Aujourd’hui, je voulais vous parler d’un élément assez paradoxal : mon premier roman est celui sur lequel j’ai passé le plus de temps (de très loin) alors que c’est mon livre le plus mauvais (de très loin aussi).
Alors pour ce nouvel épisode du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, je me suis dit que j’avais envie de partager avec vous 6 choses que j’aurais aimé que l’on me dise à mes débuts, et qui m’auraient évité bon nombre de problèmes sur le moment.
Fais simple
Ce conseil peut sembler un peu naïf ou simpliste, mais il est crucial. Quand on débute, on brûle souvent de tout faire : créer un univers inédit, aborder un thème complexe, multiplier les intrigues, inventer une structure narrative neuve et brillante, etc.
Je comprends cette tentation. Mais écrire un roman, c’est déjà suffisamment difficile. Lorsque je travaille en coaching avec des primo-romancier(e)s, je leur donne toujours ce conseil :
Simplifiez-vous la vie. Choisissez un genre littéraire que vous aimez et que dont vous maîtrisez les codes
Un thème qui vous parle profondément, si possible un décor familier. Pour mon premier roman publié, Le début des haricots, j’avais choisi deux univers que je connaissais intimement : la médecine et la psychothérapie de groupe.
Je n’ai pas eu besoin de passer des mois à faire des recherches ni de faire des efforts pour sembler convaincante. J’ai pu placer mon énergie dans d’autres sphères du processus. Et croyez-moi : cela représente déjà un travail colossal (quand je repense à tout ce que je sais aujourd’hui en matière de narratologie et que j’ignorais à l’époque, ça me paraît pharaonique).
Ne tergiverse pas et utilise une structure narrative
Pendant longtemps, je me suis laissé embobiner par les personnes qui clamaient que les structures narratives écornaient la valeur artistique de l’écriture, et n’aboutissaient qu’à des œuvres formatées, façon scénario américain.
Aujourd’hui, je suis convaincue du contraire. C’est un fait : même en littérature blanche, la plupart des histoires reposent sur des mécanismes récurrents. Une situation initiale, un événement perturbateur, des obstacles, des renversements de situation, des enjeux, du suspense, un climax, une résolution…
Et les personnes qui s’écartent de ces schémas sont en vérité celles qui les maîtrisent le mieux, de la même manière qu’un musicien ou un cuisinier devient capable d’improviser lorsqu’il a assimilé les fondements de sa discipline.
Et j’ai ici un raccourci, une astuce hyper simple à vous proposer. Je l’ai utilisée pour mon deuxième roman, Le début des haricots, en parallèle de mes lectures théoriques sur la narratologie.
Elle consiste à prendre un roman que vous adorez, pour ma part, j’avais choisi une comédie haletante de Sophie Kinsella. À repérer ses grandes étapes : la situation de départ, les bouleversements, l’arrivée de nouveaux personnages, le type de rebondissement…
Puis à conserver la forme, la structure en changeant complètement le fond, en y insérant votre thème, vos personnages et votre intrigue. L’idée n’étant, évidemment, pas de copier l’histoire, mais de comprendre comment elle fonctionne.
Cette compréhension in situ, au sein d’un texte captivant vaut de l’or.
Prends ton projet au sérieux
Beaucoup de personnes rêvent d’écrire un roman. Mais très peu vont au bout de leur projet. Parce qu’un roman ne s’écrit pas « quand on a le temps ». Il s’écrit quand on décide de lui faire une place dans son agenda, dans sa vie, dans la liste de ses priorités.
Avec des plages dédiées, même petites, mais régulières, évidence que je négligeais à mes débuts.
Cette semaine, j’ai vu passer un post de Aline Bartoli (the bboost) sur Instagram. Elle y disait que les personnes qui réussissent sont celles qui savent rester concentrées, focalisées sur leurs objectifs, sans se disperser.
« Les gens boring, les gens constants », dit-elle. Et je la rejoins : même si ce n’est pas séduisant, plus que le talent, la persévérance et le sérieux sont vos meilleurs alliés. Comme l’explique Fred Godefroy dans son petit livre Les sept erreurs des écrivains débutants :
« Si vous franchissez les obstacles, vous ferez partie de la caste des très rares personnes capables d’aller jusqu’au bout, capables d’être un romancier. »
Oublie les personnages parfaits
Dans La dramaturgie, le scénariste Yves Lavandier dit : « Il “suffit” de prendre un personnage, de lui donner un objectif et de, ne pas oublier de, lui opposer des obstacles pour qu’aussitôt tous les êtres humains de la planète comprennent ce qu’il ressent et, donc, s’intéressent à lui. »
Le mot-clé, ici, ce sont les obstacles. Auxquels on peut ajouter les failles, les défauts, les tuiles, les problèmes… Parce qu’un personnage parfait est rarement intéressant. En vérité, ce sont surtout ses zones d’ombre qui nous touchent.
Ses maladresses, ses contradictions, ses blessures, les parois auxquelles il se cogne comme un papillon dans son bocal. Elles sont les moteurs de l’arc narratif, le point de départ d’un chemin de transformation.
Loin de plomber votre roman feel-good ou votre romance, d’égarer votre récit de fantasy ou de science-fiction, la trajectoire psychologique de vos protagonistes donnera, au contraire, de l’intensité émotionnelle à votre histoire.
Car c’est au travers des fêlures que la lumière s’infiltre.
Vois grand et agis petit
On surestime souvent ce que l’on peut accomplir en quelques jours. Alors qu’on sous-estime ce qu’on peut construire sur plusieurs mois ou années, en procédant par petits gestes répétés, patiemment.
Je ne m’y suis pas prise autrement pour progresser en tant qu’auteure, pour écrire chacun de mes romans, pour remporter des concours d’écriture, pour être publiée par de grandes maisons d’édition.
Autant de rêves devenus réalités pour moi aujourd’hui… sans que rien ne se fasse en un jour. Une page… puis une autre. Une scène… puis une autre. Un chapitre… puis un autre. Une ressource théorique pour s’étayer… puis une autre.
Ma benjamine de 7 ans adore un bouquin pour enfants qui se termine par la morale suivante : « à chaque jour sa peine, son pain et son plaisir ». Il n’y a pas de meilleure recette pour avancer.
Prends plaisir à écrire, c’est le plus important
Le mot plaisir, dans cette conclusion de livre jeunesse, me semble essentiel. Parce que vous allez passer beaucoup de temps sur votre roman. Vraiment beaucoup. Et si votre seul moteur est d’être publié(e), reconnu(e), lu(e) ou de vendre des livres, tenir dans la durée, cela risque d’être très très compliqué.
Parce que ces récompenses sont incertaines et mettent souvent du temps à arriver. Le temps éditorial est un temps très long : pour ma part, jamais moins de 9 mois entre la signature d’un contrat d’édition et la parution du roman.
Le plaisir, lui, est disponible dès aujourd’hui. Dans une séance d’écriture qui vous absorbe complètement, dans une idée qui vous enthousiasme, dans une lente minute passée à ciseler une phrase, dans une discussion profonde avec l’une de vos bêta-lectrices.
C’est ce moteur-là qui vous fera tenir dans la durée.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.