Se laisser habiter par son personnage principal

Notre héros ou notre héroïne, nous l’aimons souvent beaucoup. Elle nous émeut, il nous attendrit. Il nous fait rire, elle nous impressionne. Nous avons de l’affection pour ce personnage.

Et si ce n’est pas exactement le cas, une chose est certaine : il ne nous laisse pas indifférent(e).

C’est logique : S’il nous laissait de marbre, pourquoi voudrions-nous que notre lectorat ait envie de passer 350 pages à ses côtés ? Au travers du papier, l’enthousiasme est contagieux.

C’est l’un des ingrédients d’un roman magnétique. Les affects qui nous lient à notre protagoniste principal sont donc essentiels. Y réfléchir permet d’aller beaucoup plus loin, en termes de réalisme et de profondeur, que se borner à remplir une fiche personnage.

En ce moment, alors que je rédige le premier jet de mon 7ème roman, je fais en sorte de cultiver les relations qui m’unissent à mes personnages principaux (une fois n’est pas coutume, ils sont 4, tous sur un pied d’égalité !).

Et j’aimerais partager avec vous quelques pistes qui m’animent à ce sujet.

Se laisser habiter par son personnage

La première chose, c’est l’idée de se laisser habiter par son personnage principal. L’autre jour, j’ai lu dans un article de Gestalt-thérapie, une phrase qui disait que notre corps se nouait “au monde habité tout autant qu’il est traversé, voire hanté par lui.”

Il me semble que nous pouvons vivre la même chose avec notre personnage. Nouer relation avec lui. Faire connaissance. Et peu à peu, nous laisser traverser par son expérience… il se peut même que cela vienne nous hanter (ah, cette phase d’immersion dans le premier jet, durant laquelle il nous arrive de penser à notre histoire en tout lieu et à toute heure !).

Je crois d’ailleurs que cette notion de corporalité est primordiale. Car c’est toujours depuis et par le corps que les humains construisent leur expérience, leur rapport au monde. C’est pourquoi commencer en trouvant une photo, un portrait, un dessin pour représenter votre protagoniste est un appui précieux.

Vous pouvez également élaborer une chimère à partir de personnes que vous connaissez. Le visage de votre actrice préférée, les mains de votre cousine, le regard de votre meilleure amie, etc.

Cela permet d’aller à la rencontre de votre personnage. D’imaginer que vous vous asseyez en face de lui. Comment êtes-vous coloré(e) par sa présence ? Quelles émotions, pensées, sensations vous traversent ?

Qu’auriez-vous envie de lui dire ?

Dialoguer avec votre personnage

C’est l’étape suivante : initier un dialogue avec votre héroïne ou votre héros. Le champ des possibles est immense. Vous pouvez parler de sa situation initiale. Vous pouvez vous chercher des points communs, échanger au sujet de vos passions, compléter ensemble un portrait chinois et comparer vos réponses.

Discuter des défis similaires que vous avez dû affronter (vous êtes sûrement allé(e) plus loin que votre personnage sur ce chemin !). Vous pouvez aussi prendre une feuille et laisser votre personnage s’épancher. C’est ce que fait systématiquement la romancière Elizabeth George : elle se lance en mode “écriture automatique”, et écrit librement, au présent, le monologue intérieur de son personnage, comme si elle était son psychanalyste.

C’est d’ailleurs l’occasion d’observer la voix narrative de votre personnage. Est-elle typée ? Différente de la vôtre ? Avez-vous en commun des tics verbaux, des expressions favorites, une façon particulière de tourner les phrases ?

Je vous le disais dans mon mail précédent : en matière de catharsis pour auteur(e), je suis convaincue qu’on ne peut pas donner de conseils d’écriture universels. Je crois plutôt qu’il s’agit d’ouvrir un espace dans lequel vivre une expérience.

Créer un personnage, le laisser se déployer, sentir ce qui nous unit à lui, laisser de la place à l’altérité. Voir comment nos souvenirs, nos émotions construisent ce protagoniste. Voir aussi de quelle façon ce dernier se différencie, nous surprend.

Cultiver la porosité, partir de soi

La porosité entre vous deux n’est pas à fuir, mais à cultiver, à observer, à accueillir. Pourquoi ? Car votre personnage principal est le médium par lequel vos lectrices et lecteurs vivent votre histoire. Il se doit d’être vibrant, affecté. On doit sentir ce qu’il ressent.

Or dans le réel, la seule expérience à laquelle vous avez pleinement, véritablement accès en matière d’émotions, de sensations, de vibration, c’est la vôtre. Partir de vous pour aller vers lui est donc le meilleur moyen de susciter l’empathie et l’identification de vos lectrices et lecteurs.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.