Écrire comme Amélie Nothomb

Pour ce nouvel épisode d’« écrire comme… », parlons d’Amélie Nothomb auteure prolifique au succès constant depuis son premier roman publié il y a 30 ans, « Hygiène de l’assassin ». Voici ses principes essentiels en matière d’écriture :

Pratiquer

Pour Amélie Nothomb, “il n’y a qu’une seule façon d’apprendre à raconter une histoire, c’est d’en raconter. C’est sur le terrain qu’on apprend”. Elle préconise de se lancer, d’écrire beaucoup afin d’« acquérir le sens de l’autre », de se projeter dans la peau des lecteurs. « En voyant beaucoup soi-même, on sait ce que les autres verront », explique-t-elle.

La construction de la trame de ses romans

Amélie Nothomb est une autrice jardinière revendiquée. Elle dit toujours, à propos de ses romans, qu’elle « tombe enceinte d’un itinéraire ». L’histoire “prend possession” d’elle, de façon extrêmement instinctive.

Elle part plus d’une situation que d’un personnage, connaît systématiquement la fin, la destination, mais il lui arrive de découvrir l’itinéraire en cours de route, elle fait confiance à son instinct (elle reconnaît tout de même que ce « jardinage » s’appuie sur une assise solide : son instinct est exceptionnellement aiguisé après plus de 30 ans de carrière, sachant que chaque année, si elle publie un seul roman, elle en écrit trois ou quatre).

Elle anticipe toujours « la nature que la sensation » qu’elle va s’offrir : par exemple, « sentir le vide sous ses pieds à la fin du livre ».

La réécriture

Là où de nombreux auteurs postulent qu’écrire, c’est avant tout réécrire, Amélie Nothomb nage à contre-courant, puisque ses manuscrits ne sont jamais retouchés. Elle les rédige dans sa tête (dans les transports, pendant ses insomnies) avant de les coucher sur le papier, sans rature. Tous ses livres publiés sont des premiers jets.

La lecture

Comme tous les écrivains dont je vous ai parlé dans « écrire comme… », Amélie Nothomb considère que la lecture est essentielle. Selon elle, déclarer que l’on veut écrire mais que l’on n’aime pas lire serait équivalent à prétendre qu’on aime cuisiner mais qu’on n’aime pas manger.

Il faut avoir lu énormément, des livres que l’on apprécie, pour commencer « à avoir une intuition de ce qu’on sera amené à faire soi-même ». « Quand on est enceinte, la nourriture joue un rôle capital sur l’enfant, quand on écrit, tout ce qu’on a assimilé joue aussi un rôle déterminant », nous dit-elle.

L’importance de l’incipit (le début du roman)

Elle insiste sur l’importance de l’incipit, qui « doit être d’une simplicité radicale ». « C’est vraiment de la sculpture, Il faut enlever tout ce qu’on peut enlever », ajoute-t-elle. Elle postule que si de démarrage est parfaitement réussi, le reste du roman le sera aussi.

Le travail sur la syntaxe

Il est pour elle plus important que celui sur la métaphore. « La syntaxe, c’est l’harmonie », le solfège de l’écriture. L’idée est de regarder si « les mots vont pouvoir produire soit quelque chose d’heureux ensemble, soit une dissonance intéressante ».

Aller à l’essentiel

Elle fait sienne l’hypothèse de Stephen King selon laquelle si l’on touche à la jouissance quand on écrit, alors on peut faire le pari que les lecteurs (ou au moins une partie d’entre eux) ressentiront la même chose. Et pour cela, il faut aller à l’essentiel, mettre un minimum de détails.

C’est pour cette raison que ses livres sont devenus de plus en plus courts avec le temps. « Je ne garde pas tout, je garde ce qui fait sens ».

Sa routine d’écriture

Elle a la décrit comme une “dictature absolue” 😅, elle ne se laisse jamais le choix : quelles que soient les conditions, qu’elle soit en bonne santé, malade ou en voyage, elle écrit tous les jours de 4 à 8 heures du matin, à la main, sans ordinateur.

Écrire d’abord pour le plaisir

Amélie Nothomb considère que le premier moteur d’un auteur doit être le plaisir d’écrire (et que l’entreprise est vouée à l’échec si l’on ne vise que l’édition ou la reconnaissance). Elle dit à ce sujet : “Si votre véritable but n’est pas d’écrire dans les conditions les plus dures, sans aucune garantie que ce que vous écrivez a la moindre valeur, arrêtez tout de suite. […] Si vous acceptez qu’une épreuve si dure puisse être le comble de votre plaisir, alors vous pouvez écrire ! “


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.