Les points de vue narratifs

Aujourd’hui, je vous propose un petit rappel sur les statuts du narrateur et les points de vue narratifs, en version diaporama.

Écrire en je ou en il/elle ?
Point de vue interne, externe ou omniscient ?

Ce sont des questions primordiales à se poser lorsque l’on démarre l’écriture d’un roman. 😊

En ce qui me concerne, c’est très clair : j’écris toujours à la première personne !

Je trouve que c’est idéal pour une comédie romantique ou un roman feelgood.

Petit bilan

Il y a huit ans au printemps, je mettais un point final à mon premier roman, “la génération spontanée des grumeaux”. J’écrivais très lentement à mes débuts, et il m’a fallu plusieurs années pour venir à bout de ce manuscrit.

Aujourd’hui, après 6 publications en librairie, et alors que je viens de terminer les corrections de mon 5ème roman, je mesure l’importance de la persévérance. Si vous êtes auteur(e) et espérez vivre de l’écriture, ne vous decouragez pas ! On apprend à écrire en écrivant, on se perfectionne au fil des manuscrits.

De mon côté, je n’ai eu de cesse d’apprendre, de faire des recherches sur les techniques narratives, de lire des manuels sur ce thème. J’ai ainsi peaufiné, à chaque nouveau projet, la façon dont je prépare mes romans.

Si cela vous intéresse, je suis en train de préparer plusieurs masterclass sur le sujet, dans lesquelles je partagerai avec vous mes méthodes de travail et mon expérience.

Belle fin de journée ! 🥰

“Show don’t tell”

“Show don’t tell” est un principe narratif attribué au dramaturge russe Anton Tchekhov, qui aurait dit : “Ne me dites pas que la lune brille, montrez-moi le reflet de la lumière sur du verre brisé.”

Comme le nom du procédé l’indique, il s’agit de montrer (show), les choses, plutôt que de les dire, les synthétiser ou les analyser.  Donner à ressentir plutôt qu’énoncer, fournir une matière brute, vectrice d’images mentales que le lecteur va passer au prisme de son vécu, interpréter, laisser résonner en lui. Cela suscite des émotions et crée une expérience immersive au cours de laquelle le lecteur vit l’histoire, ressent les ambiances. C’est aussi un moyen de susciter l’empathie et favoriser l’identification au personnage.

On peut l’utiliser pour montrer (show) :

  • le caractère d’un personnage
  • son état psychique
  • ses problèmes
  • ses schémas répétitifs
  • ses relations aux autres
  • l’ambiance d’un lieu, etc…

Concrètement, il faut faire appel aux cinq sens du lecteur, raconter les actions des personnages, décrire les scènes en détail de façon (apparemment) neutre sans apposer trop rapidement d’étiquette sur ce qui se déroule. On peut aussi employer cette technique dans un dialogue (en jouant sur le type de vocabulaire employé, le niveau de langage, le ton, l’expression émotionnelle…) ou dans un paragraphe retranscrivant les pensées du personnage en italique.

En voici quelques exemples, tirés de mes textes :

  • Au lieu de faire dire au personnage : “Je fais une crise d’angoisse”, je vous le montre (show) : “Une sueur glacée perle sur mon front, j’ai la nausée, le vertige. La colonne d’air dans ma gorge se rétrécit en un filet douloureux, l’oxygène me fait défaut. Mes jambes ne me portent plus. Je m’écroule sur un banc, asphyxiée, les mains moites, le cœur battant à tout rompre.” 
  • Autre exemple : Tell : “il se laisse sombrer dans la dépression”. Show : “Le lendemain matin, je le retrouve assis près de la fenêtre, les yeux dans le vague, toujours apathique, vêtu des mêmes habits, l’ombre d’une barbe de trois jours sur le visage. Il a passé l’après-midi d’hier cloîtré dans sa chambre.”
  • Ou encore : Tell : “Avec les enfants, je n’ai pas pris le temps de m’habiller correctement aujourd’hui”. Show : “Je parade en tee-shirt de pyjama informe, veste polaire griffée “Déligel”, legging mou, sous-vêtements dépareillés, chaussette de sport sur un pied, soquette rose sur l’autre, le tout engoncé dans une paire de mules fourrées”.

