Dans les groupes de psychothérapie, on commence toujours par un temps de météo au cours duquel chacun(e) peut dire où il en est et ce qui l’occupe. Et aujourd’hui, c’est un peu le désir qui m’a traversée, avant de prendre le clavier pour vous écrire.
Je me suis dit que j’avais envie de vous livrer mes réflexions du moment en matière d’écriture, de mes sources d’inspiration en ce début d’été. Je vais vous parler d’un podcast lancé en grande pompe, de vide fertile, d’abus de mystère et d’intelligence artificielle.
Réflexion 1 : Un podcast lancé en grande pompe
Cette semaine, Virginie Grimaldi a lancé son podcast, Cahier de brouillon… et sur Bookstagram, à moins de scroller dans une petite grotte littéraire parallèle, il était difficile de passer à côté.
Quand j’ai vu la première annonce à ce sujet, je me suis sentie vraiment enthousiaste. De manière générale, les styles d’écriture dits « blancs » ou « neutres » en littérature ne sont pas mes préférés, mais Virginie Grimaldi est, tout de même, une autrice que j’apprécie pour son humour et sa capacité à bâtir des histoires captivantes (j’ai lu la plupart de ses romans).
Dans son teasing sur Instagram, elle promettait des conversations passionnantes et drôles sur l’écriture avec des personnalités inspirantes… et cela m’a mise en appétit, moi qui adoooore écouter des écrivains parler écriture.
Je me suis dit qu’elle allait peut-être profiter de son immense notoriété pour nous faire découvrir des plumes talentueuses, mais encore confidentielles, de la littérature indépendante, des petites maisons d’édition, des scénaristes de génie.
Et puis j’ai vu que sa première invitée était Serena Giuliano, sa meilleure amie. Ce qui m’a un peu refroidie.
Bien sûr, le podcast s’est révélé passionnant, et il ne s’agit que du premier épisode (qui n’aurait pas envie de débuter un projet avec sa BFF ?), mais cela a fait écho pour moi à un questionnement qui me travaille depuis un moment : l’entre-soi au sommet de la chaîne du livre.
Nombre d’auteurs et d’autrices connus, des personnes que j’adore par ailleurs, se recommandent mutuellement à chaque sortie alors qu’ils vendent déjà des centaines de milliers d’exemplaires, et ne mettent jamais en lumière des livres moins connus.
En la matière, une personne qui m’inspire énormément, c’est mon éditrice chez Eyrolles, Capucine Delattre, qui recommande sans relâche dans ses stories des livres publiés par de petites maisons d’édition, des pépites de derrière les fagots.
Alors, bien sûr, je ne dis pas qu’il faut s’interdire de promouvoir ses amis ni de recommander les livres d’écrivains connus (je suis d’ailleurs la première à le faire). Mais si les projecteurs n’éclairent que ceux qui gravitent déjà en pleine lumière, alors la littérature tourne en vase clos, là où la concentration du succès dans le paysage littéraire français est déjà énorme (en France, 5% des auteur(e)s représentent 80% des ventes de romans, soit 5000 écrivains sur 100.000 recensés par la SGDL).
Réflexion 2 : Le vide fertile
Ces jours-ci, j’ai terminé le manuscrit de mon huitième roman, et cela me plonge dans des sentiments variés. Je me sens encore assez immergée dans l’ambiance de ce livre. D’une part parce que ce n’est pas rien d’avoir séjourné (voire macéré, parfois) dans cette histoire pendant 18 mois.
Et, d’autre part, parce que je sais aussi que j’aurai à m’y replonger lors du travail éditorial. Pour autant, mon esprit, qui a tendance à être un peu hyperactif 😅, est déjà en train de cogiter sur la suite.
J’avais ouvert il y a plusieurs mois une note intitulée Roman 9 dans mon téléphone. Et en la relisant, j’ai constaté qu’elle avait viré au grand capharnaüm, avec des idées qui partent dans tous les sens.
Pour le moment, la réflexion qui m’occupe le plus, c’est la question de la légèreté pour mon prochain livre. Je ne sais pas encore si j’ai envie d’écrire une comédie, un livre léger, ou bien d’aller plutôt du côté de la littérature blanche.
Une amie autrice m’a d’ailleurs dit récemment : « tu peux peut-être faire les deux, un roman après l’autre » et je me suis dit qu’elle n’avait pas tort.
Lorsque je suis entre deux romans, l’idée qui me porte le plus, c’est la notion de « vide fertile » chère à la Gestalt-thérapie (le courant de psychothérapie auquel je suis formée). Parfois, dans les phases de transition, de réflexion, avant le choix d’une direction, nous pouvons avoir le sentiment de traverser une période de vide un peu vertigineuse.
