Ma méthode pour écrire un roman, étape par étape

Comment t’y prends-tu pour écrire un roman ? Voilà une question que l’on me pose souvent. À l’heure où je commence la rédaction de mon huitième livre, je me suis dit qu’il pourrait être intéressant pour vous que j’aborde ce processus.

En vous racontant les étapes par lesquelles je passe.

Partir des thèmes

Quand j’écris un nouveau livre, je pars toujours des thèmes. Ce sont mes premières idées. Je mets ce terme au pluriel, car je regarde deux plans, axés chacun sur un ou quelques thèmes. Ces deux plans sont les deux lignes directrices de l’histoire.

L’intrigue, tout d’abord : la ligne des péripéties, des événements du récit. Puis l’arc trajectoriel du personnage principal, c’est-à-dire sa trajectoire d’évolution psychologique. Par exemple, dans mon roman Le début des haricots :

Les thèmes de l’intrigue sont la psychothérapie de groupe, la méditation et la médecine. Les thèmes de l’arc de l’héroïne concernent les loyautés familiales et l’affirmation de soi.

Parfois, c’est le thème de l’intrigue qui me vient en premier. Comme pour Le début des haricots : l’envie de raconter des séances de psychothérapie de groupe. Parfois, c’est le thème de l’arc.

Ce fut le cas pour Psy, jeûne et randonnée : l’élan de parler des relations mère-fille, et de leur potentielle toxicité.

Le personnage principal

Dans un deuxième temps, je réfléchis au personnage principal. Je sais que certains auteurs, comme Martin Winckler par exemple, construisent leur intrigue avant leurs personnages. Mais, pour ma part, je commence avec le protagoniste.

Avec en arrière-plan cette équation classique en dramaturgie : Un personnage + un problème = une intrigue. J’utilise à ce stade la méthode, un volet de “fondations” et un volet psychologique.

En ce qui concerne le point de vue narratif, il est d’emblée défini : je choisis toujours un point de vue interne. C’est lié à mon expérience de lectrice : je suis rarement convaincue par l’usage du point de vue omniscient dans le genre littéraire au sein duquel je m’inscris, encore moins par le point de vue externe, trop froid et mécanique.

Pour mes cinq premiers romans, j’ai utilisé un point de vue unique. Avec un seul personnage principal. C’est une manière de faire qui rend la tâche plus simple, et qui fonctionne très bien.

Je la conseille, en général, aux personnes qui se lancent dans l’écriture d’un premier roman. Depuis Psy, jeûne et randonnée, je me suis convertie au point de vue interne multiple.😅

Avec plusieurs personnages principaux, que l’on appelle aussi des co-protagonistes. Et des chapitres qui alternent entre les points de vue de chacun. Le maniement de ce point de vue est plus complexe.

Mais il élargit d’une manière incroyable la palette des possibilités.

L’arc trajectoriel, moteur de l’intrigue

L’étape suivante, c’est l’arc trajectoriel du ou des protagoniste(s). Peut-être êtes-vous étonné(e) que je ne vous parle pas encore d’intrigue. Il y a une raison simple à cela : Je considère que l’arc du personnage est le moteur de l’intrigue.

Que les événements de l’histoire doivent être pensés de manière à le soutenir ou à l’entraver. Je reprends ici l’exemple du Début des haricots : Je n’ai pas inventé “au fil de l’eau” ou au hasard ce qui se passe au cours du stage de psychothérapie de groupe.

J’ai commencé par concevoir l’arc d’Anna, puis je me suis demandé quels événements dans le groupe de thérapie et de méditation seraient les plus à même de permettre le déploiement de cette trajectoire.

C’est très puissant, je trouve, car cela crée immédiatement un mille-feuille de résonances dans le roman. Certains scénaristes parlent d’ailleurs de relation interne-externe : de quelle manière un événement extérieur provoque une réaction interne, qui suscite elle-même une action externe, et ainsi de suite.

C’est juste une façon différente de nommer la même chose.

Lorsque l’arc trajectoriel commence à se préciser, je passe à l’intrigue. Bien sûr, ma réflexion n’est pas aussi cloisonnée qu’elle pourrait le sembler, à la lumière de ce que je vous dis ici.

Les étapes sont entremêlées, il s’agit plus d’un va-et-vient que d’une succession linéaire de paliers. J’imagine que ce doit être la même chose pour vous. Depuis Le début des haricots, j’utilise la structure narrative.

Un mélange de différentes techniques, afin d’obtenir un canevas à la fois solide et souple. Cela me permet de construire un roman d’emblée équilibré. Et m’évite de m’arracher les cheveux lors de la réécriture.

Ce qui est assez magique, c’est qu’une telle structure narrative épouse parfaitement les contours de l’arc trajectoriel. Situation initiale, élément perturbateur, midpoint, climax : les deux lignes se superposent à merveille.

La part autobiographique

À l’occasion de ce huitième roman, je cogite aussi sur les éléments autobiographiques. Au point d’en avoir beaucoup parlé ces temps-ci, avec des amis autrices et gestalt-thérapeutes. Des conversations enrichissantes et soutenantes, cela réitère ce que je vous ai dit hier, à propos de l’importance de trouver des étayages, des soutiens sur votre route.

Écrire depuis son histoire, c’est un questionnement qui revient souvent quand des auteur(e)s m’envoient des messages. Et ce qui s’est imposé à moi suite à ces discussions, c’est l’idée que faire un (ou plusieurs) pas de côté par rapport à son vécu est vraiment salutaire.

J’avais déjà cette pensée en tête, mais je l’ai vue ces jours-ci d’une autre manière. Prendre de la distance peut nous donner plus de liberté. Liberté vis-à-vis du regard d’autrui, liberté de mêler réel et fiction, possibilité de prendre du recul et d’avoir un angle de vue élargi sur l’histoire.

Je pense ici à Sa préférée de Sarah Jollien-Fardel, un roman qui paraît autobiographique quand on le lit, alors qu’il ne l’est pas. Nous écrivons toujours depuis notre expérience, bien sûr.

Nous nous plaçons dans la fiction à des degrés divers. Et, en ce qui me concerne, je trouve vraiment salutaire la perspective de créer de savants patchworks, avec des mailles fines, entre le réel et la fiction.

Ce n’est évidemment pas une règle universelle ou intangible. Parfois, la fidélité totale à votre vécu sera le meilleur choix. Et je suis la première à adorer certains romans purement autobiographiques, qui se situent d’ailleurs souvent à la limite de l’essai.

Émotion et codes du thriller

Les deux derniers éléments qui me tiennent à coeur sont le voyage émotionnel du lectorat et le détournement des codes du thriller. L’implication émotionnelle du lectorat me préoccupe depuis mon premier livre, mais j’ai découvert un grand nombre de ressources et d’idées sur ce sujet au fil de mon parcours.

Et le détournement des codes du thriller, c’est ma nouvelle lubie 😊, amorcée avec l’écriture de La journée de l’amour et de la lessive, et dans laquelle je continue gaiement de m’enfoncer, avec l’idée de faire des pas supplémentaires pour ce huitième roman.

Mystère, suspense, twist, cliffhanger… la gamme de possibilités est immense. Et je trouve que ce détournement est un véritable game changer, comme disent les anglo-saxons. Un moyen de décupler notre créativité.

Voilà pour ces bribes de mon processus. Bien sûr, c’est tout à fait personnel, et il y a autant de méthodes et de trajet que d’auteur(e)s. Mais peut-être y trouverez-vous matière à réflexion, pour vous autodéterminer… c’est ça le plus important !


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.