Écrire comme Élizabeth George

Aujourd’hui, un nouvel épisode d’« écrire comme », centré sur Élizabeth George, auteure américaine de romans policiers dont les livres se sont écoulés à des millions d’exemplaires dans le monde.

L’art et la technique

Élizabeth George considère que l’écriture s’articule autour de deux axes d’égale importance, « l’un relevant de l’art, l’autre de la technique ». Elle est convaincue que l’on peut apprendre à écrire, qu’il est même primordial de se documenter sur les techniques narratives, qui ne suppriment pas tous les problèmes des auteurs, mais permettent d’en éliminer un certain nombre –, et de s’immerger dans l’art d’écrire en pratiquant autant que possible.

Enfreindre les règles

Pour elle « s’il y a une règle en matière d’écriture, c’est qu’il n’y a pas de règles ». Elle s’ingénie à toutes les enfreindre, à relever les défis que ses amis lui soumettent (par exemple : écrire une scène du point de vue de l’assassin après son forfait sans trahir les lecteurs).

Un seul principe est pour elle intangible : celui de connaître la fin de ses romans à l’avance. « Je ne me lance pas aveuglément dans une grande aventure littéraire, dans l’espoir constamment renouvelé que mes personnages vont trouver des solutions aux problèmes à ma place au fur et à mesure que nous nous aventurons vers Dieu sait quoi, Dieu sait où », déclare-t-elle.

Décor et paysage

Elle insiste beaucoup sur l’importance du décor de chaque scène, et du paysage général, qui englobe tous les décors de façon plus large. Tous ses romans se déroulent en Angleterre, pays qui la fascine. Elle passe beaucoup de temps à arpenter les lieux de ses histoires, en prenant des notes et des photos, pour donner à ses lecteurs le sentiment de voyager eux-mêmes.

Les personnages et leurs malheurs

Avant même de façonner l’intrigue, Élizabeth George part toujours des personnages. Ils sont pour elle l’essence de la littérature, car « le caractère humain est la plus grande des énigmes ».

Elle insiste sur l’importance des problèmes et malheurs : « Le bonheur les prive d’une histoire ; le malheur leur fournit un puits dont ils s’acharnent à sortir au fil du roman ».

Pour elle, il est primordial de concevoir les personnages en détail à l’avance, afin qu’ils puissent devenir réels, vivants, indépendants de l’auteur, dotés d’une voix singulière et d’un comportement cohérent. Elle insiste sur l’importance de l’empathie et de l’identification émotionnelle, pour impliquer les lecteurs.trices dans l’histoire.

Ciseler l’intrigue

Élizabeth George insiste beaucoup sur l’importance des relations de cause à effet entre les scènes, ce d’autant qu’elle écrit dans un genre littéraire, le roman policier, qui nécessite une grande maîtrise du suspense.

Elle propose aux auteur(e)s d’envisager les événements de leur histoire comme une série de dominos.

Son type de conflit préféré est « le creuset », à savoir « une situation dans laquelle les personnages sont liés les uns aux autres pour une raison quelconque, et incapables d’éviter le conflit » (par exemple lorsque des personnages sont coincés ensemble dans un même endroit).

En ce qui concerne les points de vue narratifs, elle utilise le plus souvent la troisième personne changeante. « Ce que j’apprécie dans ce point de vue, c’est qu’il me permet quand ça m’arrange de montrer à mes lecteurs ce que tout le monde mijote », nous dit-elle.

Syndrome de l’imposteur

Malgré la popularité de ses romans, elle déclare dans son journal de bord : « l’écriture m’inspire toujours la même terreur. Je ne me sens pas particulièrement douée, et je me demande combien de temps encore je vais réussir à concocter des romans avec ma maigre réserve de talent. »

Elle se compare à ses écrivains favoris, jugeant ses histoires à elle insignifiantes à côté des œuvres qu’elle admire. Sa solution pour sortir de ces ruminations : elle propose aux auteur(e)s de faire taire « le chœur du passé », les voix de toutes les personnes qui les ont dévalorisé(e)s.

« Je leur dis d’écrire avec leur esprit, mais d’évaluer avec leur corps. Et surtout, je leur dis d’ignorer le comité qu’ils ont dans la tête. » « Ignorez-les tous. Ils appartiennent au passé. Fiez-vous à votre corps. Votre corps, c’est le présent. Et c’est aussi l’instrument le plus efficace à votre disposition. »

Écrire ou avoir écrit

Selon elle, beaucoup de gens ne veulent pas écrire, mais veulent avoir écrit (traduction : devenir célèbre, voir leur photo sur un panneau géant à la FNAC et manger des petits fours avec Augustin Trapenard). Elle nous rappelle que le plus important est « le mystère, la magie des mots qu’on met sur le papier ».

Deux citations pour vous motiver en conclusion

« Si vous avez du talent, de la passion et de la discipline, si vous avez ces trois qualités, vous serez publié ». « Dites-vous bien que tout le monde n’est pas capable d’écrire un roman. En fait, très peu de gens en sont capables. Il se peut que vous fassiez partie du nombre. Mais il n’y a qu’une façon de le savoir ».

C’est peut-être la phrase dont vous aviez besoin pour vous lancer ;-).


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