Tous vos personnages doivent-ils avoir une fonction ?

Il y a quelque temps, une autrice m’a posé la question suivante : Est-ce que tous les personnages doivent avoir une fonction ? Et plus précisément : Les personnages secondaires doivent-ils obligatoirement être agonistes ou antagonistes ?

Elle avait, en effet, le sentiment que son histoire pêchait un peu sur ce plan-là. Ma réponse à cette question, c’est : Oui, tous les personnages doivent avoir une fonction.

Une image qui me semble intéressante pour comprendre l’intérêt d’attribuer une fonction à chaque personnage, c’est ce fameux concept “d’histoire organique” dont on entend souvent parler quand on est auteur(e).

Bernard Werber, entre autres, utilise souvent cette expression. Elle contient l’idée que tout roman est semblable à un organisme vivant. Dont les différentes composantes fonctionnent harmonieusement entre elles.

Et ne prennent forme et sens que les unes en fonction des autres. De la même manière qu’un organe (comme un rein, un cœur…) pris isolément ne peut pas fonctionner. Partant de là, on comprend aisément pourquoi chaque personnage doit avoir une fonction.

Afin de prendre place dans les rouages de l’histoire.

On peut aussi penser à un autre aspect. Lorsque vous repensez aux événements marquants de votre vie, les tournants, les conflits, les moments charnières, une chose saute aux yeux : Il n’y avait, en cet instant, que deux types de personnes autour de vous.

Celles qui vous soutenaient et celles qui, d’une manière ou d’une autre, vous mettaient des bâtons dans les roues. Les figures neutres, celles qui n’ont ni soutenu ni freiné votre avancée laissent rarement une trace.

On pourrait dire qu’elles n’ont pas compté dans l’histoire. On le voit bien ici : Dans les moments de transformation profonde, semblables à ceux qu’un roman met en scène, notre regard se polarise naturellement : nous distinguons les personnes qui posent des entraves de celles qui nous facilitent le chemin.

L’intrigue relationnelle

Dire ceci revient, au fond, à souligner l’intérêt de l’intrigue relationnelle dans un roman. On l’oublie un peu, parfois. On a le réflexe de songer à l’intrigue, première ligne de structure, constituée des événements du récit.

On pense à l’arc trajectoriel du personnage principal, sa ligne d’évolution psychologique, sous-jacente à l’intrigue. Mais on omet la troisième ligne primordiale, reliée aux deux premières : l’intrigue relationnelle.

Dans laquelle l’intrigue comme l’arc vont venir prendre forme.

J’enfile là deux minutes ma casquette de Gestalt-térapeute 😊 : En psychothérapie, on dit que le/la patient(e) arrive avec des problèmes nés au sein de relations souffrantes. Souvent des relations précoces.

Car c’est dans l’interaction avec les autres, avec le monde, que germent les affects douloureux. On dit aussi que la personne se « répare » peu à peu au sein d’une relation nouvelle avec le ou la thérapeute.

Une relation d’accueil chaleureuse, empathique. Un terrain d’expérimentation pour vivre de l’inédit. Inventer des modes de contact créatifs avec le monde. Certaines relations blessent. D’autres relations soignent, réparent.

(Ou un mix des deux). Dans un roman, il se produit la même chose. Les personnages antagonistes sont ceux qui freinent, qui entretiennent des relations pathologiques ou distordues, des schémas figés.

Les personnages agonistes insufflent de la nouveauté, du mouvement, restaurent le flux de la vie. C’est au sein de l’intrigue relationnelle que tout se joue. Voilà pourquoi il sera beaucoup plus puissant de mettre en scène ce que vous souhaitez exprimer au travers d’une interaction entre personnages, plutôt que de le faire dire à votre protagoniste au cours d’une séance de méditation en solitaire sur un rocher.

Voilà pourquoi, dans la même veine, rien n’est plus efficace pour rendre un personnage attachant que nous montrer la manière vertueuse dont il se comporte avec les autres.

C’est ce que j’ai fait, par exemple, avec chacun des 4 personnages principaux de mon roman “La journée de l’amour et de la lessive” : montrer l’amour que ces membres d’une même famille se portent et se manifestent.

Repérer les personnages sans fonction

Certains signes peuvent vous mettre la puce à l’oreille :

  • si vous sentez que certains de vos personnages font office de décorum,
  • qu’ils sont flottants,
  • qu’ils n’ont pas d’impact clair sur l’intrigue ou le personnage principal,
  • qu’ils créent un sentiment de dilution ou des passages creux, faibles,
  • que leur présence affaiblit la tension narrative.

Alors vous avez probablement un problème lié à la fonction narrative de ces personnages. Ce n’est pas grave, cela peut même arriver à des auteurs confirmés et édités, je l’ai déjà vu en coaching, mais il est alors important de vous livrer à un véritable audit de personnages, afin de clarifier ce que chacun apporte à l’intrigue et à l’arc trajectoriel du personnage.


Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.