Cela vous est sûrement déjà arrivé : vous attaquez avec enthousiasme la relecture d’un passage de votre roman et vous déchantez : il ne correspond pas à ce que vous aviez imaginé. Il est trop mou.
Ce phénomène peut avoir différentes origines, dont l’une tient en 5 mots : la pacification prématurée des conflits.
En Gestalt-thérapie, le penseur Paul Goodman la définit ainsi : « un décrochage, une trêve ou un engourdissement qui permettent d’éviter la poursuite du conflit ».
Pourquoi nous pacifions trop vite
De façon générale, les êtres humains détestent les conflits. Nous faisons tout pour les éviter, les apaiser rapidement. Et le souci, c’est qu’une fois devant notre feuille ou notre ordinateur, en présence de nos personnages, nous avons tendance à faire de même.
À être trop gentil(le). À écouter cette petite voix, parfois inconsciente, qui nous dit “Non, quand même, là, j’abuse. Je suis dur(e) avec mon protagoniste” et nous conduit à lever rapidement les obstacles et mettre fin aux conflits.
Par exemple : Nous créons une dispute entre deux colocataires, et les réconcilions deux pages plus loin. La voiture du héros tombe en panne alors qu’il allait rater une réunion importante, mais un garagiste passe justement par là (l’obstacle n’a, du coup, aucun intérêt ici).
Lorsque j’ai écrit mon premier roman, “la génération spontanée des grumeaux”, je suis tombée plusieurs fois dans ce piège. Dans l’un des chapitres, par exemple, l’héroïne frappe à la porte de son petit ami, tombe sur une blonde pulpeuse en peignoir et repart bouleversée, se pensant trahie.
Quelques pages plus tard, sans avoir suffisamment exploité ce conflit, j’annonce qu’il s’agissait en réalité de la sœur du petit ami. Résultat : ce passage, sensé faire monter la pression dans la cocotte-minute, a la consistance d’un Flamby.
Laissez les conflits monter et durer
Voilà donc mon conseil du jour : Laissez les conflits (au sens large du terme, entre personnages ou avec des éléments inanimés) monter et s’installer. Résistez à la tentation de les pacifier trop vite, faites-les traîner autant que possible, autant que nécessaire.
Lorsqu’une scène introduit un conflit, ne la terminez surtout pas par des pistes de solutions, un début de résolution, une minimisation des problèmes. A contrario, faites monter la mayonnaise, croître la tension à son maximum, et clôturez la scène à ce moment-là, en passant à autre chose.
Attendez ensuite suffisamment longtemps pour résoudre les problèmes. Jouez avec les nerfs de vos lecteurs, ils en redemanderont. 😉
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