Ces jours-ci, je suis en phase de réécriture et corrections de mon huitième roman après avoir terminé le premier jet (bientôt la fin ! 🥳). Et à cette occasion, j’avais envie de partager avec vous les ingrédients du moment de mon petit laboratoire créatif.
Nous allons parler de début de roman, de question dramatique, de carnets et du monde de l’édition.
Mais je commence avec mes pépites actuelles :
Un podcast sur le monde de l’édition
J’ai écouté en voiture ce podcast très intéressant du BookClub de France Culture à propos des petites maisons d’édition en tant que laboratoires d’invention. À l’heure où les grandes maisons occupent une place écrasante en librairie, où la mise à la porte brutale d’Olivier Nora chez Grasset vient pointer certaines dérives du milieu de l’édition, je trouve essentiel d’ouvrir ce sujet pour résister à l’uniformisation de la littérature, et mettre en lumière les petites structures, qui peuvent être de très bonnes options quand on souhaite être publié(e).
Blockbuster américain et question dramatique
La semaine dernière, ma fille aînée, qui a 17 ans, m’a proposé de regarder un film américain tiré d’une série littéraire dystopique qu’elle avait lu, et que vous connaissez peut-être : Divergente.
J’ai plutôt apprécié ce long-métrage, même certains éléments m’ont semblé un peu caricaturaux. Cela m’a donné l’occasion de réfléchir à la structure narrative de l’histoire, les films sont des sources d’inspiration très fertiles quand on s’intéresse à la narratologie, qu’il s’agisse de films d’auteurs ou de blockbusters hollywoodiens.
Le début du scénario, par exemple, est un cas d’école. Car il met en place le conflit narratif principal de façon limpide. Ce qui s’appelle aussi « lancer la question dramatique centrale ».
(Attention : petit spoiler du début, ici). L’histoire prend place au sein d’une société dystopique dans laquelle chaque personne appartient à une « faction », investie d’un rôle spécifique.
Et dès le début, on assiste au discours de l’une des gouvernantes qui proclame : « Cette société ne sera à même de survivre que si chacun de vous occupe la place qui lui revient. L’avenir appartient à ceux qui savent quel est leur rôle. »
Or, quelques minutes auparavant, l’héroïne a passé un test (resté secret), auquel tous les jeunes adultes doivent se soumettre, lui apprenant qu’elle n’a le profil pour aucune faction. Qu’elle est « divergente », un cas rarissime.
En une collision, tout est posé : un système qui exige l’uniformité face à un personnage qui ne peut pas s’y conformer. Et le la question dramatique centrale surgit immédiatement : Peut-elle être elle-même dans une société qui l’interdit ?
Doit-elle se fondre dans le cadre pour survivre, ou rester fidèle à son identité au risque d’être traquée ? Un conflit narratif à la fois intime et politique. Un vrai dilemme identité-lien, tel que je l’ai évoqué dans le Lab la semaine dernière.
Et c’est très éclairant lorsqu’on écrit un livre. Puisque notre défi de départ consiste toujours à poser une question dramatique forte. Dont la puissance est corrélée à celle des enjeux et des obstacles de l’histoire.
Qui est légitime pour publier un livre ?
Je regarde très rarement des vidéos sur YouTube, mais la semaine dernière, en ouvrant l’application, l’algorithme m’a proposé un contenu au titre intrigant. Écrivain : qui est légitime de publier un livre ?
J’ai cliqué par curiosité… et je me suis laissée happer par cette vidéo, montée comme un petit film. Une jeune femme, Charlie (très suivie sur les réseaux sociaux, avec 360.000 followers sur Instagram), y explique de quelle manière elle a voulu publier un roman écrit en 30 jours après avoir décidé de devenir écrivain dans le cadre d’un défi « je change de métier tous les 4 matins ».
Un livre pour lequel plusieurs grands éditeurs se sont bousculés au portillon. Je vous avoue qu’au départ, j’ai levé les yeux au ciel, dépitée. Mais par la suite, j’ai trouvé que cette personne faisait preuve de nuance et qu’elle posait des questions intéressantes sur la table.
Si le sujet des maisons d’édition vous intéresse, cette vidéo pourrait vous plaire… (Charlie a également tourné un autre épisode, intitulé « 1 mois pour écrire un livre », afin de documenter son parcours).
La reproduction d’un carnet de Virginia Woolf
Suite à des stories postées sur Instagram, on m’a demandé d’où venait le cahier dans lequel j’ai pris des notes pour mon dernier roman. Il s’agit d’une reproduction d’un carnet dans lequel Virginia Woolf a écrit son roman Les vagues.
J’aime aussi beaucoup les carnets Moleskine, mais j’ai eu un coup de cœur pour celui-ci (Virginia Woolf est l’une de mes autrices préférées, il y a quelque chose de très solennel et touchant, pour moi, à griffonner dans une reproduction de l’un de ses carnets), et sa qualité est juste parfaite.
Tenir tous les fils au démarrage
En ce qui concerne mon nouveau roman, une chose m’est apparue ces jours-ci : je vais terminer par le retravail du premier et du dernier chapitre. J’avais pensé le faire assez tôt, mais je me suis rendu compte que j’avais besoin d’abord d’effectuer tous les ajouts et corrections au centre du roman avant de m’attaquer à ces deux bordures, pour clôturer le processus.
Le premier chapitre, notamment, est crucial. Parce qu’il s’agit avant tout de tenir de nombreux fils en même temps :
- Créer une accroche, pour donner envie au lectorat d’entrer dans l’histoire.
- (C’est beaucoup plus important que de décrire l’univers ou présenter les personnages).
- Donner un aperçu de votre style.
- Informer suffisamment votre lectorat, pour qu’il comprenne où l’on se trouve, qui parle, de quoi il est question, le mystère pour le mystère est un travers fréquent chez les débutants, et c’est rédhibitoire pour les éditeurs comme les lectrices et lecteurs.
- Tout en gardant quelques questions soigneusement choisies sans réponse, de manière à susciter une curiosité.
Tout ceci tourne en tâche de fond dans mon cerveau ces temps-ci, cela mûrit lentement avec la perspective du retravail de mon incipit (le début du roman). Et j’en ai profité pour relire le début, très inspirant, de l’une de mes lectures de l’automne dernier
Un livre que j’avais trouvé magistral en tout point. La nuit au cœur, de Nathacha Appanah. (Je vous en avais parlé dans cet épisode du Lab, à propos du syndrome de l’imposteur). Il commence avec ces deux phrases :
« Ils ne sont pas entièrement mauvais. S’il existait une manière de les presser pour en extraire un jus, ce jus ne serait pas tout à fait imbuvable, non, parfois sous son amertume empoisonnée il y aurait un arrière-goût de douceur. »
Puis s’ensuit une anaphore : 3 phrases, 3 métaphores, commençant par « S’il existait une manière de les… » Un véritable exercice de style ! Je vous recommande chaudement ce roman si vous en avez l’élan de le découvrir (il porte sur un sujet assez dur)… ou tout au moins la lecture de l’incipit complet sur une plateforme numérique.
Il illustre parfaitement de quelle manière une maîtrise peut s’imposer dès les premières lignes, avec brio et sans effet de manches, et donner envie au lectorat d’entrer dans l’histoire.
Voilà pour mes ressources du moment qui pourront peut-être enrichir votre réflexion…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.