Il existe de nombreuses sortes de pannes en matière d’écriture. Le syndrome de la page blanche (c’est-à-dire un blocage complet, quand on ne sait plus du tout quoi écrire), mais aussi la difficulté à déployer le récit, l’impression d’avancer trop vite, ou au contraire de s’embourber dans des sables mouvants, le sentiment d’être bloqué avec un personnage, qui nous paraît inintéressant ou creux, etc.
Et aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de 3 exemples de panne narrative que je vois souvent en coaching individuel d’auteur(e).
Panne narrative 1 : l’impression que l’histoire n’avance pas.
C’est un cas de figure où, lorsque vous relisez l’une des scènes de votre roman, tout vous semble dans les clous, à première vue. Vous avez narré des événements. Relaté des dialogues. Vous avez fait passer diverses informations.
Mais, pour autant, vous êtes traversé(e) par un sentiment de platitude ou d’ennui. Comme si vous tourniez en rond ou comme si la scène n’était pas enthousiasmante, motrice pour le récit.
Dans ces cas-là, il faut impérativement se poser la question de l’effet de la scène sur l’histoire. Cette scène change-t-elle quelque chose à la situation ? Le protagoniste y est-il actif ou seulement passif ?
Est-il globalement le même à l’issue de cette scène, sans aucune évolution ? Que se passerait-il si vous supprimiez cette scène ? Si la réponse à cette dernière question est « pas grand chose », ou encore « il faudrait que je dissémine ailleurs les informations que j’y donne », alors c’est qu’il y a un souci.
Cela signifie que cette scène n’a qu’une fonction de « remplissage », ou de transition qui s’éternise. Ou bien qu’elle n’est faite que d’exposition pure : elle pose le décor (trop longuement), ou distille des informations (trop longuement là aussi).
Deux solutions s’offrent alors à vous : La supprimer sans pitié. 😊
Ou la modifier et l’enrichir. En faisant en sorte que cette scène fasse avancer l’intrigue, qu’elle ait de forts liens de causalité avec les autres scènes, qu’elle montre de nouvelles facettes de la psychologie d’un personnage.
Panne narrative 2 : « Mon personnage réfléchit… mais le récit manque de tension ».
Ça, c’est un problème ultra fréquent dans les manuscrits. En tant qu’auteur(e), vous avez le sentiment de faire le job. Vous explorez en profondeur les émotions du personnage, son passé, ses doutes, ses réflexions…
Mais vos bêta-lectrices/teurs vous disent que c’est trop mou.
Cette panne-là correspond en général à un surinvestissement de l’intériorité du personnage sans pression extérieure. C’est ce que j’appelle « le syndrome du personnage méditant seul sur son rocher ».
Il faut alors se souvenir que dans un roman, il est primordial de mettre les personnages en action, et le plus tôt possible, dans chaque scène. Certes, votre protagoniste peut penser, analyser, se remémorer des choses.
Mais il faut aussi que des éléments extérieurs viennent le mobiliser, le bousculer, le mettre face à des choix, des nécessités d’action, face à des risques de pertes. Lorsque l’intériorité n’est pas mise à l’épreuve par des événements extérieurs, votre lectorat va éprouver ce fameux sentiment de mollesse.
Les conflits narratifs sont remplacés par une introspection statique, qui devient rapidement ennuyeuse.
L’astuce que je peux vous donner, ici, consiste à systématiquement penser en termes d’interne/externe. Vous pouvez le constater dans la vie elle-même : chaque action externe entraîne une réaction interne, dans une boucle sans fin.
Par exemple, dans une scène avec deux personnages : le premier va poser une action. Le second personnage va, en retour, éprouver une émotion, un sentiment (réaction interne). Il va alors dire ou faire quelque chose (action externe).
Qui va provoquer une réaction interne chez le premier personnage, et un acte ou une parole dans la foulée (réaction externe). Et ainsi de suite. Se laisser guider par cette alternance est souvent utile pour mettre les personnages en mouvement.
Panne narrative 3 : « Je ne sais pas trop ce que veut mon personnage ».
C’est ce moment où vous vous dites, dans une scène, à propos de votre protagoniste : « Je connais son caractère, son passé, l’ambiance dans laquelle il évolue… mais j’ai du mal à dire ce qu’il cherche exactement. »
Cette panne-là est souvent due à un objectif flou ou mal formulé. Le personnage n’a pas d’objectif concret ici et maintenant. Ou bien son objectif est trop abstrait (« être heureux », « aller mieux »).
Et par conséquent, votre scène manque de direction.
Ce qu’il faut se dire là, c’est que penser en termes d’objectifs (objectif de la scène, objectif du personnage) est la première étape pour écrire une scène ou un chapitre. Et ce, même en littérature blanche.
Demandez-vous toujours ce que désire votre personnage. Et à quel endroit vous souhaitez aller, vous.
Je peux prendre pour exemple l’une des scènes de mon roman Le début des haricots, dans laquelle mon héroïne, Anna, prend part pour la première fois à une séance de méditation en groupe.
Dans ce passage, j’ai donné à Anna l’objectif suivant : «tâcher de lâcher prise ». Et mon objectif de scène, en tant qu’autrice, était de montrer qu’elle n’y parvient pas, qu’elle se raccroche en permanence à son intellect, qu’elle échoue.
Si je n’avais pas pris le temps de poser cela, je pourrais avoir écrit une scène un peu floue, dans laquelle Anna oscillerait entre plusieurs pôles (parvenir partiellement à méditer, tout en étant un peu gênée), sans rien d’évident ni de tranché.
Poser un objectif de personnage, cela ne signifie pas que cet objectif sera atteint. Surtout au début de l’histoire ! Mais cela donne un élément à atteindre ou à contrecarrer de manière nette.
Et c’est cette netteté qui aimante votre lectorat.
Si je vous parle aujourd’hui de ces 3 pannes, ce n’est pas sans raison. Mais parce qu’elles avancent souvent de concert. Elles dessinent un triangle : Un objectif flou. Des scènes sans direction ni fonction.
Un accent mis sur l’introspection « pour compenser ». Et au bout du compte, un sentiment de stagnation.
Tout ceci n’est pas une question de talent ou un problème d’idées, rassurez-vous. Seulement un souci de moteur dramatique mal enclenché.
Voilà pour ces quelques idées.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.