5 réflexes de scénaristes pour votre roman (épisode 2)

En juillet dernier, dans le Lab, je vous ai parlé de 5 réflexes de scénaristes que tous les écrivains gagneraient à connaître. Non pas pour adapter leurs romans en scénarios. Mais parce qu’il s’agit d’idées puissantes pour manier habilement la tension narrative dans un récit.

Cet opus a eu beaucoup de succès (j’ai reçu de nombreux messages suite à cette newletter). Et cela m’a donné envie de vous proposer un 2ème épisode. Car il existe pléthore d’autres réflexes de scénaristes intéressants pour les auteur(e)s.

Mais commençons tout de suite par le sujet qui nous occupe, avec 5 réflexes de scénaristes qui me semblent particulièrement pertinents pour les romancier(e)s :

Réflexe 1 : La première idée est rarement la bonne

Les scénaristes savent qu’il ne faut jamais se contenter de suivre la première idée qui vient. Parce qu’elle est (en général) trop attendue. Trop lisse, trop convenue. Ils se méfient des solutions faciles, de ce qui semble couler de source.

Ils écartent les évidences et continuent à creuser. Cela peut paraître simple, dit ainsi, mais dans mon expérience, ça ne l’est pas tant que ça. Je me souviens d’ailleurs qu’à mes débuts, je n’avais même pas conscience de cet état de fait.

J’avançais sans m’attarder, sans prendre le temps de voir que je restais vissée au tronc dans l’arbre des possibles. 😅

Et que l’originalité et la crédibilité de mon roman en pâtissaient. Depuis, j’ai appris à garder à l’esprit cette phrase de la scénariste Emma Coats : « Écartez la 1ère chose qui vous vient à l’esprit. Et les 2e, 3e, 4e, 5e, éliminez l’évidence. Surprenez-vous. »

En raisonnant ainsi, on acquiert peu à peu l’habitude de mettre au jour de nouvelles strates. Pour faire surgir une véritable originalité. Qui arrache le lecteur à ses attentes et le plonge dans l’inattendu.

Réflexe 2 : Tout élément introduit doit être utilisé

Ce réflexe-là, c’est le fameux “fusil de Tchekhov” dont vous avez peut-être entendu parler. Dans une lettre adressée à Alexandre Semenovitch Lazarev, Tchekhov écrivait : « Il ne faut jamais placer un fusil chargé sur scène s’il ne va pas être utilisé. C’est mal de faire des promesses qu’on n’a pas l’intention de tenir. »

Bon, on parle ici de fusil, mais le propos est évidemment bien plus large ! Un objet, un détail, une phrase chargée de sous-texte, un geste singulier… tout ce qui attire l’attention de votre lectorat déclenche des questionnements, des attentes.

À quoi cet objet va-t-il servir ? Quel est le rôle de ce détail ? Pourquoi ce personnage a-t-il déclaré cela ? Ces éléments constituent des promesses. Et si vous ne les tenez pas, vous rompez le contrat tacite qui vous lie à votre lectorat.

Une précision ici : le verbe « utiliser » n’est pas forcément à entendre au sens propre. Un fusil peut tirer des balles, bien sûr, il peut blesser ou tuer. Mais il peut aussi devenir symbole, menace, objet de convoitise.

L’essentiel étant qu’il trouve sa place dans le récit. Qu’il nourrisse l’intrigue et honore la promesse.

Réflexe 3 : il ne faut pas pacifier prématurément les conflits

Vous le savez peut-être si vous me suivez depuis longtemps, l’expression que j’aime employer en la matière, c’est “Le syndrome du bisounours”. Ce syndrome se manifeste par une frilosité lors de l’élaboration des conflits narratifs, des moments durs pour le protagoniste.

Il est lié à la difficulté qu’ont beaucoup d’auteur(e)s à malmener leur personnage. Bilan des courses : ils résolvent les problèmes trop rapidement. Ils rétablissent la paix entre les personnages, à peine une dispute entamée.

Ils calment très vite les tensions. Comme si l’harmonie était l’état naturel du récit. Les scénaristes, eux, savent que c’est précisément l’inverse qu’il faut viser. Un récit est riche de ses nœuds, de ses frictions, des jeux de forces qui le traversent.

Yves Lavandier formule l’idée ainsi : « Pour écrire une bonne histoire dramatique, il faut trois choses : du conflit, du conflit et du conflit. » Les scénaristes savent retarder la résolution des conflits narratifs.

Ils intensifient les problématiques des personnages. En les laissant mariner dans les obstacles et les états émotionnels douloureux. Cette attention portée à la tension narrative est la clé des scénarios (et des manuscrits !) captivants.

Réflexe 4 : Pas de protagoniste épais sans un antagoniste fort

Les scénaristes savent qu’un héros ou une héroïne bien construit(e) ne suffit pas. Mais qu’il est essentiel de soigner tout autant la conception du personnage antagoniste principal. Parce que la clé de l’intensité d’un récit n’est pas à chercher du côté du protagoniste.

Mais de celui de l’antagoniste. Il ne s’agit pas toujours un « méchant », au sens littéral du terme. Mais de l’incarnation concrète de l’obstacle. Pour le dire simplement : plus l’antagoniste est fort, cerné, puissant, caractérisé, plus le protagoniste se révèle.

Et plus l’adversaire est faible, plus l’histoire le sera aussi.

Réflexe 5 : Le climax est la réponse à la question initiale

Ce qui lance le conflit narratif principal, dans un scénario, c’est l’élément perturbateur. Cet événement qui bouleverse la vie du personnage principal. Et le pousse malgré lui dans l’action.

En mettant au premier plan la question dramatique centrale de l’histoire. Les scénaristes savent que l’ensemble du développement du récit, par la suite, consiste à conserver cette question en fil rouge, pour l’explorer, la creuser, en exacerber les complexités.

Jusqu’au point culminant. Le climax. Pierre-Olivier Louveau le rappelle : « Le climax doit donner la réponse à la question dramatique du texte. » Et je peux prendre ici un exemple personnel pour que ce soit plus clair, celui de mon roman La journée de l’amour et de la lessive.

L’élément perturbateur, c’est la découverte par mon héros, Lucien, d’un billet d’avion aller simple pour la Guyane dans les affaires de son épouse, Jessica. Et la question dramatique principale qu’il soulève, c’est : Lucien et Jessica parviendront-ils à se parler sincèrement, à s’appuyer l’un sur l’autre pour éviter une catastrophe ?

J’ai donc bien fait en sorte que le climax apporte la réponse à cette question. Afin de créer une intrigue cohérente et fluide. On pourrait dire aussi que le début et la fin dialoguent.

Ils se répondent comme deux pôles. Parce qu’une bonne histoire n’est pas une succession d’événements juxtaposés. C’est une trajectoire tendue, qui court de la première question à la dernière réponse.

Voilà pour aujourd’hui !


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.