Les blessures psychologiques de vos personnages, cœur du roman

Je me dis souvent que le cœur d’un roman bat dans les blessures psychologiques du personnage principal (en cela, l’écriture et la psychothérapie se ressemblent beaucoup).

Un livre commence (en général) par une situation initiale, un premier acte au cours duquel on observe le héros ou l’héroïne dans sa vie quotidienne, aux prises avec ses problèmes, ses schémas répétitifs.

Des problèmes qui ne sortent pas de nulle part. Ils sont le produit de fausses croyances. En Gestalt-thérapie, on parle d’introjections, ces « vérités » que nous avons absorbées d’un bloc, sans prendre le temps de les assimiler, de les reconsidérer.

Introjections, « fantômes », tessons de verre

Et ces introjections, elles-mêmes, sont directement reliées aux blessures psychologiques du personnage, que KM Weiland (Creating Character Arcs) appelle les “fantômes”, tandis que Jessica Brody (Save the cat) les désigne par le terme “tessons de verre”, métaphores de corps étrangers restés enchâssés sous la peau.

Une remarque : ces blessures sont le plus souvent des traumatismes que le personnage a subis (exemple : avoir été coincé dans un ascenseur, violenté par un parent…) mais il peut aussi s’agir de culpabilité, comme dans la série « En thérapie », où le psy Philippe Dayan se pense responsable de la mort de sa mère, ou de transmission transgénérationnelle (le héros ou l’héroïne fait siens des axiomes qui ne lui appartiennent pas).

Pour que ce soit plus clair, voici deux exemples tirés de mon roman Le millième jour de la marmotte : Introjections : “je ne pourrai jamais devenir humoriste”/ “je vaux moins que les hommes”.

Blessures psychologiques sous-jacentes : une expérience traumatisante avec un professeur de théâtre / la misogynie larvée au sein de la famille de l’héroïne, les moqueries de ses frères.

La période au cours de laquelle les blessures se sont constituées est importante : elles peuvent être récentes, voire inaugurer le livre en qualité d’élément perturbateur. Il peut aussi s’agir de traumatismes d’enfance, et l’on rejoint alors le concept « d’enfant intérieur », sur lequel de nombreux psychothérapeutes se sont penchés, dans le sillage de Carl Gustav Jung, avec l’idée que le reconnaître, le libérer, panser ses blessures, c’est faire croître notre potentiel créatif et notre spontanéité.

La nature de ces blessures est souvent distillée tout au long du récit, sous forme d’indices reconstituant le puzzle un à un, d’autant plus si l’antagonisme (souvent un personnage antagoniste) est toujours en train de sévir au présent.

Elles peuvent aussi être mises sur la table dès le début, ou encore faire l’objet d’une révélation soudaine et tardive, comme dans Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi, où l’on n’apprend qu’à la toute fin du roman l’événement à l’origine de la séparation du couple et de la souffrance de l’héroïne.

Les questions à se poser

Lorsque vous réfléchissez à vos personnages, je vous propose donc de vous poser les questions suivantes : Comment s’est-il/elle construit(e) ? Quelles sont les racines psychologiques de ses problèmes ?

Quel parcours, quelles blessures sous-tendent ses réactions actuelles ? De quand datent ces blessures ? De l’enfance du personnage ? De son adolescence, de l’âge adulte ? Est-ce un évènement récent, auquel nous allons assister dans le roman ?

Comment le protagoniste principal va-t-il affronter ses peurs, travailler sur ses blocages, composer avec ses blessures pour aller vers ce qu’il désire, vers ses besoins profonds, vers plus d’accomplissement ou plus de conscience ?

Tout le travail de votre personnage sera de déterrer ses vieilles introjections, et la vie se chargera de l’aider 😉 –, pour les reconsidérer, et cesser de courir derrière les mauvais buts.

Parce qu’un roman raconte toujours l’histoire d’une transformation. Et en cela, j’y reviens, l’écriture ressemble beaucoup à la psychothérapie. 😊


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.