Ces derniers temps, une fois par mois, je vous propose un format un peu différent, dans lequel je partage avec vous les ingrédients du moment de mon petit laboratoire créatif. Dans ce nouvel épisode, je vais vous parler de pizza, de poésie, d’un livre de scénario vintage, de thérapie et de dispersion.
J’en reviens à mes pépites du moment :
Une newsletter poétique très inspirante
Ces derniers temps, je lis avec beaucoup de plaisir la newsletter Le passage de Cécile Coulon. Un espace sur Substack dans lequel elle partage des textes, des poèmes inédits mais aussi des conseils d’écriture d’une grande justesse.
L’accès complet est à 5 euros mensuels, un tarif ultra-raisonnable au regard de la richesse du contenu. J’ai déjà eu l’occasion de vous le dire dans Le Lab : Je trouve que lire de la poésie est une ressource précieuse pour améliorer son style et accroître sa créativité, quand on est auteur(e) de fiction.
Parce que les poètes ont un rapport aigu au rythme des phrases, aux images, à la musicalité, à la densité émotionnelle des mots. Cécile Coulon écrit d’ailleurs également des romans à la précision sensorielle fascinante.
Du côté de ses conseils d’écriture, j’ai noté, entre autres choses, cette phrase percutante : « On ne réécrit pas sa première phrase tant qu’on n’a pas écrit la dernière. » Je partage cette idée selon laquelle il est important de ne pas trop traîner en route quand on rédige son premier jet.
Cécile Coulon ajoute ainsi : « Allez au bout du texte, de l’histoire, avec toutes les fautes, les fragilités, les incohérences que cela comporte. Une fois que le point final est posé, vous aurez tout le temps de revenir, de reprendre, de réécrire. D’abord, avancez. »
La fascination pour le protagoniste
Cette semaine, j’ai re-feuilleté un vieux manuel de scénario que je possède depuis longtemps dans ma bibliothèque : Story de Robert Mc Key. Il est un peu vintage, mais il regorge de conseils intéressants.
Et je suis tombée sur un passage qui évoquait un thème similaire à celui de ma conclusion du Lab, la semaine dernière. Sur l’importance des forces antagonistes. Robert Mc Key dit ainsi :
« La fascination intellectuelle et émotionnelle que l’on éprouve pour un protagoniste et son histoire est proportionnelle aux forces antagonistes qu’il affronte. » Selon lui, la nature humaine est foncièrement conservatrice.
Nous ne prenons jamais plus de risque que nécessaire. Nous ne changeons que si c’est indispensable. Nous choisissons toujours la voie facile plutôt que la voie difficile. Voilà pourquoi les forces antagonistes doivent être puissantes afin de pousser notre personnage sur les autres versants (risques, changement, difficultés).
Un grand oui ou c’est non, le problème de la dispersion
Antoine BM, c’est un formateur business que j’aime beaucoup et que je suis depuis longtemps. Cette semaine, j’ai regardé l’une de ses vidéos sur Youtube, dans laquelle il résume le livre Hell yeah or no de Derek Sivers.
Et j’y ai entendu des conseils assez intéressants pour les auteur(e)s, notamment pour celles et ceux qui ont du mal à faire de la place à l’écriture dans leur quotidien. Le titre du livre contient l’idée que si une proposition ne nous inspire pas un grand oui, alors la réponse est non.
Et je trouve que c’est une bonne boussole pour accepter ou non de nouvelles charges dans nos emplois du temps. Car nos journées se remplissent souvent d’une multitude de petits « oui tièdes » : sollicitations, projets parallèles, distractions numériques, obligations que l’on accepte par réflexe…
Au point de ne plus avoir assez d’espace externe et interne pour écrire. Antoine rapporte aussi l’idée suivante : Si un objectif ne donne pas envie d’agir immédiatement, c’est probablement un mauvais objectif.
Je trouve cela plutôt juste concernant les projets de roman. Parfois certaines idées à première vue intelligentes, prometteuses ou stratégiques ne nous mettent jamais véritablement en mouvement. Là où d’autres projets d’allure imparfaite nous poussent facilement dans l’écriture (ce qui me semble être un élan à suivre…).
L’auteur du livre dit aussi qu’il ne faut pas avoir peur de s’inspirer des autres, parce que nous sommes tous des « miroirs déformants ». Même lorsque nous imitons, quelque chose se transforme nécessairement, au filtre de notre sensibilité, notre vécu, notre regard.
Comme une pizza que l’on sort du four
« Tous ces souvenirs, ces sentiments et ces expériences à l’intérieur de nous, […] on ne peut pas les faire glisser sur le papier comme un cuisinier qui sort une pizza du four ». Cette phrase de Nathalie Goldberg, dans son livre Pourquoi écrire va vous rendre heureux, me tranquillise ces derniers temps, lorsque j’ai l’impression de lutter pour écrire ce que j’aimerais dire, que mon histoire ne coule pas de mon cerveau vers le clavier avec fluidité.
D’ailleurs (et peut-être est-ce similaire pour vous ?) j’ai remarqué que persévérer dans ces cas-là me conduit au bout du compte à produire un texte moins raté que prévu. Je m’en rends compte en le relisant plus tard, à tête reposée, je suis chaque fois surprise de voir que ce passage rédigé poussivement fait finalement un bon travail de structure.
Il suffit d’y greffer des détails supplémentaires, d’améliorer le texte en modifiant certaines phrases, de procéder par petites touches. Un paragraphe imparfait, c’est toujours un terreau utile pour la suite.
On ne résout pas tout
Ces jours-ci, j’arrive au bout de la phase de réécriture de mon nouveau roman. Il me reste deux chapitres à reprendre, et j’aurai terminé (ce n’est plus l’affaire que de quelques jours).
Lorsque j’écris la fin d’un roman, je garde toujours en tête un parallèle avec la psychothérapie. L’idée qu’on ne résout pas tout. En thérapie, certaines personnes ont parfois la croyance, plus ou moins consciente, que l’on pourrait tout résoudre.
Avec en corollaire l’idée que le thérapeute lui-même a « tout réglé », qu’il n’a plus aucun problème. C’est une utopie. En réalité, certaines choses ne peuvent pas être résolues. La vie a une fin.
On ne peut pas prévoir ce qui va arriver demain. Les conflits entre êtres humains sont inévitables. Et je trouve qu’y songer peut nous inciter à être attentifs(ves) au manichéisme dans nos romans.
Notre protagoniste ne vivra pas dans un monde totalement merveilleux à la fin, sans problèmes ni désaccord ni déceptions. Il aura simplement tiré quelques enseignements de ses expériences.
Et engrangé des ressources pour composer avec l’inconnu ou l’insoluble, inévitables dans une vie.
Voilà pour aujourd’hui !
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.