7 problèmes fréquents avec votre personnage principal

L’autre jour je relisais le livre de Lionel Davoust, “Comment écrire de la fiction”. J’ai surligné cette phrase : « Dans les débuts, on commet plein d’erreurs que la méchanceté d’Internet ne manquera pas de vous coller en pleine figure ».

Ce n’est pas très réjouissant. 😅

Bien sûr, je le rejoins sur le fait que lorsqu’on est inexpérimenté.e (et même plus tard), on peut facilement se heurter à des écueils classiques. Mais je crois aussi que notre marge de manœuvre est importante.

Que l’on peut être attentif.ve en amont à ce que l’on construit. (C’est d’ailleurs l’un de mes moteurs quand je partage mes trouvailles avec vous 😊). Aujourd’hui, j’aimerais évoquer 7 problèmes potentiels avec votre personnage principal.

Des points repérés au fil de mon parcours d’auteure et qui me semblent intéressants. Nous allons parler de chrysalide, d’avalanche et de joueur de foot.

Revenons à nos 7 problèmes potentiels avec votre personnage principal :

Il ne vit pas suffisamment de conflits

Précisons ici que le terme « conflit » est à prendre au sens large, qu’il englobe tous les types de situations ou d’éprouvés qui génèrent de la frustration et/ou de l’anxiété (ce peut être un dilemme interne, le fait d’être bloqué(e) dans un ascenseur…)

Une métaphore intéressante ici, c’est celle de la chrysalide. Si vous aidez un papillon à s’extraire de son cocon, vous le privez d’une manœuvre qui fortifie ses ailes, active sa circulation sanguine.

Vous risquez de le condamner. Vous n’allez pas dans le sens de la vie. Et c’est la même chose pour vos personnages : si vous êtes trop gentil.le avec eux, vous ne leur permettez pas (et vous ne permettez pas aux lecteurs) de transcender une situation (très) difficile, et par là de découvrir leurs ressources, croître et se transformer.

Le conflit est pourvoyeur de vitalité. Pensez donc à en créer suffisamment. Et laissez vos personnages se débattre. 😉

Votre personnage est trop passif

Pour embarquer les lecteurs.trices, un personnage doit être actif, partie prenante de ce qui lui arrive, et pas juste spectateur des événements. Cela rejoint la notion de conflit dont je viens de vous parler.

Si le personnage ne vit que des conflits passifs, dans lesquels il est impuissant (exemple : il est coincé sous une avalanche tandis que des sauveteurs tentent de l’extraire de la neige), on s’ennuie.

Il est préférable que votre héros traverse une majorité de conflits actifs, et s’y engage en prenant des décisions.

On n’a pas suffisamment accès à ses émotions, à ce qu’il ou elle ressent

Votre héros ou héroïne est le médium principal par lequel vos lecteurs.trices sont ému(e)s, ressentent ce qui se passe. Bien sûr, je vous en ai parlé dans mon e-mail privé sur les émotions, cela ne se limite pas à nommer d’instant en instant ce qu’éprouve le personnage.

“Elle se sentit triste”. “Une violente colère me submerge”. Il s’agit plutôt de procéder par petites touches, de nous entraîner en profondeur dans l’univers et le vécu de votre personnage, de nous montrer ses réactions, son langage corporel, ses hésitations, ses pensées internes, ce qu’il/elle perçoit de la tonalité des situations, la lente montée ou l’irruption brutale d’un processus émotionnel, etc.

Il/elle est trop parfait(e)

Il arrive parfois qu’un personnage principal n’ait pas de problème particulier, sa vie est idéale, tout va très bien pour lui, merci. C’est une erreur fréquente des auteur(e)s débutants : penser que les lecteurs s’attacheront plus à un personnage gentil, généreux, empathique, bardé de qualités, charismatique (je vous laisse compléter la liste à votre guise😉 ).

Or, ce qu’attendent les lecteurs, ce sont des fêlures, des soucis, des angoisses, des dilemmes, des échecs… bref, des choses à surmonter ou à transformer. Votre héros/héroïne doit évoluer, ce sont ces processus de changement qui constituent l’âme de l’histoire.

Il n’a pas de besoins ou d’objectifs clairs

Clarifier en amont les besoins et objectifs de votre personnage principal est primordial. C’est ce qui permet, par la suite, de lui mettre des bâtons dans les roues en actionnant des leviers antagonistes, de ne pas lui donner immédiatement ce qu’il désire (et que les lecteurs.trices désirent aussi, par contagion émotionnelle).

Une précision : vous voyez ici que je fais (comme souvent😉) la distinction entre les objectifs du personnage, que Jessica Brody appelle “objectifs de surface”, qui constituent les buts conscients du personnage (dont certains ne correspondent pas, en réalité, à ce dont il a besoin pour être heureux), et les besoins profonds (qu’Yves Lavandier appelle “objectifs trajectoriels”), véritables moteurs souterrains du récit.

Il s’accorde mal avec les autres personnages

Je crois qu’il faut toujours garder en tête, quand on écrit un roman, la notion de réseau de personnages. Il s’agit de créer des résonances, des relations riches et profondes, des effets de ping-pong, des personnalités complémentaires ou opposées, des dépendances, etc. entre vos personnages : bref, de les concevoir les uns en fonction des autres et en interaction plutôt que simplement juxtaposés.

Il manque de contraste, de relief

Certes, les clichés peuvent avoir leur intérêt dans une histoire, parce qu’ils peuvent convoquer une sorte “d’inconscient collectif”, au travers duquel votre lectorat trouve du connu (nous avons tous croisé un joueur de foot beau gosse mais un peu stupide, une belle-mère intrusive et désagréable, etc.), mais il ne faut pas tomber dans l’excès.

Assumer (éventuellement) une part de cliché n’est pas synonyme de paysages intérieurs uniformes ou banals. Pensez aussi à rendre votre personnage intrigant en le dotant de contrastes, de particularités antinomiques ou surprenantes, d’originalité.

Voilà pour ces quelques pistes.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.