Chaque semaine, je me rends dans une ludothèque avec ma benjamine. Elle y joue quelques heures avec d’autres enfants. Tandis que nous prenons un thé entre parents.
J’aime beaucoup observer les enfants en action. Il se passe toujours des choses intéressantes. Pour un écrivain, c’est une mine d’or potentielle
Pas seulement en termes d’idées pour une intrigue. Mais aussi (et surtout) parce que les petit(e)s ont une manière inspirante d’aborder le monde.
Dans le livre fondateur de la Gestalt-thérapie, les auteurs font un parallèle entre le travail des artistes et le jeu de l’enfant. Cette semaine, alors que j’entame l’écriture du deuxième tiers de mon nouveau roman, cela m’a sauté aux yeux.
J’en ai tiré 5 leçons “made in ludothèque” pour les auteurs, que j’ai envie de partager avec vous.
1. Les enfants sont créatifs
« Tiens, si on construisait une soucoupe volante en coussins et briques de plastique géantes ? » Les enfants ne brident pas leur imagination et savent la laisser s’exprimer sans se poser trop de questions.
Ils associent des idées contre-intuitives. Ils détournent des objets de leur fonction première. Une tasse à café retournée devient un petit fantôme. Des bouts de papier se muent en marshmallows grillés.
En écriture créative, on ne fait pas autre chose. Il s’agit essentiellement de libérer notre inventivité assoupie. Comme le dit Pascal Perrat : « Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais l’art de les cultive ».
2. Ils sont curieux
C’est assez amusant de constater que des choses qui nous paraissent évidentes sont pour eux d’incroyables découvertes. Ils cherchent à comprendre. À disséquer les processus. À analyser l’envers du décor.
Ils posent naturellement un œil neuf sur le monde. En Gestalt-thérapie, c’est l’un de nos axes de travail. On utilise « l’epoké », la suspension du jugement, issue de la phénoménologie en philosophie.
L’idée est de revenir aux choses elles-mêmes, sans chercher à les « qualifier » trop vite. En écriture, il peut être intéressant d’y penser, pour rédiger une description par exemple : se questionner sur les éprouvés bruts, passer nos cinq sens en revue, se laisser surprendre, rester curieux face au déploiement de la vie.
3. Ils n’hésitent pas à demander de l’aide
« Tu peux me montrer comment changer la pile de cette voiture télécommandée ? » Lorsqu’ils ne maîtrisent pas un savoir-faire, les enfants cherchent à l’acquérir, en demandant de l’aide.
Je suis convaincue que, de la même façon, il est toujours possible d’améliorer nos manières de construire des récits. En France, parmi tous les types d’expression artistique, l’écriture a trop souvent un statut à part, élitiste.
On s’imagine que le talent doit être inné. Que les structures narratives sont inutiles. Qu’il n’est pas possible d’apprendre à raconter des histoires captivantes, d’améliorer notre style.
Il n’y a rien de plus faux. C’est tout aussi faisable que changer la pile d’une voiture télécommandée.
4. Ils sont persévérants
La soucoupe volante en briques et coussins est bancale et se casse la figure ? Les marshmallows en papier se déchirent sur les piques à brochette ? Ils ne se découragent pas et recommencent.
Ils savent qu’ils finiront par trouver la manière adéquate de procéder. Ils ont conscience du fait que l’on peut apprendre de ses erreurs. Ils se laissent guider avant toute chose par le plaisir de la création.
Ils agissent à petits pas, avec régularité. Autant d’idées qui peuvent nous inspirer quand on est auteur(e).
5. Ils entrent facilement dans le flow
Lorsqu’ils jouent, les enfants oublient le temps qui passe, oublient qu’ils ont faim, qu’il est l’heure du goûter (ne parlons pas de l’heure de rentrer !). J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le flow, cet état décrit par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi, au cours duquel nous sommes totalement concentré(e), absorbé(e) par l’écriture, avec un sentiment d’euphorie, à tel point que le temps semble s’évaporer, que le monde extérieur et ses contraintes semblent disparaître.
C’est souvent dans ce genre de moment que nous écrivons nos plus belles pages. Et nous pouvons faciliter son apparition en travaillant sur des thèmes qui nous passionnent. En nous plaçant dans un environnement propice.
En lâchant pour un temps nos exigences de résultats, de perfection. En évitant de penser aux critiques potentielles. En savourant le chemin avant de songer à nos objectifs. Comme le font les enfants.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.