Il y a quelque temps, j’ai lu les mots d’un formateur en Gestalt-thérapie, qui parlait des moments où il avait eu envie de tout arrêter. À l’occasion d’expériences professionnelles douloureuses.
Il disait en substance que lorsqu’on se dit uniquement “je suis nul(le), je ne suis pas fait(e) pour ça, de toute façon il vaut mieux laisser tomber”, on évite de traverser la situation difficile.
Alors bien sûr, je ne dis pas qu’il faudrait systématiquement se forcer à faire face coûte que coûte (parfois ce n’est pas possible, c’est trop maltraitant). Mais j’ai été vraiment marquée par son idée que ces jugements sur nous-mêmes clôturent le problème prématurément.
Ils nous évitent de nous demander : “au fond, que s’est-il vraiment passé ?” “Qu’y a-t-il à traverser et à apprendre de cette expérience douloureuse ?”
Il m’est arrivé, et il m’arrive encore parfois, d’être aux prises avec ce genre de pensées. Par exemple, je me suis longtemps sentie en difficulté vis à vis de mon désir d’écrire des romans moins légers, moins “feel-good” que mes premiers opus.
Je trouvais mon style ampoulé quand je tentais de changer de registre, je me disais que j’étais incompétente dès que j’essayais de faire plus “sérieux”. Et si je commence à voir ces jugements négatifs comme une forme d’évitement, cela m’aide à faire un pas de côté.
D’abord parce que je me dis qu’ils me montrent la mesure de ma déception voire de ma honte (des sentiments qu’il est normal d’avoir envie d’éviter). Et ensuite parce que cela m’incite à ne pas refermer le dossier trop vite, à prendre soin de ce qui se passe et à trouver des soutiens pour pouvoir continuer, apprendre et avancer plutôt que m’autoflageller.
Bref, mettre du mouvement, traverser plutôt qu’éviter.
Un lien cassé, ça se répare
Depuis que j’accompagne des autrices et des auteurs, j’entends souvent ce genre de formulations-couperets : « Mon roman n’avance pas, je n’y arriverai jamais »,
« Quand je surfe sur les réseaux sociaux, je me compare et je me sens nul(le) »,
« J’ai trop peur que mon livre soit mauvais ». Des phrases qui traduisent des émotions intenses, mais qui referment un peu vite leur sujet. Et la première chose que je pourrais vous proposer, si vous en êtes à ce stade, serait de changer d’angle de vue.
Plutôt que de vous dire que le problème vient de vous, penser que c’est le lien à votre roman qui est cassé. Un jugement sur vous-même risque fort de vous vider de votre énergie et de votre courage.
Là où un lien cassé, lui, peut se réparer.
Si je reprends mon exemple personnel de roman étiqueté “littérature blanche”, il sera plus fécond de me demander comment réparer le lien à ce roman qui me déçoit, plutôt que me dire que je n’y arriverai jamais.
Mais comment réparer ? Il y a, selon moi, plusieurs manières de le faire.
1. Réparer par la technique : écrire en conscience
La première consiste à aller du côté des techniques d’écriture. En commençant par faire un diagnostic. Ces temps-ci, avec les auteur(e)s que j’accompagne de manière rapprochée au sein de mon programme Le Lab Premium, j’ai beaucoup parlé d'”écrire en conscience”.
C’est un leitmotiv pour moi dans mes coachings d’écriture. Car trèèès souvent, les auteur(e)s s’interrompent après la première pensée. “Mon style est trop neutre” “Ce passage est plat” “Mon roman est ennuyeux “.
Des formulations qui ferment, et donnent le sentiment que la montagne à gravir est trop haute. En réalité, il existe mille raisons pour lesquelles un passage peut être plat ou un roman ennuyeux.
Et tant que vous ne dépliez pas ce qui se passe (ce que j’appelle “écrire en conscience”), vous n’irez pas bien loin. Si un passage vous semble plat, prenez le temps de vous demander : “Qu’est-ce qui me fait ressentir ça ?”
“Que signifie ce mot plat, pour moi, exactement ?” “Est-ce que mon texte manque de rythme, de mouvement, d’action, de relief dans le style ?” “Mon personnage est-il trop passif ?” “Est-ce que l’intrigue patine ?”
“Mon vocabulaire manque-t-il de spécificité ?” Etc. En soi, un roman n’est jamais juste “mauvais”. Il a seulement des problèmes de style, d’intrigue, de personnages ou autre… autant de chantiers auxquels on peut s’atteler.
2. Réparer l’élan bloqué
La deuxième manière de réparer le lien à son roman consiste plutôt à regarder l’élan en nous qui s’est bloqué. En Gestalt-thérapie, on dit que « l’angoisse est la manifestation d’une excitation bloquée ».
Le mot « excitation » étant ici à entendre au sens large. C’est l’énergie qui sous-tend nos actions, nos déploiements.
Au départ, quand on se lance dans l’écriture d’un livre, on est plein(e) d’enthousiasme. Et puis, subitement ou peu à peu, la machine se grippe. Parce qu’on relit nos premières pages et qu’on déchante : le texte ne correspond pas à ce que nous avions imaginé.
Parce qu’on s’enlise dans un deuxième acte dont on ne voit pas le bout. Parce qu’un retour de bêta-lecture maladroit vient torpiller notre confiance. Souvent, ces blocages sont en lien avec le regard d’autrui : une lectrice réelle ou imaginaire, un éditeur fantasmé, une comparaison avec un autre écrivain.
Et il est essentiel, pour pouvoir continuer, de trouver le moyen de renouer avec ce roman. Par exemple, en décidant d’avancer sans se relire. De réduire la voilure : un seul chantier à la fois.
Ou encore de confier quelques chapitres à une lectrice bienveillante, car on est meilleur(e) quand on quelqu’un croit en nous (c’est ce que les scientifiques appellent l’effet Pygmalion, il existe des études passionnantes sur ce sujet).
Et si l’été qui s’annonce vous fait craindre une rupture avec votre roman, vous pouvez peut-être réfléchir au moyen de maintenir un lien avec l’écriture, afin que cette phase soit juste une jachère, et non un abandon.
Pour ma part, j’ai des notes dans mon téléphone et une conversation Whatsapp avec moi-même pour capturer des idées au vol, si besoin. Je suis convaincue que parfois, nous avons besoin de laisser notre esprit au repos, de lire toutes sortes de livres, de regarder des films d’auteur ou des blockbusters, pour cultiver notre créativité et notre inspiration.
Et même si, dans ce laps de temps-là, je n’écris pas, je sais que je prépare la suite…
Voilà pour les quelques réflexions de cette semaine…
Cet article est extrait du Lab, ma newsletter hebdomadaire sur l’écriture, écrite sans intelligence artificielle et avec l’élan de vous donner de nouvelles pistes de réflexion pour votre processus d’écriture. Pour la recevoir chaque semaine et accéder à mes ressources gratuites pour auteurs et autrices, c’est ici.