J’ai déjà eu l’occasion de vous dire combien j’aime faire des parallèles entre la psychothérapie et l’écriture. Souvent, lorsque j’écris, je me dis « c’est le même processus qu’en thérapie ».
À l’issue d’une séance avec l’un(e) de mes patient(e)s, il m’arrive de penser « c’est une vraie trame de roman ». Plus le temps passe, et plus je vois à quel point ces deux pôles résonnent et se répondent.
Dans la recherche de sens. Dans l’exploration des éprouvés. Les mots que l’on pose sur un vécu.
Et en ce moment, alors que je prépare un nouveau livre, je me réfère beaucoup à la notion de balance angoisse/excitation. C’est un axe fort du travail en Gestalt-thérapie. En tant que thérapeute, nous cherchons systématiquement à repérer les instants où l’angoisse surgit.
Et jaugeons ce qu’il est préférable de « soutenir », minute après minute, pendant la séance. Parfois, on soutient l’expression de l’angoisse. Parfois, on soutient ce qui la réfrène, la contient.
Par moments, on soutient l’excitation, c’est-à-dire l’élan vers la construction d’un sens, vers la mise en forme de ce qui apparaît.
Transposer à la structure et à l’arc
Et je crois qu’il est tout à fait intéressant d’exporter cette idée à la structure d’un roman et à la trajectoire d’un personnage principal. On pourrait même imaginer un graphique, des courbes représentant l’évolution des niveaux d’angoisse et d’excitation au fil du récit.
Parce que gérer finement la balance angoisse/excitation d’un roman, ce n’est pas faire autre chose que doser la tension narrative.
Une remarque : les termes sont ici à prendre au sens large, le mot “angoisse” ne signifie pas seulement terreur ou panique, mais englobe aussi, selon moi, des choses plus nuancées, comme l’inquiétude ou l’inconfort.
Je vous donne quelques exemples, pour que ce soit plus concret. On pourrait imaginer :
- Un pic d’angoisse au moment de l’élément perturbateur.
Avec de l’excitation si le personnage se laisse entraîner facilement dans l’action, ou pas du tout, s’il traîne les pieds et se retrouve embarqué dans les événements malgré lui.
- L’angoisse qui domine en début de deuxième acte, lorsque votre héros/héroïne s’enfonce dans des contrées nouvelles (au sens propre ou au sens figuré), lorsqu’il se rend compte de la caducité de ses fausses croyances, lorsqu’un personnage antagoniste le met en difficulté.
- L’excitation liée à ses tentatives pour retrouver l’équilibre, aux reprises de pouvoir sur sa vie, aux rencontres avec des agonistes, aux prises de conscience.
- L’excitation, la joie liées à une “fausse victoire” en cours de route (ces petites victoires durant lesquelles le héros ou l’héroïne s’imagine avoir surmonté tous ses problèmes alors qu’il n’en est rien).
- etc.
Dans “Psychopathologie en Gestalt-thérapie”, Gianni Francesetti explique que les crises d’angoisse surviennent lorsqu’une personne se trouve « entre des réseaux d’appartenance du passé qui ne lui offrent plus de soutien et des réseaux d’appartenance futurs qui ne sont pas encore soutenants ».
Les questions à se poser
Ce sont là des éléments cruciaux pour bâtir votre histoire : Comment votre personnage va-t-il gérer la balance angoisse/excitation ? À quel moment allez-vous le placer sous l’eau, tentant de surnager ?
De quelle manière va-t-il/elle se remobiliser ? Quels soutiens allez-vous inventer pour lui ? Des ressources externes, internes, des personnages agonistes ? Parce qu’il existe toutes sortes de choses sur lesquelles on peut s’appuyer : un autre être humain, une épaule, un regard, une voix, un objet “fétiche”, un animal, une force, une qualité, des souvenirs de succès…
Et j’aime bien cette idée, au bout du compte, d'”appuyer sur l’accélérateur de la joie et de lâcher le frein des peurs” (c’est le titre du 10ème chapitre du millième jour de la marmotte 😉).
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.