actif, active. Mais rester ouvert(e) à la nouveauté. Et s’ajuster à ce qui surgit de manière créative. Perls et Goodman établissent des parallèles entre le travail d’un thérapeute et celui d’un(e) artiste ou le jeu de l’enfant.
Parce qu’il y est toujours question de spontanéité, de créativité. “Le spontané est à la fois actif et passif, à la fois vouloir et subir”, nous disent-ils. Il me semble que c’est là l’une des clés de l’état de flow, ce mélange d’action et de relâchement, d’où naissent souvent de si beaux passages de roman.
Voilà pour ces quelques idées…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.