Vous tenez une idée. Pour votre futur roman. Mais comment savoir s’il s’agit de LA bonne ? En rédigeant la première moitié du manuscrit, pour l’examiner in situ ? Ce n’est peut-être pas une bonne méthode…
Vous l’avez peut-être d’ailleurs testée, et avez déchanté en constatant que votre idée ne tenait pas la route dans la durée. Que vous aviez perdu du temps, car tout était à reprendre.
Pour savoir si votre idée de roman est suffisamment solide, je vous conseille plutôt de vous questionner en amont. De prendre le temps de la décortiquer. Pour faire émerger d’emblée des pistes d’amélioration.
Et aujourd’hui, je vous propose de passer en revue avec moi 4 questions ciblées. Pour amorcer une première grille d’analyse.
Question 1 : Aimez-vous vraiment votre idée ?
Votre idée de roman, il vous faut l’aimer beaucoup. Car vous allez passer beaucoup de temps avec elle. Des heures, des semaines, des trajets en voiture ou en métro, des footings, des morceaux de nuits blanches.
Elle va prendre ses quartiers dans votre cerveau. Et si, dès le départ, vous êtes sujet aux doutes, vous n’êtes pas totalement convaincu(e), c’est probablement que votre piste n’est pas mûre.
Comment en avoir le cœur net ? Quand elle le sera (mûre, convaincante, enthousiasmante), vous le saurez avec certitude, sans même avoir besoin de vous poser la question. 😉
Question 2 : Qu’est-ce qui vous touche personnellement dans cette idée ?
Quand un lecteur ou une lectrice ouvre votre livre, ce n’est pas (seulement) parce que le thème de l’histoire l’intéresse. C’est, avant tout, par désir de vivre un voyage émotionnel. Vibrer, frissonner, s’émerveiller, avoir peur, être touché(e)…
Un phénomène qui ne tombe pas du ciel. Mais qui s’enracine dans votre élan vers l’écriture. Votre idée éveille-t-elle en vous un kaléidoscope de sentiments marqués ? Si vous n’êtes pas ému(e), d’une manière ou d’une autre quand vous pensez à votre idée, votre lectorat risque de ne pas l’être non plus.
Question 3 : Votre idée a-t-elle l’envergure pour porter un roman entier ?
Avez-vous assez d’éléments pour la développer ?
Pour que ce soit parlant, je vous propose de commencer par des exemples, en analysant plusieurs idées de roman à la lumière de ces deux questions.
1. Au cours d’un mariage, deux inconnus échangent accidentellement leurs téléphones et commencent à se découvrir en discutant par SMS.
2. Un professeur de philosophie décide, du jour au lendemain, de ne plus prononcer un mot tant qu’aucun de ses élèves ne lui aura posé une « vraie question ».
3. Une femme reçoit un matin une lettre de son mari, mort depuis trois mois.
4. Quatre cousines se retrouvent dans la maison de leur enfance pour un week-end, avec l’objectif de trier les affaires de leur grand-mère décédée. (Pitch qui présente des similitudes avec le roman “Une belle vie” de Virginie Grimaldi).
Je ne sais pas ce que ces 4 idées vous inspirent, mais pour ma part, je les trouve plutôt intéressantes. Elles pourraient constituer de bonnes amorces pour un roman. Mais il y a une réalité dont il faut réellement être conscient(e) :
Ces idées sont au stade embryonnaire.
Et leur point commun, à toutes les quatre, c’est qu’elles n’établissent que deux choses : Une situation initiale et un élément perturbateur. Un premier acte, donc. Elles ne contiennent rien qui augurent d’un deuxième puis d’un troisième acte solides et orientés.
Que va-t-il se passer ensuite ? Les directions possibles sont infinies et floues. Il n’y a pas de cadre clair. (Or les cadres, loin d’être des cages, sont des démultiplicateurs de créativité).
Ces prémisses ne posent pas suffisamment de jalons narratifs. La romance via l’échange de téléphone risque de s’essouffler rapidement. La question dramatique centrale de l’histoire du prof de philo reste extrêmement nébuleuse.
On ne voit pas du tout de quelle manière le thriller sur le mari décédé va pouvoir être déployé sur 300 pages. L’idée des cousines est un point de départ réaliste et touchant, mais sans renforcement du concept, ce dernier risque fort de manquer de dynamisme romanesque.
Si vous faites ce diagnostic sur votre idée, c’est probablement que votre chaine dramaturgique est trop faible, pour le 2ème et le 3ème acte. Notamment en termes d’obstacles et d’enjeux.
Ce n’est pas grave. Il existe de nombreuses manières d’y remédier.
Mais le problème, c’est qu’un nombre non négligeable d’auteur(e)s se lancent à corps perdu dans l’écriture équipé(e)s uniquement d’une idée comme celle-là. Nous sommes d’ailleurs, à mon avis, influencé(e)s sans nous en rendre compte par les quatrièmes de couverture de beaucoup de romans qui se présentent ainsi.
Mais une quatrième de couverture n’est pas une idée complète. Et commencer à écrire sur une base aussi frêle est, selon moi, très risqué.
Question 4 : Pouvez-vous résumer votre idée en une ou deux phrases claires ?
Cette question, c’est ce qu’on appelle l’exercice de la prémisse. Et je me souviens qu’il y a huit ans, lorsque j’avais lu le passage de L’anatomie du scénario de John Truby qui traite de ce sujet (c’était la première fois que j’en entendais parler), j’avais trouvé ça hyper barbant. 🫣
Je ne voyais pas trop l’intérêt du concept. Mais par la suite, j’ai eu une révélation : Rédiger une prémisse, ce n’est pas juste un exercice de style ou un gadget de scénariste. C’est un test de solidité.
Si vous avez besoin de trente phrases pour résumer votre histoire, c’est probablement que vous n’avez pas encore trouvé son noyau. Ses grandes lignes excitantes. Une vraie boussole, claire et solide.
Porteuse de toutes les qualités incontournables des bonnes idées de roman.
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.