Le sous-texte : le secret des scénaristes pour des dialogues profonds

Les scénaristes ont un secret. Un procédé narratif redoutable pour donner de la profondeur à un texte. Que pourtant, la plupart des romanciers ne connaissent pas. Ce secret, c’est le sous-texte. L’un des leviers les plus puissants des récits captivants.

Le sous-texte, c’est un peu comme « un beau style » en littérature. Intuitivement, tout le monde voit très bien ce dont il s’agit. Mais lorsqu’il est question de le définir, de l’expliquer et d’en dresser un mode d’emploi, c’est une autre paire de manches.

Je vais vous donner plus d’éléments de compréhension, mais le mieux, c’est de commencer avec un petit exemple : «, J’étais avec un mec depuis un bout de temps. Mais c’est fini. Enfin, je m’en suis remise. En fait, tout baigne.

J’ai serré mon gobelet si fort qu’il a éclaté. Mark semble un peu perdu. »

Ça, c’est un extrait de la comédie Très Chère Sadie, de Sophie Kinsella. En début de roman, l’héroïne se remet mal d’une rupture récente. Sophie Kinsella manie parfaitement le sous-texte, jusque dans les petits recoins de son récit.

Là où beaucoup d’auteur(e)s débutant(e)s auraient tendance à écrire ici quelque chose comme : «, J’étais avec un mec depuis un bout de temps, mais il m’a quittée. C’est très dur, je n’en suis pas encore remise. Ça me rend triste de t’en parler. Mark semble gêné. »

Le « dialogue aligné », trop plat

Un dialogue comme celui-ci (le deuxième), c’est ce qu’on pourrait appeler un « dialogue limpide » ou « aligné ». Dans lequel ce que disent les personnages est parfaitement au diapason avec ce qu’ils ressentent.

Ce n’est bien sûr, pas interdit dans un roman. Mais le souci, c’est que beaucoup d’auteur(e)s débutants, et nombre d’auteur(e)s aguerri(e)s, ont tendance à abuser largua manu des dialogues alignés dans leurs écrits.

Résultat : leur récit semble plat. Peu excitant.

En tant qu’auteur(e), vous vous trouvez peut-être dans cette situation. Avec le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond dans vos scènes. Et notamment dans les interactions entre vos personnages.

Vous avez souvent l’impression que ce que vous écrivez manque de réalisme et de profondeur. La sensation diffuse que quelque chose vous échappe. Que vos dialogues ne sont pas assez percutants.

On vous a peut-être aussi dit que votre roman était un peu trop naïf, ou superficiel. Pas assez plausible ni convaincant. Ou pas suffisamment captivant. La cause la plus fréquente de cet ensemble de symptômes, c’est le manque de sous-texte.

Pourquoi le sous-texte fonctionne

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que dans la vie, nous ne parlons pas en permanence à cœur ouvert. Lorsque nous traversons une émotion inconfortable, lorsque nous nous sentons vulnérables, lorsqu’un sujet nous dérange, lorsque notre interlocuteur nous effraye, ou dans toute situation de « danger émotionnel », nous avons tendance à avancer masqué(e).

À camoufler notre vécu. Ce que nous disons ou faisons n’est alors pas en phase avec ce que nous ressentons. Et cette réalité, c’est précisément celle que le sous-texte permet de rendre dans un roman.

L’extrait du livre de Sophie Kinsella en constitue une petite illustration, mais ce procédé se décline sur une palette beaucoup plus large.

Un procédé méconnu des romanciers

Si je vous parle de ce sujet, c’est parce qu’il m’intéresse depuis longtemps. J’ai croisé ce concept dans de nombreux manuels de scénaristes. M’étonnant chaque fois de ne jamais en entendre parler dans les conseils d’écriture donnés aux romanciers.

Et j’ai réalisé que c’était là l’un des défauts majeurs de mon tout premier roman, « La génération spontanée des grumeaux ». Il manquait cruellement de sous-texte. Mes personnages se parlaient en permanence avec franchise, posant leur cœur sur la table, à la façon d’un dialogue de Communication Non Violente.

Et en commençant à prêter attention à ce procédé narratif dans les romans que je lisais, je me suis rendu compte que même des auteur(s) chevronnés pêchaient parfois en la matière. Alors que comprendre et connaître la notion de sous-texte est un moyen extrêmement puissant de donner de la profondeur à un manuscrit.


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