Jusqu’en 2015, personne hormis mon mari ne savait que j’écrivais. C’est seulement avec la parution en auto-édition de mon deuxième roman Le début des haricots que mes proches l’ont appris.
Alors même que j’ai toujours voulu devenir romancière. Et que j’avais remporté (sans en parler) la deuxième place d’un gros concours d’écriture avec mon premier livre.
Même après la signature de mon premier contrat chez Albin Michel, et des dizaines de milliers d’exemplaires de mes « haricots » écoulés, je ne me présentais jamais comme écrivain. Il m’a fallu des années avant de commencer à employer ce mot.
Avant de citer « auteure » dans la liste de mes activités lorsque je rencontrais une nouvelle personne (aujourd’hui encore, après 7 romans et 4 nouvelles, des contrats avec 5 maisons d’édition, je ne le dis pas toujours !).
Si je vous raconte tout ça, c’est parce que je sais, pour en avoir discuté avec de nombreux(ses) auteur(e)s, que je ne suis pas un cas isolé. Le manque de confiance, la honte, la réticence à en parler de cette passion, le syndrome de l’imposteur sont fréquents chez les personnes qui écrivent.
Si vous êtes abonné(e) depuis un moment à ma newsletter, vous me connaissez un peu (et sinon, c’est l’occasion pour moi de vous le dire) : Je ne peux pas m’empêcher d’observer ce genre de phénomène via mon prisme de Gestalt-thérapeute.
Avec pour premier postulat l’idée que nous sommes indissociables de notre environnement. Et que tout ce qui se produit est toujours la résultante d’une co-construction. Pour le dire autrement : si vous n’osez pas dire que vous écrivez, vous ne faites pas ça tout(e) seul(e).
Votre entourage, la société sont aussi impliqués. En Gestalt-thérapie, on considère même qu’une difficulté à s’engager dans le contact découle en premier lieu d’un manque de soutien de l’environnement.
Une preuve concrète de ce que je dis là, pour moi, ce sont les commentaires que je reçois sans cesse sous les publicités qu’il m’arrive de lancer sur les réseaux sociaux pour faire connaître mes masterclass d’écriture.
En voici un petit florilège (accrochez-vous, ça pique 😉) : « On va se retrouver avec encore plus d’auto-édités illisibles sur Amazon. » « 100 jours pour écrire un premier roman ? Et puis quoi encore, 3 semaines pour devenir Victor Hugo ? »
« Arrêtez de vendre du rêve et revenez à la réalité : la plupart des gens écrivent très mal. » « À croire que n’importe qui peut écrire un livre aujourd’hui. » Je vais vous épargner le best of complet des dizaines de commentaires comme ceux-ci reçus ces derniers mois (sur Facebook surtout, Instagram restant plutôt, Dieu merci, un ilot de bienveillance).
Ces messages véhiculent tous, en substance, l’idée que l’écriture est un don réservé à une élite et que vouloir écrire un roman (ou apprendre et progresser en la matière) lorsqu’on est « une personne lambda » est illusoire, prétentieux, voire ridicule.
Qu’il faudrait avoir honte. Je ne suis absolument pas d’accord avec cet état d’esprit.
Personne n’a besoin d’autorisation
La vérité, c’est que personne n’a besoin d’une autorisation pour écrire. L’écriture n’est pas un club select réservé à une poignée d’élu(e)s. C’est un espace de création ouvert à toutes et tous, un moyen d’expression universel qui appartient à chacun(e).
Et je trouve vraiment qu’en cela, la littérature a une place à part dans le paysage des arts. On hésite rarement à dire qu’on prend des cours de piano, on massacre fièrement le prélude n°1 de Bach sous l’œil attendri de nos ami(e)s –, qu’on aime cuisiner des sushis (ratés) ou qu’on peint des aquarelles le dimanche.
Personne ne nous demande d’être Frédéric Chopin ou Pablo Picasso pour obtenir le droit de nous asseoir face au clavier ou d’attraper un pinceau. Par contre, avouer qu’on écrit, c’est une autre histoire.
Alors certes, l’écriture est un acte intime, une forme de dévoilement. Un domaine susceptible de générer des ambitions particulières. Mais je pense que le problème est plus vaste que cela.
Et que ces commentaires traduisent bien une mentalité sociale diffuse en la matière, parfois active à notre insu. Il y a, dans notre société et notamment en France, une injonction implicite à prouver qu’on est légitime en tant qu’écrivain.
Il faudrait systématiquement être publié(e). Avoir d’emblée du succès, une certaine notoriété. Pondre un manuscrit sans défaut. Exceller ou s’abstenir. Ne pas verser dans une littérature « facile » ou « de genre ».
Mais se cantonner à la noble littérature blanche, seule à même de trouver grâce aux yeux des averti(e)s. Il faudrait taire ses ambitions. Avoir « le profil d’un écrivain » ou l’envergure pour passer à La Grande Librairie.
Alors, seulement nous aurions le droit de ne pas avoir honte d’écrire.
La joie de la création
Il y a quelques semaines, j’étais en dédicace au Festival du Livre de Paris, à l’occasion de la parution de mon dernier roman. Et j’ai été très touchée par le nombre de personnes qui sont passées me voir parce qu’elles avaient suivi l’une de mes masterclass d’écriture.
Certaines m’ont dit que ce que je partageais leur avait permis d’écrire enfin leur premier roman ou de s’améliorer. D’autres qu’elles avaient pu écrire un récit familial et le donner à leurs proches.
Tous ces retours m’ont vraiment bouleversée. C’était très beau à voir, cette joie de la création. Les chemins multiples que l’écriture permet d’emprunter.
Vous écrivez peut-être juste pour vous-même, pour vos proches, ou pour un lectorat restreint. Mais si vous rêvez d’écrire un best-seller, c’est une ambition précieuse et vous avez parfaitement le droit de la cultiver, d’en prendre soin et d’en tracer le chemin.
Tous les écrivains installés ont été un jour débutants. Et il faut bien se souvenir que le « don naturel » que certain(e)s semblent avoir est toujours, en réalité, le fruit d’un processus et d’un long travail.
Ces écrivains ont rédigé des premiers jets imparfaits, été critiqués. Ils ont recommencé, peaufiné leur style page après page. Virginia Woolf a essuyé de nombreux refus avant d’être publiée.
Stephen King a accroché des lettres de refus au mur de sa chambre pendant des années. Bernard Werber a réécrit 17 fois Les Fourmis avant sa publication. Dans son dernier roman, Mauvais élève, Philippe Vilain raconte sa vocation d’auteur arrivée sur le tard.
Les doutes ne doivent pas vous paralyser
Bien sûr, il est normal d’avoir des doutes. De se demander si l’on est capable, si l’on a quelque chose d’intéressant à dire. Mais ces questionnements ne doivent pas vous paralyser. Ils sont au contraire le signe que vous prenez votre désir au sérieux.
L’un de mes livres de chevet, c’est le merveilleux Journal d’un écrivain de Virginia Woolf. Et je peux vous dire qu’il est rempli à ras bord de questionnements, de réflexions, de tergiversations, de doutes…
Qui me semblent si précieux, tellement constitutifs de la joie de l’écriture. J’y songeais ce matin en lisant une affiche que mon mari a punaisée dans notre maison. Sur laquelle est écrite cette citation de Thich Nhât Hanh :
« Il n’y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin ». Alors si vous avez besoin de lire ça aujourd’hui, je vous le redis : Vous êtes légitime pour écrire.
Voilà pour aujourd’hui !
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.