Je trouve intéressant le fait de s’exercer à repérer ce principe narratif dans un texte, en portant notre attention sur ce que cela nous amène à ressentir, sur nos émotions, le déploiement de notre imaginaire ou de nos rêveries. En bref, d’observer la latitude que nous laisse l’auteur et l’intensité avec laquelle nous nous immergeons dans l’histoire.

Bien sûr, comme pour toute technique, tout est question de dosage. Il faut utiliser ce procédé à bon escient, pour ne pas plomber le récit. Le “tell” n’est pas à bannir, on a parfois besoin de faire des ellipses, d’avancer plus rapidement sans s’appesantir sur certaines scènes. C’est cet équilibre qui donne du rythme et de l’intensité au roman.

Qu’en pensez-vous ? Connaissiez-vous ce concept ? L’utilisez-vous ?

L’art de l’essentiel

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de ce livre, “L’art de l’essentiel”, de Dominique Loreau.

C’est l’un de mes ouvrages préférés sur le désencombrement et le minimalisme, et je le préfère au best-seller de la même autrice, “l’art de la simplicité”. Il pointe avec clarté l’influence que le trop-plein d’objets exerce sur nos vies, notre temps libre, notre liberté.

Je suis convaincue qu’une telle réflexion a toute sa place lorsque l’on cherche à se dégager du temps pour écrire (c’est aussi valable pour d’autres activités, d’autres rêves à accomplir). Faire de la place, c’est permettre l’émergence d’un vide fertile dans lequel l’essentiel peut s’enraciner.

Un peu de caricature ?

Dans la continuité de mon post précédent, un conseil que l’on lit souvent est de ne pas sombrer dans la caricature en matière de personnages.

Je suis en partie d’accord avec cette idée : un personnage trop caricatural ne suscitera pas d’émotion chez le lecteur (par exemple, construire un personnage féminin superficiel avec une jeune femme blonde, vêtue de rose, phobique des souris et hurlant dès qu’elle se casse un ongle n’est pas vraiment pertinent. Elle manquera de contrastes et risque de laisser le lecteur de marbre).

Cependant, il me semble qu’un peu de caricature peut aussi être utile. La littérature n’est pas exactement la vie, elle fait un pas de côté et ce qui s’y passe est souvent plus fort, plus intense que notre lot quotidien. Grossir un peu le trait donne du relief aux personnages et soutient la catharsis. On peut partir d’un cliché, qui parlera au lecteur, et l’enrichir, le nuancer pour lui conférer de la singularité.

En ce qui concerne mes romans, j’ai en tête Pierre-Olivier Catrevant, le père d’Anna dans “le début des haricots” : c’est sa posture de chef de service ultra autoritaire qui pousse mon héroïne dans ses retranchements, l’obligeant à évoluer. Dans un autre registre, les traits maniaques d’Hervé dans “Plus que toute autre chose” servent les passages drôles de mon troisième roman.

Est-ce que cela vous parle ? Pensez-vous qu’un peu de caricature, dosée subtilement, peut être utile dans un roman ?

Le personnage raté

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler des personnages ratés (oui, le mot est un peu fort, mais on voit bien ainsi ce dont il s’agit. 😉 ). Ce sont ces personnages inintéressants, qui ne fonctionnent pas, auxquels le lecteur ne s’attache pas. Le personnage raté est un écueil fréquent pour les auteurs qui débutent.

En voici quelques exemples :