Un flou depuis lequel les idées peinent à émerger ou à se rassembler en un projet de roman cohérent. Pour autant, il me semble que ce vide est toujours potentiellement fertile. Car c’est en lui que s’agitent toutes nos idées, les thèmes potentiels de notre récit.
Le traverser permet la naissance, sur le fond, de figures nouvelles, originales.
Et même lorsque nous nous sentons bloqués, nous pouvons penser en termes de possibilités. J’aime bien ce que dit à ce sujet la thérapeute Béatrice Valantin dans un article de la revue Gestalt :
« Lorsque le vide nous paraît stérile, il est en fait porteur d’un « possible inachevé, figé ». Il n’y a pas qu’une situation inachevée, mais aussi du « possible paralysé ». Il n’existe en fait que du vide fertile. »
Réflexion 3 : Ce que j’aurais aimé savoir quand j’ai écrit mon premier roman
Cette semaine j’ai posté une nouvelle vidéo sur ma chaîne YouTube, dans laquelle je reprends le contenu de l’une de mes newsletters récentes, avec des conseils que j’aurais aimé connaître lorsque je me suis lancée.
Youtube est une plateforme sur laquelle je ne suis pas du tout assidue, mais je vais essayer de créer plus de vidéos dans les prochains mois (soyez indulgent(e), je ne suis pas encore complètement rodée en matière de montage et de fluidité, mais je tâche de m’améliorer 😊).
Je vous prépare notamment une vidéo sur les défauts qui rebutent d’emblée les éditeurs en début de roman.
Réflexion 4 : L’intelligence artificielle écrit mieux que beaucoup de gens (et là n’est pas la question).
Cette semaine, je suis tombée sur un post Instagram d’une éditrice jeunesse au sujet de l’intelligence artificielle dans l’édition. Son autrice y explique que l’IA est aujourd’hui capable d’écrire « mieux » que beaucoup de gens, mais que, pour autant, « écrire mieux ne veut pas dire écrire quelque chose de publiable ».
Qu’un roman n’est pas seulement un texte correct, mais « quelque chose de vivant, de fragile, de sensible », chose que l’IA ne sait pas encore faire. Et que les maisons d’édition ne publient pas à l’heure actuelle de romans entièrement écrits avec l’IA.
Ces derniers temps plusieurs personnes de mon audience m’ont questionnée sur ce sujet de l’intelligence artificielle. Et c’est vrai que je l’évoque rarement parce que je trouve qu’il n’est pas simple de s’exprimer là-dessus.
Mais à l’heure actuelle, pour moi, deux éléments surnagent : Le premier : Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas tant la technologie en elle-même que le monde qu’elle dessine (je pense très souvent à l’incroyable roman Les Furtifs d’Alain Damasio).
Un monde dans lequel ce sont les robots qui peignent, qui composent des morceaux de musique, qui écrivent des romans et de la poésie, tandis que les humains ne sont pas déchargés des basses besognes.
Dans lequel la richesse générée par ces technologies ne ruisselle que sur quelques milliardaires (qui décident des directions sans concertation) au lieu de contribuer au bien-être de tous, à la justice sociale, et au mépris des personnes dont les oeuvres sont ainsi pillées.
Je ne veux pas de ce monde-là.
Le second : tout ce que dit ce post est vrai… au présent. Mais les progrès sont réels et rapides et dans peu de temps, une intelligence artificielle saura inéluctablement écrire un roman entier.
Ce jour-là, selon moi, les vraies questions ne seront plus techniques, mais intimes : Pourquoi écrivons-nous ? Le but est-il plus important que le chemin ? Que cherchons-nous en faisant l’impasse sur nos tâtonnements, la maturation de notre propre intelligence, les acquis de notre expérience ?
Un livre que l’on n’a pas écrit soi-même, qui n’est pas le fruit de notre propre cheminement a-t-il réellement de la valeur ? Pour moi, la réponse à cette dernière question est clairement non.
J’ai un peu hésité à aborder ce sujet, car je me dis toujours que je ne suis pas experte, mais dans le même temps, je crois aussi qu’il est nécessaire d’en parler, que nous avons tous et toutes le devoir de nous exprimer sur ce que nous voulons (ou pas) pour le futur.
Réflexion 5 : Remplir son réservoir
Ces derniers mois, avec l’écriture de mon dernier roman, j’ai moins lu, moins écouté de podcasts. Je me suis moins nourrie. Et avec l’été qui arrive, je me dis que je vais réouvrir un peu les vannes.
Parce qu’il est compliqué de créer du neuf avec un réservoir vide. Dans ma pile à lire, j’ai notamment le livre Trauma et mémoire de Peter A. Levine. Une lecture qui s’annonce passionnante et dont j’aurai probablement l’occasion de vous reparler dans une prochaine newsletter à propos de la psychologie des personnages.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.