Écrire des dialogues vivants : deux concepts de la Gestalt

Si j’écris : Mon patient attrape un petit terrarium sur la table basse, l’ouvre pour me montrer fièrement la mygale qu’il contient. Je lui demande de refermer la boite.

Et maintenant, si j’écris : Mon patient s’assied sur le canapé, attrape un petit terrarium sur la table basse. – Et çaaaaa, me fait-il d’un ton de monsieur Loyal annonçant l’attraction la plus fameuse de la soirée, c’est Mimi.

Il soulève le couvercle d’une main preste. – Notre mygale ! Je distingue sur la paroi de verre une araignée poilue grosse comme un beignet. – Ah oui, dis-je. Bien, c’est bien, très bien. Pourriez-vous refermer la boite s’il vous plait ?

Vous voyez que ça ne fait pas du tout le même effet. Le dialogue nous propulse au cœur de l’action, au creux de la vie des personnages. Dans une forme d’immédiateté. Et aujourd’hui, j’aimerais vous parler de deux concepts essentiels en Gestalt-thérapie, que je garde toujours en tête quand j’écris des dialogues.

(Oui, je suis d’humeur « Gestalt-thérapie » ces temps-ci, dans les emails privés 😊).

Premier concept : « l’ici et maintenant »

La première notion, c’est “l’ici et maintenant”. Elle est au centre de notre pratique de thérapeute. Car il s’agit des uniques endroit et moment dans lesquels nous avons la possibilité d’intervenir.

Il n’y en a pas d’autres. C’est une particularité que l’on peut transposer au dialogue. Même lorsqu’il est raconté au passé, il nous installe véritablement dans la scène, il nous donne à entendre les paroles que prononcent les personnages, instant après instant.

Nous sommes à leurs côtés. Dans l’ici et maintenant du récit, donc.

Pour autant cet “ici et maintenant” n’est pas à prendre au sens strict. Il englobe la présence du passé et l’anticipation du futur. Comme le dit le thérapeute et philosophe Patrick Colin, « Si nous n’étions qu’ici et maintenant au sens strict du terme, nous n’entendrions pas de musique mais des sons, nous ne saurions pas qui nous sommes et je crois bien que nous ne pourrions pas construire la moindre signification à nos actions. »

Et c’est primordial pour vos dialogues. Ils seront bien plus riches si vous les nourrissez du passé et des objectifs des personnages. Éducation, préjugés, vision du monde, non-dits, besoins…

Sont autant d’éléments qui contribuent à créer la voix singulière de chaque protagoniste. Et qui dit singularité dit attachement ou répulsion, empathie, émotion des lecteurs.trices (c’est notre but à tous.tes 😉).

Second concept : personnage et environnement

Le deuxième concept, c’est l’indissociabilité organisme-environnement. Ne partez pas tout de suite (!), l’expression est un peu barbare, mais elle est simple à comprendre. L’idée, c’est que nous sommes en permanence “en contact”.

Avec l’air que nous respirons, notre interlocuteur, nos souvenirs, le sol sous nos pieds, etc. Quand on rédige un dialogue, il s’agit d’un point crucial. Ça peut paraître trivial, mais c’est une erreur fréquente des auteurs débutants.

Ils oublient l’environnement. Ils zappent les contacts. Ils écrivent des dialogues sans allusion au décor (le fameux “syndrome de la pièce blanche”). Ils adaptent mal la forme des répliques à l’interlocuteur (souvenons-nous qu’on ne s’adresse pas de la même façon a son bébé de 3 mois et a son ex).

Ils oublient les gestes, le non-verbal. Et se privent de vecteurs puissants d’émotions et d’immersion.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.