6 obstacles à la créativité de l’écrivain (d’après Joseph Zinker)

La créativité. Pouvoir de création, d’invention, d’imagination, nous dit le dictionnaire. Comme tous ces mots à la définition vaste, il peut prendre une multitude de directions, au gré des représentations de chacun.

Je ne sais pas ce que vous y mettez, mais pour ma part, la simple formulation de ce terme fait naître en moi des sentiments joyeux. J’y vois un espace dans lequel tout est possible. Un bouillonnement coloré et ludique.

Me vient cette citation de Lionel Davoust : « Le plus grand cadeau qu’un auteur peut, s’offrir c’est la liberté ».

S’il y a une chose sur laquelle la psychothérapie et l’écriture se rejoignent, c’est bien la notion de créativité. En Gestalt-thérapie, on fait souvent des parallèles entre les artistes créateurs et les jeux des enfants.

Dans ces deux situations, il est question de plein engagement, d’invention et de spontanéité.

Mais parfois, il arrive que l’on bute sur des obstacles. Que l’on se sente bloqué(e), moins créatif(ve) que d’habitude. Le champ des possibles se rétrécit. L’autre jour, je relisais un article du Gestalt-thérapeute Joseph Zinker sur les freins à la créativité du thérapeute, et j’ai été frappée par les similitudes avec la créativité de l’écrivain.

Treize de ces freins m’ont semblé très intéressants. Oui treize, quand même. 😄 Alors je vais vous épargner le syndrome de l’encyclopédie Universalis, et je vous propose, une fois n’est pas coutume, un email en deux épisodes (le second arrivera la semaine prochaine).

Revenons aux six premiers obstacles à la créativité selon Joseph Zinker, et à ce que chacun d’entre eux m’inspire :

1. La crainte de l’échec : « ne pas prendre de risques, se contenter de moins afin d’éviter la peine ou la honte éventuelle de la défaite. » Il me semble que c’est le facteur numéro un de blocage en matière de créativité.

On est perfectionniste. On a peur de rater. D’écrire un roman trop gentil, trop noir, trop lent, trop chargé (je vous laisse ajouter ici l’adjectif de votre choix 😉). On craint les critiques, on anticipe les attentes des lectrices et lecteurs (d’autant plus si l’on a déjà écrit un ou plusieurs livres).

Bref, nous nous paralysons et pouvons nous terrer dans la procrastination ou le renoncement. De mon côté, ce qui m’aide, dans ces cas-là (en ce moment, alors que je commence l’écriture de mon septième roman, je pourrais être travaillée par les “attentes” de mon lectorat), c’est de former une bulle autour de moi, de me reconnecter à mon élan premier vers l’écriture, de tâcher d’écrire ce qui me fait plaisir, sans trop réfléchir, en me laissant porter par ce qui surgit.

2. La répugnance à jouer : « éviter de jongler avec les données, craindre d’avoir l’air ridicule ou fou en expérimentant avec des choses inaccoutumées. » Cela rejoint ce dont je vous parlais en introduction.

On peut penser à Raymond Queneau, à Maylis de Kérangal et ses phrases à rallonge, on peut lire de la poésie, faire des jeux d’écriture créative, pour remettre au premier plan l’aspect ludique.

3. La myopie face aux ressources disponibles : « être incapable de voir ses propres forces, manquer de connaissance des ressources qui se trouvent dans son propre milieu, personnes et objets. »

Parfois, on a tendance à ruminer nos faiblesses sans réaliser combien nos forces sont précieuses. Il est important, aussi, de mesurer le chemin parcouru, de prendre conscience de nos atouts.

Car quand on est enthousiaste, il est plus facile d’être créatif(ve) afin d’identifier de nouvelles ressources.

4. La trop grande certitude : « être rigide, avoir des réactions stéréotypées » J’y vois l’idée de savoir se laisser surprendre par ce qui advient, et ce même si l’on est adepte du plan détaillé.

Et l’importance de ne pas suivre la première idée, souvent trop convenue. Virginia Woolf conseillait d’ailleurs d’écrire “non pas, la première chose qui vient en tête, mais la dernière, celle qui est le résultat de toutes celles qui sont venues dans l’intervalle.”

5. Une vie émotive anémique : on revient sur l’importance des émotions, dont je vous ai parlé récemment dans un email privé. Elles sont le témoin de notre rencontre avec le monde et nous renseignent sur ce que nous traversons.

6. Le besoin excessif d’équilibre : « être incapable de tolérer le désordre, la confusion de l’ambiguïté. » J’imagine que vous avez dû vivre ça, vous aussi, en écrivant : parfois, c’est le bazar, on ne sait pas comment commencer un roman, un chapitre ou une scène, on se demande à quel moment amener tel ou tel élément, beaucoup de portes sont ouvertes, on se sent un peu perdu(e).

Alors, bien sûr, le retour vers la clarté est important, mais il me semble que savoir faire de la place au flou est également essentiel. Endurer un temps cette phase de confusion, laisser les choses décanter.

Comme le dit le thérapeute Patrick Colin : quand on “patauge avec allégresse dans de la pré-forme, de la pré-signification, où sensations, émotions, images et pensées se mêlent sans directions de sens bien encore affirmées, c’est là, dans ce lieu qui n’en est pas encore vraiment un, c’est là que quelque chose d’une nouveauté peut advenir.”


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.