  • Le personnage sans nuances : par exemple, trop parfait, paré de toutes les qualités (beau/belle, gentil(le), généreux(se), brillant (e)) ou encore insipide, timide, terne. Le personnage sans nuances est pourvu d’un paysage intérieur uniforme. Pour créer un personnage de roman intriguant, il faut le doter de contrastes, de particularités antinomiques ou surprenantes, d’originalité.
  • Dans la lignée du personnage sans nuances, le personnage sans failles n’a pas de problème particulier, sa vie est idéale, tout va très bien pour lui, merci. Or, ce qu’attendent les lecteurs, ce sont des fêlures, des problèmes, des angoisses, des dilemmes, des échecs… bref, des choses à surmonter ou à transformer. Vos personnages doivent évoluer, ce sont ces processus de changement qui constituent l’âme de l’histoire.
  • Le personnage sans but : il n’a pas d’objectifs, pas de rêves, on ne sait pas ce qu’il veut, ce qu’il espère (consciemment ou inconsciemment). Clarifier en amont les enjeux de vos personnages est primordial. C’est ce qui permet, par la suite, de leur mettre des bâtons dans les roues en actionnant des leviers antagonistes, de ne pas leur donner immédiatement ce qu’ils (et que les lecteurs) désirent.
  • Le personnage inutile : il est là un peu comme un cheveu sur la soupe. Sa disparition ne troublerait ni l’intrigue principale, ni les intrigues secondaires. Il ne sert à rien, il faut le retirer pour alléger le texte. Lorsque plusieurs personnages paraissent partiellement inutiles, on peut aussi les regrouper en un seul, plus consistant, plus complexe.
  • Le personnage flou : on ne connaît ni son passé, ni ses goûts, ni ses relations à sa famille, ni son métier (et pour couronner le tout, il a les yeux bleus à la page 10, et les yeux marrons à la page 152). Le personnage flou n’a pas été suffisamment construit par l’auteur. C’est un inconnu pour tout le monde (l’auteur comme le lecteur), il nuit à la tension narrative, qui se nourrit de précision et de clarté.

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà eu ce genre de problème avec vos personnages ?

Adoptez un dragon !

Depuis quelques années, je me sers régulièrement du logiciel de reconnaissance vocale Dragon, de Nuance.

La première fois que je l’ai utilisé, j’ai été époustouflée :  il suffit de parler dans le micro et le texte apparaît quasi instantanément sur l’écran. C’est franchement magique ! La marque annonce une vitesse trois fois plus rapide que la saisie au clavier, et je dirais que c’est encore plus lorsque l’on n’est pas formé à la dactylographie. (Petite précision : il faut disposer d’un ordinateur suffisamment puissant pour que le logiciel soit rapide).


Je sais que certains auteurs n’envisagent pas de se passer de clavier ou de stylo pour travailler, mais ce n’est pas mon cas. J’aime bien écrire en parlant à voix haute. Je m’en sers surtout pour rédiger le premier jet de mes textes (en phase de corrections, relecture ou tâtonnements sur certains passages, j’écris à la main). Il m’est très utile lorsque je dois rendre un manuscrit dans un délai serré, ou pour recopier des notes à l’issue d’un séminaire de formation, par exemple.

Et vous ? Connaissez-vous Dragon ? L’utilisez-vous ? Ou envisageriez-vous de l’utiliser ?

L’état de flow

Connaissez-vous l’état de flow ?
Il s’agit d’un concept inventé par le psychologue hongrois (au nom imprononçable) Mihály Csíkszentmihályi. C’est un état d’expérience optimale, un moment de grâce où l’on est totalement absorbé(e) dans une activité que l’on aime, en équilibre subtil entre maîtrise et lâcher-prise.

En état de flow :

  • Vous êtes totalement concentré(e), absorbé(e) par l’activité à laquelle vous vous adonnez, à tel point que le monde extérieur et ses contraintes semblent avoir disparu.
  • Vous avez le sentiment que le temps s’est évaporé. Les heures et les minutes défilent sans que vous vous en aperceviez.
  • L’activité en question représente un défi, nécessite des efforts (ça n’est pas valable pour “siroter un cocktail au bord d’une piscine” par exemple), mobilise vos compétences et vous réussit.
  • Vous éprouvez un très grand plaisir, un sentiment d’euphorie.
  • C’est l’activité elle-même qui vous motive et non vos attentes vis-à-vis des résultats ou la reconnaissance des autres.

Les études scientifiques en psychologie montrent que vivre régulièrement de telles expériences augmente durablement le sentiment de bonheur.

Quelques idées pour favoriser l’état de flow en matière d’écriture :

  • Travailler sur des projets qui vous motivent, choisir des thèmes qui vous passionnent, des personnages dont les caractéristiques et problèmes vous intéressent.
  • Vous placer dans un environnement propice à la concentration (calme, musique inspirante, lieu apaisant ou stimulant…).
  • Vous documenter sur les techniques d’écriture, travailler votre savoir-faire, pour développer vos compétences et asseoir votre confiance.
  • Vous donner des plages de temps suffisantes (difficile d’accéder à l’état de flow en cinq minutes seulement).
  • Lâcher les exigences de résultats, de nombre de mots ou de délais, ne pas penser aux critiques, savourer le chemin sans penser au but.

Pour ma part, lorsque j’ai découvert cette notion, je me suis rendu compte que c’était un état que j’atteignais très souvent lorsque j’écrivais, et que repérer ce qui le favorise m’aidait à le cultiver.

Et vous ? Connaissiez-vous ce concept ? Quelles activités vous mettent dans le flow ? Si vous êtes auteur, est-ce que cela vous parle ?

La pacification prématurée des conflits

Il existe en gestalt-thérapie (le courant de psychothérapie auquel je me réfère dans ma pratique) un concept appelé “la pacification prématurée des conflits”. Il s’agit, pour le thérapeute, d’être attentif à ne pas toujours vouloir rassurer immédiatement, pacifier trop rapidement les moments de crise. Traverser les crises, le chaos (avec un soutien suffisant, dans la sécurité du lien thérapeutique) peut aider le patient à comprendre ce qui se joue, à mobiliser à ses ressources, stimuler sa créativité, construire du neuf.

J’aime bien transposer cette idée à l’écriture, pour soutenir la tension narrative (avec une intentionnalité tout à fait différente, bien sûr, puisque l’auteur “s’amuse” à mettre des bâtons dans les roues de ses personnages). C’était l’un de mes travers, à mes débuts : j’avais tendance à vouloir arranger les choses trop rapidement pour mes personnages, à pacifier prématurément les conflits. Je ne les laissais pas suffisamment séjourner dans leurs problèmes.C’est, entre autres, avec mon éditrice jeunesse, chez Rageot, que j’ai réfléchi de façon approfondie à la nécessité de multiplier les obstacles, de ne pas donner trop vite aux personnages ce qu’ils désirent, de les laisser traverser suffisamment longuement leurs états émotionnels douloureux.  Cela crée une attente chez le lecteur, fait le sel de l’histoire.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que cela vous parle ? En tant qu’auteur(e), avez-vous tendance à être trop gentil(le) avec vos personnages ?

Prendre un agent littéraire ?

Ces derniers temps, on me questionne régulièrement au sujet des agents littéraires, de leur rôle, des avantages d’un tel soutien pour les auteurs. Voici ce que je peux en dire à l’aune de mon expérience : 
 
En 2016, lorsque “le début des haricots” s’est retrouvé en tête du top 100 Kindle durant plusieurs semaines, j’ai été contactée par un agent, me proposant de faire le point sur mon parcours littéraire. Je venais de signer mon premier contrat d’édition et je n’ai pas donné suite, ne voyant pas l’intérêt d’une telle collaboration à ce moment-là.
Il y a un an environ, j’ai pris la décision de faire appel à un agent afin de me libérer du travail de négociation des contrats. C’est une situation très confortable qui me permet de me concentrer uniquement sur l’écriture et je ne regrette vraiment pas ce choix (je me dis même que j’aurais dû prendre cette décision plus tôt😊). 
 
Pour prendre contact avec un agent, j’ai consulté la liste des membres de l’AALF (l’Alliance des Agents Littéraires Français, branche du SFAAL, le Syndicat Français des Agents Artistiques et Littéraires). L’adhésion à l’AALF est un gage de professionnalisme dans ce métier encore confidentiel en France.
 
Il n’est pas si évident de trouver un agent car ceux-ci, comme les éditeurs, ont des critères de sélection précis (qui tendent d’ailleurs à devenir de plus en plus drastiques avec l’augmentation du nombre d’auteurs faisant appel à eux) : ils privilégient les écrivains ayant déjà été publiés, ayant plusieurs projets édités ou dans les cartons, les auteurs ayant une certaine notoriété ou une communauté conséquente.
 
Je rejoins ici l’avis de Lucie Castel de Licares.fr, dans le podcast de Margot Dessenne (les mots raturés), sur le fait qu’il vaut mieux avoir déjà une certaine expérience de l’édition, s’être frotté(e) à la négociation, afin de savoir ce que l’on veut pour sa carrière et ses romans, avant de prendre un agent.
 
Pour finir, l’agence Librinova propose une solution un peu différente par le biais de son programme “Agent Littéraire”, une option intéressante pour les auteurs autoédités. 
 
Et vous ? Si vous êtes auteur, avez-vous un agent ? Êtes-vous intéressé(e) par cette question ?